La ville blanche et les façades des immeubles officiels qui vont avec…


Après avoir passé 4 jours à Potossi, l’ambiance de la ville, sa haute altitude et surtout la visite de ses mines et de leurs conditions dantesques de travail, l’envie pressente de reprendre la route m’a prise. J’avais entendu parler de Sucre, une ville réputée comme paisible, située à seulement 2780 mètres d’altitude, une paille pour la Bolivie. Le climat y est plus clément, le cadre de vie plus agréable… fini la poussière des rues d’Uyuni ou le trafic insensé de Potossi. Sucre est une ville aux bâtiments d’un blanc immaculé, étonnement propre et ordonnée, et qui bénéficie du statut de capitale constitutionnelle du pays.

Mercado Central, Sucre – mon endroit préféré…


Arrivé sur place je fais la connaissances de plusieurs backpackers, ayant tous établis domicile à l’hostel Pachamama: un grand jardin, une cuisine super équipée, des chambres spacieuses et sporadiquement de l’eau chaude, que demander de plus pour 4,5 euros? Tous ces joyeux voyageurs sont ici depuis plusiseurs jours, plusieurs semaines pour certains, voir plusieurs mois pour deux d’entre eux. Ils occupent leur temps entre cours d’Espagnol ou bénévolat dans des associations; les deux plus extrêmes ont carrément trouvé un boulot sur place: barmans au Bibliocafé, un bar branché de la ville. Ils sont payés 20 bolivianos soit 2 euros la soirée: pas de quoi se renflouer, mais ils se marrent bien et terminent toutes les nuits sans exception dans un karaoké de la ville.
L’un est Néo Zélandais, les bras recouverts de tatouages, le second est Kenyan. Ils sont ici depuis deux mois et sont devenus les mascotes d’un karaoké bar. A chaque fois qu’ils franchissent sa porte, la musique de Ganstar Paradise de Coolio résonne. Leur show est bien rodé et le public bolivien leur est tout acquis. Je reviens trois soirs de suite dans ce karaoké, et à chaque fois, j’ai l’impression que c’est un replay de la soirée précédente.
Les deux premiers jours à Sucre me donnent l’occasion de me vider la tête du souvenir marquant des mineurs de Potossi et des difficultés que j’ai rencontrées sur la route pour arriver jusqu’ici. Le groupe que nous constituons est éclectique: Anglais, Allemands, Français, Néo-Zélandais, Hollandais… L’ambiance est bonne mais au bout de deux soirs, je me rends compte qu’il est temps de partir. Sucre fait parti de ces endroits qui peuvent facilement retenir les voyageurs plus longtemps qu’ils ne le prévoyaient initialement. Dans un pays où voyager n’est pas si facile et où beaucoup de villes ressemblent à des ghettos, la blancheur immaculée du centre ville, son climat agréable et la relative sympathie de ses habitants offre un rafraichissant bol d’air et une halte plaisante. Evidemment le coût de la vie sur place, fidèle aux standards boliviens n’est pas pour déplaire non plus. La décision est prise: je renonce à prendre des cours d’espagnol sur place, qui seraient été plus un prétexte pour me sédentariser et je reprends le voyage dès le lendemain en direction de La Paz.

La route pour aller quelque part étant tout aussi importante que la destination elle-même, je choisis d’éviter l’asphalte et d’emprunter une ancienne piste qui traverse la Cordillera Reals, un imposant massif montagneux. La piste est défoncée et ses lacets serpentent à travers ravins, ruisseaux et cols à plus de 4800 mètres. J’ai parfois du mal à reprendre mon souffle tant l’oxygène se fait rare à certains endroits. La Chérie Moya elle aussi montre des signes de faiblesse et arrivée à 4200 mètres elle ne dépasse plus le 50km/h.

Evidemment il n’y a aucun panneau nulle part et la carte dont je me sers est extrêmement imprécise. Alors que je demande ma route dans un village, je me rends compte que la plupart des habitants ne comprennent pas l’espagnol. Je suis dans une région indigène où la langue la plus répandue est le Quéchua. Pour corser le tout, beaucoup de gens à qui je demande ma route ne savent pas lire et n’arrivent pas à déchiffrer le nom des villages sur ma carte. L’épisode me rappel celui que j’avais vécu en Inde où perdu au milieu de l’immensité de la campagne indienne j’avais tourné pendant une journée entière à la recherche de mon chemin, sans arriver à soutirer la moindre information à des locaux qui ne connaissaient que la route menant au village précédent et suivant du hameau où ils vivaient.

