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crédit photo: Mail Suzuki

Après un gros fou rire lors de la déclaration de vol au poste de police de Puerto Lopez (souvenez-vous), puis avoir passé quelques heures sur skype pour faire les démarches auprès de ma banque et de mon assurance, dont leur niveau d’incompétence m’a pour l’un comme pour l’autre impressionné – amis du Crédit Lyonnais ou de la compagnie SPB si vous me lisez… – j’ai quitté la côte Pacifique pour me diriger vers la capitale équatorienne, Quito.
Remonté si vite vers la capitale ne faisait pas vraiment partie du programme, mais je devais aller récupérer une carte bleue temporaire pour éviter de me retrouver fauché en Equateur. Après 8 heures sur mes gardes dans un bus de nuit, j’arrive dans le centre de la capitale équatorienne. Le quartier où se trouve la gare de bus est chaud. Après avoir pris un taxi pour me rendre dans l’hostel que j’ai trouvé en cherchant sur le net, je découvre qu’il se trouve au beau milieu du ghetto touristique de la ville. Tous les backpackers s’y entassent à tel point que le quartier est appelé Gringolandia par certains locaux. Je déteste me retrouver dans ce genre de coin mais dans la situation où je me trouve, c’est la solution la plus simple: l’adresse que j’ai fournie à Visa pour qu’il m’envoie ma nouvelle carte est une agence de voyages située à quelques rues de là.
J’arrive sur place un samedi. Dès 19h00 la rue qui était déserte à mon arrivée s’anime. Des tessons de bouteilles de bière et les immenses grilles métalliques de mon hostel surmontées de fils électrifiés m’avaient mis la puce à l’oreille quand à l’ambiance générale du quartier, mais dès la soirée commencée, je comprends que contrairement à toutes les villes que j’ai visitées précédemment, Mariscal en plus d’être un quartier hautement touristique et un quartier de la nuit est aussi un quartier très dangereux.
J’ai au cours de ces deux années passées sur la route, et durant mes voyages qui ont précédé (entre autres au Mexique, au Guatemala et au Belize), vu des endroits malfamés, et Mariscal entre très facilement dans le top 3 des endroits où je me suis senti le moins en sécurité. Les touristes se font finalement assez discrets, tout comme les policiers qui se trimballent par groupe de 10 en veste jaune fluo et semblent se demander autant que les malheureux backpackers égarés, ce qu’ils sont venus faire dans cette galère. En fonction des rues, l’ambiance change: dans une, les lumières et la présence des videurs rassurent. Dans l’autre des ombres furtives et des mecs allongés sur le sol, défoncés au crac, inquiètent sérieusement. De temps en temps, un groupe de motard de la police déboulent à toute vitesse suivi de 4×4 toutes sirènes hurlantes.
Viennent s’ajouter aux touristes, aux jeunes locaux et aux policiers, des cholitas et de jeunes gamins qui arpentent les rues en portant de lourds paniers autour du cou, remplis de cigarettes et de chewing gum qu’ils vendent pour quelques dollars. Dans les bars, il est écrit sur les murs de ne pas s’engouffrer dans des taxis à moins d’être passé par un central d’appels avant, certains rusant et profitant de la confusion ambiante pour détrousser les clients. Au milieu de la place Fosch, la place principale du quartier, les forces de l’ordre ont dressé une tente où est écrit: zona de seguridad. Sous le chapiteau, deux bleus à coté d’une moto Kawasaki ne suffisent pas à donner de la crédibilité à la pancarte.
Arrivée minuit, je comprends que cela ne sert à rien d’insister et que je ne découvrirai pas de charmes secrets au quartier. Je rentre donc me coucher dans mon hotel forteresse où je m’aperçois que ma chambre pourtant situé au deuxième étage, dispose d’énormes barreaux aux fenêtres, y compris à la lucarne des toilettes. Le lendemain au réveil, je me lance dans une rapide recherche sur le net et déménage illico dans un autre hostel de la ville. Il est situé à seulement 1 kilomètres et demi, mais c’est comme si j’arrivais dans un autre monde. Alors que la porte s’ouvre, la propriétaire m’accueille tout sourire en me demandant:

– Vous avez passé un samedi à Mariscal?
– oui
– bienvenue au calme

Alors est-ce que je vieillis où est-ce que je deviens parano? je pense que ce n’est ni l’un ni l’autre, mais que le climat qui se dégage à Quito et à Mariscal tout particulièrement est toxique. Comme beaucoup de pays d’Amérique latine, l’Equateur est un pays pauvre avec un rapport aux armes banalisé (les gardiens de magasins de glace portent un colt 45 à la ceinture…), mais la singularité est qu’ici, y compris dans un quartier hautement touristique, la police locale semble complètement dépassée par la situation. Le résultat est un climat très étrange et malsain qui se dégage et qui transmet un malaise lorsque l’on se promène sur place.
La semaine suivante, alors que je me promène une nouvelle fois dans les rues de Mariscal, mais cette fois-ci en plein après-midi, j’ai l’illustration flagrante du sentiment qui m’avait envahi le week-end précédent. Je me trouve à la terrasse d’un café, j’aperçois en face de moi un homme se jeter sur un autre et sortir une arme de poing pour le détrousser. Loin de paraitre effrayé, la “victime” met la main dans sa veste et en retire un pistolet, avec lequel il tire dans la jambe de son agresseur qui tombe au sol. Le reste de la scène, inutile que je vous la raconte puisque Mai, qui se trouvait avec moi, l’a filmée…

