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A peine arrivé à Popayan, je découvre une petite ville magnifique. Comme la plupart en Amérique du Sud, elle est centrée sur une jolie place arborée. Popayan, souvent surnommée Popayan la blanche, a conservé la plupart des ses bâtiments coloniaux en très bon état.
Se promener dans le centre ville, à travers ces maisons blanches est agréable. Je profite aussi de mon temps sur place pour tenter de “jauger” la situation en Colombie. Comme toujours lorsque j’arrive dans un nouveau pays, j’essaie de prendre mes marques; avec tout ce que j’ai entendu à propos du pays, je veux me faire ma propre opinion sur place.

La ville, située dans le Sud du pays, est le chef lieu de la région du Cauca, qui reste l’une des plus sensibles du pays. Quelques années en arrière, elle était encore aux mains des rebelles. Pourtant depuis deux jours que je me promène sur place, je suis surpris de la douceur de vivre qui se dégage. La présence militaire et policière est très importante mais je ne la trouve pas étouffante. Les hommes en armes à chaque carrefour donnent un grand sentiment de sécurité. En échangeant avec des habitants je découvre pourtant que le coin est loin d’être calme. le propriétaire de l’hotel me montrera le soir les baches sur le toit du bâtiment en face de ma fenêtre, m’expliquant que c’est le résultat d’une attaque à la bombe quelques mois en arrière.
Le fait est que j’aime l’ambiance dans les rues, les touristes sont très peu nombreux chose que j’apprécie aussi tout particulièrement, et établir le contact avec les Colombiens facile. Ils sont souriants et agréables, toujours ravis d’entamer la conversation avec un étranger.
Alors que cela fait deux jours que je suis sur place, je suis surpris de voir un soir, des chiens renifleurs quadriller la place et des hommes décharger de grosses barres métalliques d’un camion. En questionnant l’un deux, je découvre que la fête nationale du pays se déroule deux jours plus tard, et que le président colombien en personne est attendu sur place pour prononcer son discours. Mieux encore, le podium est installé littéralement au dessous de la fenêtre de ma chambre.

un jour avant la fête officielle, les vendeurs de ballons ont déjà fait leur apparition

L’occasion est trop belle et je décide de repousser mon départ. En flânant dans les rues le lendemain, je tombe sur une manifestation d’indigènes. Ils manifestent pour la paix mais les banderoles et photos qu’ils affichent sont pourtant fort violentes. En discutant avec certains d’entre eux et en tombant par hasard sur une photo postée par un de mes contacts facebook, je découvre qu’un violent incident les a récemment opposé à l’armée.
Le Sud de la Colombie et la région du Cauca sont composés d’immenses zones de jungle difficiles d’accès. Une immense partie est aux mains des rebelles (dont les FARCS et L’ELN mais je reviendrai sur ce sujet). Les paysans qui vivent dans ces zones reculées, souvent sans route d’accès et sans aucune facilité (ni eau, ni électricité, ni aucun service public), n’ont d’autre choix que de faire pousser de la coca pour survivre. Ils bénéficient de la protection des groupes rebelles en échange d’une dime qu’ils leur reversent. Afin de reprendre le controle de ces zones et de prouver à l’opinion internationale leur détermination pour éradiquer la drogue dans le pays, les autorités lancent régulièrement des opérations commandos dans les environs.
C’est dans ce cadre que quelques semaines auparavant, une base militaire avancée a été installée à une vingtaine de kilomètres de Popayan. Les Indigènes qui ne connaissent souvent de l’état que les fusils des soldats, et qui cultivent la coca pour leur survie se révoltèrent suite à cette incursion de l’armée dans leur territoire, et chassèrent les soldats. Des photos de soldats trainés dans la boue et les larmes aux yeux firent rapidement le tour du pays (et du monde puisque c’est sur facebook que je les ai vues la premières fois). Face à l’affront, une semaine plus tard l’armée retournait prendre le controle de sa base, mais les choses tournèrent mal et 3 civils furent tués et une vingtaine blessés.
femme indigène regardant les répétitions de l’armée colombienne

Ces évènements se produisirent seulement quelques jours avant la venue du Président, qui pour éviter d’envenimer d’avantage la situation, a décidé d’annuler son déplacement seulement quelques heures avant le début des cérémonies. Un choix certainement sage, dans une volonté d’apaisement, mais qui me laisse comme un idiot à ma fenêtre, à regarder un podium sans Président!
quelques heures avant l’arrivée des officiels, les derniers peaufinages

Pour rattraper le coup, j’assiste tout de même au défilé le samedi. Les démonstrations militaires sont impressionantes, mais les locaux me confessent que c’est très modeste par rapport à d’habitude. Alors que je prends des photos, deux soldats s’approchent de moi et m’interviewent. Avant d’avoir le temps de dire que je ne parle pas bien espagnol et que je ne souhaite pas passer sur les ondes, je me retrouve en live sur Radio Ejército (radio armée) où l’on me demande d’adresser un message aux forces armées colombiennes…
On air sur radio Ejército

Je suis le seul touriste sur place ce qui m’amène rapidement à serrer la main de responsables de la police et d’antinarco locaux, victime malgré moi d’un exercice de communication visant à montrer que le monde soutient l’armée colombienne.
commando contraguerilla y antidrogua

Qu’importe, les conversations sont intéressantes et permettent de mieux palper les challenges que rencontrent le pays, ainsi que leurs profonds enracinements dans la structure de la population. A la fin de matiné, je rencontre un professeur d’université, que mon matériel photographique attire. Il est passionné par l’image. Nous entamons la conversation et alors que nous discutons depuis plus d’une demi heure, je déplace lentement le sujet sur des problématiques plus politiques. Son analyse est limpide: les problèmes sociaux sont au centre de la situation et des problèmes actuels du pays. Simple, oui mais voila, alors que des jeunes indigènes en costume traditionnel passent devant nous, je sens dans son regard et ses propos un grand mépris. La route est encore longue et ici aussi, les préjugés et les divisions au sein même de la population semblent toujours être un rempart important.
Et zou un pêle mêle photo

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4 Comments

  1. Franchement c’est quand même un énorme travail : entre la mise en page du texte, photos +diaporama !!!
    En plus à chaque fois on apprends des choses nouvelles i
    Bravo & merci !
    🙂

    1. @Roland: merci de t’en rendre compte, mais si mes articles sont lus avec intérêt, alors c’est avec un immense plaisir que je fais le travail!

  2. […] Contacts Article Précédent […]

  3. On comprend la colere des paysans qui finalement recoivent plus de soutien de la part des guerillas que du gouvernement… si l’armee/le gouvernement leur offrait une alternative face a la drogue pour survivre cela aiderait fortement…
    Le professeur qui regarde les aborigenes avec un certain mepris, pourquoi? Il parle de problemes sociaux et en tant que professeur l’education aide t-elle?
    Je serais curieuse de savoir ce qu’il t’a dit…

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