Alors que je suis engagé sur la piste depuis 40 kilomètres, la Chérie Moya commence à couiner terriblement. Il me reste encore 300 kilomètres à faire sur ce terrain, ça promet… A chacune des montées et des passages de pierriers, mon visage se tend. Les rares fois où je regarde mon reflet dans mon rétroviseur, j’ai l’impression que chaque fois que la Chérie Moya grince, je souffre autant qu’elle.

Le stress commence à monter. La piste va de mal en pis et je commence à avoir peur de casser une pièce mécanique. La ville la plus proche serait à plus de 200 kilomètres, et les routes ne permettraient de toute façon aucun remorquage. Alors que je roule depuis presque une heure trente, je croise un autostoppeur sur le bord de la route. C’est un local qui travaille à la réfection de la route; en voila un qui n’a pas de souci à se faire pour son boulot, son avenir professionnel est assuré jusqu’à sa mort. Nous entamons la discussion dans un mélange d’anglais/quéchua/français intéressant. Même si je ne comprends pas tout ce qu’il me dit, parler avec lui permet de détourner mon attention des gémissements que pousse la voiture.

A mi-chemin au sommet d’une colline, nous sommes arrêtés par des barrières. Mon autostoppeur m’explique que du fait de la réfection de la route, une circulation alternée est en place. 5 minutes passent, puis 10, puis 30… nous sommes toujours arrêtés. Derrière nous, la file des véhicules commence à être longue avec en vrac bus, camions et 4×4.  Les chauffeurs descendent les uns après les autres de leur véhicule. Ils grignotent des haricots secs, puis sortent des bouteilles d’alcool local, le même que celui que les mineurs de Potossi buvaient: un alcool à usage médical à qui titre 96% et dont ils enchainent des verres cul sec (cf article sur les mines de Potosi ici). Une heure plus tard, nous sommes toujours là, alors que le jour commence à s’assombrir.

Alors que je perds patience, l’un des alcoolisé s’approche de la voiture. C’est un gros édenté qui a un rire bien gras qui ne m’inspire pas confiance. Il entre la moitié de son torse dans la voiture et entame la conversation tandis que mon autostoppeur ne semble pas rassuré. De mon coté, j’essaie d’être compréhensif au début, et puis alors qu’il commence à faire l’inventaire de la voiture et à essayer d’attraper des trucs dans l’habitacle, je m’énerve sérieusement. Une partie de la scène a été filmée et est assez amusante lorsque j’y repense avec le recul. je l’ajouterai à cet article dès que je trouve 5 minutes pour la monter, promis…
 
VIDEO – TO BE ADDED SOON
 
Pour ajouter à l’inquiétude des bruits que fait la voiture, à l’énervement d’être coincé ici depuis une heure, et l’incertitude d’où je viens pouvoir passer la nuit, je découvre que le coin n’est pas des plus surs. Mon autostoppeur m’explique que quelques semaines plus tôt des promeneurs ont été pendus… super ambiance. La route rouvre finalement. Je parcours quelques dizaine de kilomètres avant de me séparer de mon autostoppeur. Il fait de plus en plus sombre et je réalise qu’il va falloir que je passe la nuit quelque part dans le coin car j’ai encore plus de 200 bornes à faire, avec une moyenne fulgurante de 30 km/h.

Je roule encore une heure en pleine nuit pour finalement arriver en face d’un ruisseau dont le niveau d’eau est élevé. Pas question de le traverser en pleine nuit au risque de me planter en pleine brousse. Coup de chance pour moi, je repère une petite terrasse accessible facilement et un peu en amont de la route. Je m’installe avec pour l’une des première fois depuis que je campe en Amérique du Sud une petite appréhension et sans être totalement rassuré. Je décide de ne pas profiter du confort du luxueux coffre de la Chérie Moya et de seulement abaisser légèrement le siège conducteur pour pouvoir réagir plus rapidement en cas de problème.

Je suis depuis fort longtemps convaincu de l’existence de la loi de Murphy, cette fameuse loi dit de l’emmerdement maximale: évidemment cette nuit, je confirme toute son bienfondé. Alors que je m’assoupis, un violent orage éclate. Le ciel est illuminé par des gigantesques éclairs qui donne un aspect maléfique aux arbres qui borde la route, tandis que les coups de tonnerre qui suivent viennent compléter les effets pyrotechniques. Comme si cela ne suffisait pas, la foudre s’abat à deux reprises à quelques dizaines de mètres de la Chérie Moya. Cartésien de nature, je relativise le risque de foudroiement: voiture = cage de Farradet, cf cours de physique de collège; je réalise par contre que je me trouve en contre bas d’un pan de pierre qui ne parait pas particulièrement stable. Manquerait plus que je me retrouve emporter par un glissement de terrain…

Je sors sous la pluie pour vérifier le risque, déplace la voiture de quelques mètres et finis par m’en remettre au Tout Puissant. La pluie finit par s’arrêter quelques dizaines de minutes plus tard et je décide de m’enfoncer dans mon duvet en acceptant mon sort… pas trop le choix de toute façon. Je décide en revanche  de décoller le lendemain matin tôt: l’alarme de l’ipad est réglée à 6am.

