Welcome to Fabulous Vegas
Welcome to Fabulous Vegas


La neige du Yosemite, les -10°C sur la route du lac Tahoe, la poussière de la Death Valley… il était temps de prendre un peu soin de moi. Et quoi de mieux pour se faire, que le calme et la volupté de… Las Vegas.

En arrivant sur place et accompagné d’une amie, nous nous offrons deux nuits au Césars Palace, un palace 5 étoiles situé en plein milieu du strip de la plus folle de toutes les villes américaines. Folie dépensière, luxe honteux, pertes de valeurs?!? je vous entends d’ici hurler. Calmez-vous chers followers, cette petite parenthèse confort ne nous aura couté que 25 dollars par personne pour deux nuits. Surpris? normal, mais sachez que la crise économique mondiale a tout de même quelques bons cotés, en particulier celui de faire s’effondrer les prix. C’est encore plus vrai dans le secteur du tourisme et encore plus spectaculaire dans des endroits comme Las Vegas où il y a cinquante hôtels au kilomètre carré.

En considérant que camper au beau milieu de Vegas n’est pas une option réaliste, qu’une auberge de jeunesse sur place coute 25 dollars par nuit en dortoir, le tout pour ne pas dormir beaucoup, mon choix a été vite fait. Inutile de dire que passer deux nuits au César Palace est une expérience bien différente des expéditions dans la jungle de Bornéo, ou des treks à la rencontre de tribus birmanes reculées, mais hormis la jungle urbaine, il n’y a pas beaucoup d’endroits où partir en expédition aux US, et pour ce qui est des indigènes, les derniers qui vivaient sur place ont été exterminés il y a plus de 100 ans.

mon arrivée au César Palace
mon arrivée au César Palace


J’entre à dos de Lizzy sur l’immense place où les voituriers s’agitent et déchargent taxis et limousines. Lorsque j’arrive à hauteur de l’entrée de l’hôtel, un jeune homme d’une trentaine d’années s’approche de moi en poussant un chariot. Il m’aide à décharger mes sacs, baskets et bagages, puis finit par me dire d’un air embêté

Je ne sais pas conduire les motos, ca vous embêterait de l’amener au parking vous-même?

Je lui réponds en souriant

Vous ne pensiez quand-même pas que j’allais vous laisser conduire ma berline?

Il rigole et me demande si je fais un tour de la Californie et du Nevada en moto. Lorsque je lui réponds que cela fait deux ans et demi que je suis sur les routes et que c’est un tour du monde que j’effectue, ses yeux s’écarquillent. Il me demande mon itinéraire et montre un intérêt tout particulier lorsque je lui dis que je suis passé par le Moyen-Orient. La discussion s’éternise et il m’invite à prendre un verre à la fin de son service tout en me glissant avant de s’éloigner qu’il rentre tout juste d’Irak où il a été stationné pendant un an.

Après avoir fait le check-in, je prends possession de la chambre qui va être la mienne durant 48 heures. Elle est immense et le lit tout simplement gigantesque. Je dispose aussi d’une douche ET d’une baignoire, et clou du spectacle il y a le téléphone et la télévision dans les toilettes. Jusqu’où le luxe va-t-il se nicher…

Allo, non mais allo quoi!
Allo, non mais allo quoi!


Ce qui ferait rêver nombre de vacanciers me laisse pour ainsi dire de marbre. Je suis content d’avoir du confort pour 48 heures, mais après plus de deux ans sur les routes, un peu d’eau chaude le matin représente pour moi un luxe insolant et surtout suffisant.

Après avoir jeté mes sacs, je redescends faire un tour sur le strip. C’est la troisième fois que je viens ici, et je connais maintenant par cœur les 5 règles d’or à respecter pour profiter de son expérience à Las Vegas :

  1. Ne pas essayer de trouver une quelconque rationalité à ce que l’on voit
  2. Ne jamais faire le moraliste. Finalement vous aussi vous êtes à Vegas
  3. Laisser son cerveau sur la commode tout le temps du séjour, sous peine de voir ses neurones fondre
  4. Ne jamais rester plus de 3 jours consécutifs
  5. What happens in Vegas finishes on Facebook

Un faux Paris, une fausse Venise, un faux New York, un faux Rome Antique, un faux château fort… faire le tour du monde ne prend ici pas plus de trois heures. La ville ressemble à un gigantesque parc d’amusement pour adultes. Ici ce n’est pas le monde merveilleux de Mickey mais le monde merveilleux du consumérisme. Tout n’est que démesure.