[vimeo 46132398]

En résumé: bien que d’après les statistiques, l’Equateur soit loin d’être le pays le plus violent d’Amérique Latine, la sécurité ou plutôt le sentiment d’insécurité perçu sur place en tant que touriste est beaucoup plus relatif que de simples chiffres. Etranger à un pays, nous fréquentons souvent les mêmes quartiers. L’opinion et l’idée que l’on s’en fait dépendent souvent uniquement de ces quartiers dans lesquels on s’entasse. La plupart du temps, les zones ultra touristiques sont hautement surveillées et proportionnellement beaucoup plus sûres que le reste de la ville; à Quito, c’est l’inverse…
 

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7 Comments

  1. Merci pour cet article très très intéressant.

  2. On dirait que ton histoire est basée sur la chanson Pedro Navaja qui parle d’un criminel qui meurt quand il attaque une prostitué qui, justement, avait une arme dans son sac a main.
    “La vida te da sorpesas, sorpesas te da la vida, ay Dios!” :o)

  3. Ami voyageur bonjour !
    Je dois avouer que je suis un peu navrée de lire ces lignes sur l’Équateur, car il fait partie de mes pays préférés en Amérique latine. J’y ai passé deux mois, je n’y ai voyagé qu’en autostop, et je n’y ai trouvé que générosité et curiosité de la part de ses habitants. Je ne suis pas allée dans ce quartier de Quito, en revanche j’ai beaucoup aimé l’ambiance et l’architecture du centre ville historique.
    Je tiens à dire que je ne me suis jamais sentie en insécurité dans ce pays. Bien sûr, il faut de se tenir sur ses gardes, comme dans toute grande ville (y compris européenne… d’ailleurs il y a aussi des agressions et arrestations musclées en France !), mais je conseille vivement d’aller visiter ce pays encore peu touristique où l’on peut passer des magnifiques plages de la côte aux majestueuses Andes puis aux portes de l’Amazonie en quelques heures seulement !
    http://uctheworld.fr/

    1. Hello Sabrina,
      Merci pour ton commentaire. je dois reconnaitre que mon expérience de l’Equateur n’a pas été très bonne, mais tu as raison de souligner que beaucoup de backpackers passent du bon temps là-bas et adorent le pays. Tout voyage a sa part de hasard, et l’expérience que l’on a dépend des gens que l’on rencontre et d’un facteur chance non maitrisable. Cet article est juste là pour relater mon expérience sur place, mais je ne déconseille pas pour autant d’aller en Equateur. Le propre du voyage, c’est qu’il est hautement personnel et par essence unique. J’encourage toujours les gens à aller se faire leur propre avis sur les pays en enfilant leur sac à dos et en se rendant sur place. Je te remercie pour avoir partager ton expérience ici, qui vient contre balancer la mienne 🙂
      Bonne route et bon vent
      Anto

  4. Mouais.
    J’ai habité 3 mois à Quito.
    J’en garde de très bons souvenirs.
    Chaque soirée passée à la Mariscal (comme on dit) s’est plutôt bien finie. Il faut, certes, être prudent. Par exemple, en appelant un taxi via la compagnie plutôt que ceux qui se promènent dans le quartier.
    La situation, pour les femmes, est différente. Sifflets en rue, main au cul, drague/harcèlement, il faut être franche (et un peu idiote) pour s’y balader seule.
    C’est l’Amérique du Sud quoi. Faire attention. Mais savoir profiter aussi, la ville a beaucoup de charme.

  5. Bonjour, je tombe sur votre article par hasard, en cherchant des info sur l’Equateur. Je trouve complètement malsain et immonde d’avoir non seulement filmé cette scène, mais en plus de l’avoir postée sur la toile.
    En vivant dans la peur et en partageant de la peur, on ne récolte que de la peur.
    Semez de l’amour en vous et autour de vous s’il vous plait.

    1. Bonjour,
      Tout d’abord merci de lire mon blog. Il semble que vous n’ayez pas pris suffisamment de temps pour consulter mes posts et vous faire une idée d’ensemble de mon site. Mes articles sont ce qui se fait de plus antagoniste aux propos des marchands de peur.
      Mon blog est ici pour rapporter à mes lecteurs une experience de premiere main de quelqu’un qui quelques années durant s’est promené à travers le globe. Mon principale message qui est d’ailleurs le fil rouge des conférences que je donne peut se résumer en: “le monde n’est pas aussi terrible qu’on veut bien vous le dire, partez à sa découverte”. Pour autant je ne suis pas non plus un vendeur de rêves. Je ne veux pas taire certaines scènes auxquelles j’ai pu assister. Celle-ci en fait partie.
      La photo comme le film attachés à cet article ne me paraisse ni choquant ni indigne et je ne suis pas sur de comprendre pourquoi vous êtes si choqués. Vous voyez la fin de la scène: un homme à terre entrain d’être arrêté par la police. Rien de pire que ce que l’on voit quotidiennement dans les journées télévisés.
      Mon blog se veut être une fenêtre ouverte sur le monde. Ce monde est souvent beau et parfois un peu moins paradisiaque.

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