La nuit est courte et à 5h55, ce n’est pas ma tablette mais mon horloge biologique qui me réveille. Pas le temps de faire un café ni même de déjeuner, je veux partir d’ici le plus vite possible. Je mets le contact et en guise de petit déj., je traverse le ruisseau qui m’avait arrêter dans ma course la veille. L’eau arrive à presque 60 centimètres de haut et passe largement au dessus du capot; ça fume, la vapeur d’eau s’échappe du devant et du dessous de la voiture mais la Chérie Moya ne bronche pas. De là s’engage une longue journée:  je roule, roule et roule encore. Le compteur kilométrique tourne: 20, 60, 100 kilomètres. J’arrive enfin à une intersection où un paysan emmitouflé dans son pancho en alpaga m’indique que la branche de droite rejoint une route asphaltée dans… une centaine de kilomètres. Un coup d’oeil sur la carte, un interrogatoire approfondi de mon local pour voir s’il blague ou non et je décide finalement de le croire. Les paysages sont superbes et l’orage de la nuit passée a lavé le ciel.

superbes paysages andins que je ne prends pas trop le temps d’apprécier


Je ne prends malheureusement pas trop le temps d’en profiter car mon objectif est de sortir de cette piste merdique le plus vite possible. Alors que je roule depuis 4 heures et que je n’ai fait que 100 kilomètres, je traverse un village où plusieurs personnes ù’arrêtent pur me demander de les prendre en stop. “What goes around comes around”, je prends le seul autostoppeur qui est seul (au départ ils insistaient pour que je prenne les six personnes dans la voiture, je vous laisse imaginer la scène sachant que j’ai déjà sur le siège arrière deux pneus que je trimballe depuis… la Patagonie).
Mon autostoppeur me confirme que la piste rejoint la route asphaltée qui rejoint Potossi à La Paz. Il ne sait pas combien de kilomètres nous sépare du bitume salvateur, mais il me dit qu’il y a plus de 6 heures de route. Je m’étonne un peu sachant qu’il y a normalement moins de 100 kilomètres, mais je sais aussi qu’en Bolivie, tout est possible. Il m’explique qu’il travaille comme ouvrier du bâtiment à Potossi et qu’il rentre une fois par mois voir sa grande famille, de dix enfants… Voilà ce qui arrive lorsque l’on a pas la télé 😉

2 jours, 600 kilomètres et 1 belle galère, content d’arriver enfin


3 heures plus tard, et après avoir vu un mini bus se renverser après avoir fait un magnifique dérapage sur un sentier boueux, j’arrive enfin à la route asphaltée dont je rêve depuis plus de 24 heures. Je dépose mon austoppeur qui va dans la direction opposée, et je me mets à apprécier chacun des 300km restant qui m’amène jusqu’à La Paz via une vraie route. Petite anecdote, je rencontre aussi en chemin les seuls policiers boliviens équipés d’un radar mobile: évidemment je suis à 130km/h sur une route limitée à 80km/h, et évidemment ils m’arrêtent et me demandent de m’acquitter d’une amende de 60 dollars. Une heure et demi à faire l’imbécile qui ne comprend rien, et après qu’ils aient appelé leur chef trois fois pour savoir quoi faire de moi, ils finissent par me laisser repartir dépiter d’avoir à faire à un étranger aussi idiot. Ca a parfois du bon de passer pour un con.
J’entre dans la capitale bolivienne heureux, mais exténué. Heureusement, une guide que j’avais rencontrée au beau milieu du salar de Uyuni doit m’héberger sur place (ici pour le rappel sur ma rencontre avec elle au salar de Uyuni). Un peu de repos en perspective et un peu de temps aussi pour tirer au clair la source des bruits étranges que fait la voiture…

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3 Comments

  1. Quel récit ! Quelle aventure ! J’ai frissonné dans la mine de Potossi, et là j’ai tremblé d’angoisse pour toi. Les paysages ont l’air magnifiques. Si tu as pu filmer, alors vivement le montage.Quant à Sucre, si c’est raffiné, c’est normal que ce soit tout blanc et doux !!! Bises de ton Idole.

    1. LOL pour le dernier commentaire 😉

  2. Les voyages forment la jeunesse 🙂 Merci pour ce récit très intéressant

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