Le strip de Vegas
Le strip de Vegas


Vegas est la réalisation ultime de la société de consommation. Une ville entière où la moralité, le bon sens et les bonnes mœurs s’arrêtent soudainement. Ici on ne pense pas: on dort un peu, on mange beaucoup, on boit passionnément et surtout  on consomme. On consomme donc on est dans cette ville où les pulsions peuvent s’exprimer librement, où l’on peut jouir sans entraves et où tous les interdits semblent avoir disparus.
Voitures, séances de conduite de chars d’assaut, nuits avec plusieurs filles “livrées” directement dans votre chambre d’hôtel… tout s’achète, même l’illusion que l’on peut être un RMIste et pourtant s’offrir des nuits dans des palaces 5 étoiles. Les casinos sont là, très présents mais j’ai l’impression que les jeux d’argents ne sont plus le centre du spectacle.

Au delà du No Limit permanent, ce qui est pour moi plus fort encore c’est l’appel obsédant à la consommation. Je regarde les gens passés, le sourire au lèvres, tenant d’une main un sac de fringues, et d’une autre leur carte de fidélité au casino. Un adolescent explique à sa mère que grâce à ses achats du jours, il a gagné 3000 points de plus et q’ils auront bientôt droit à un cadeau. Il semble heureux en le disant, la consommation est sa raison d’exister. Il vit car il consomme. Je consomme donc je suis…

Eat, sleep, shop & play
Eat, sleep, shop & play


En me promenant sur le balcon du Venitian, un hôtel gigantesque de 4000 chambres dont l’architecture s’inspire de la célèbre ville italienne du même nom, je tombe sur un grand panneau publicitaire qui résume à lui tout seul mon expérience sur place

  • Eat
  • Play
  • Consume

Un peu comme la France à sa devise Liberté, Egalité, Fraternité, Vegas a créé sa propre devise. Au moins ici le slogan est respecté à la lettre et les gens y croient.

Malgré cette vision cynique du lieu, j’ai du plaisir à rester sur place, tout comme j’en avais eu lors de mes deux derniers passages. Je m’efforce à ne jamais réfléchir ni psychanalyser sur ce que je vois, au moins le temps où je suis là-bas. Vegas n’est qu’un vaste terrain de jeux pour adultes, créé au milieu du grand désert du Nevada. C’est un peu comme un mirage dans le désert, ce n’est pas réel.

Pourtant, en repartant de la ville, je me pose la question de savoir si notre monde occidental dans son ensemble n’a pas une tendance à se “Vegassifier”. De grand parc d’attractions, coupé de toute réalité, Vegas ne serait-il pas en train de devenir le modèle à suivre. Individuellement, tout le monde et surtout les Français condamnent les extrêmes de ce royaume de Lucifer américain. Mais en y réfléchissant d’avantage, on peut se demander si Vegas est la cause ou le résultat de notre lente régression ?
 
A vouloir toujours accéder à une vie plus facile et plus confortable, à se laisser convaincre que tout doit être accessible, que nous devons tous être égaux face à l’argent, n’encourageons-nous pas le vide de sens dont Vegas est le symbole. Enfermés dans nos vies, avec de moins en moins de recul sur ce que nous faisons, en quête d’un bonheur facile et immédiat, à vouloir jouir vite et de tout, n’alimentons nous pas tous ce type de société ?

Alors que je suis plongé dans mes réflexions, je vois le mirage Vegas se dissiper dans mon rétroviseur tandis que je prends la direction du Grand Canyon. Après la folie et les excès, je me retrouve une nouvelle fois sur la route, à traverser le grand désert du plateau du Colorado. J’aperçois des vautours planer dans le ciel, leurs immenses ailes déployées. Je suis heureux d’être à nouveau sur la route, seul, en tête à tête avec la nature.

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2 Comments

  1. […] précédent article (disponible ici) était sérieux. Peut-être un peu trop au goût de certains pour qui Las Vegas représente avant […]

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