Lorsque l’on prononce le mot « Colombie », la première chose qui vient à l’esprit de l’auditoire sont les mots « cocaïne » et « narcotrafic » au mieux, ou « enlèvements », « attentats » et « guerre civile » au pire.
Je me souviens la première fois que j’ai annoncé à mes parents que je partais faire le tour du monde. Nous étions à Carcassonne.A peine avais-je fini de de prononcer les mots «tour du monde » que mon père s’est assis sur le lit. Puis lorsque je lui ai présenté mon projet plus en détails et montré mon itinéraire, ses yeux se sont arrêtés sur un seul pays « La Colombie ». L’Iran, le Guatemala, le Honduras… l’ont laissé de marbre, mais la ligne jaune parcourant la Colombie du Sud au Nord a déclenché une frayeur incontrôlable qui l’a comme paralysé.

J’ai essayé d’en parler avec lui mais le sujet est vite devenu tabou. Les seules réponses que j’obtenais étaient : « le projet est beau, mais il faut revoir l’itinéraire ». Têtu par nature, je n’ai rien modifié à mon plan original, et avec le temps, mes parents se sont faits à l’idée que je traversais des pays parfois compliqués; ils ont appris à me faire confiance.

Si une réaction parentale violente peut s’expliquer par l’amour et le souci de protection de sa progéniture, la Colombie est encore très souvent associée à une gigantesque zone de guérilla et de non droit, et pour beaucoup de gens, traverser ce pays s’apparente à commettre un suicide. A la décharge des alarmistes, une rapide recherche sur internet et la lecture des derniers fils d’actualité, ou pire, la consultation du site du ministère des affaires étrangères, ne permettent pas de dissuader les sceptiques des idées préconçues, bien au contraire.

crédit photo: ministère français des affaires étrangères

Pourtant qu’est ce que la plupart des gens savent vraiment de la Colombie ? Farcs, Pablo Escobar, Cocaine, Cartel de Cali, Ingrid Betancourt, guérilla, paramilitaires, otages… beaucoup de mots se bousculent dans leur esprit, mais que sont les faits aujourd’hui ?

Il y a moins de 20 ans, la Colombie était le pays avec le plus taux d’homicide le plus élevé au monde avec 80 meurtres / 100 000 habitants / an (et un pic à 400 meurtres / 100 000 habitants / an, pour la ville de Medellin où officiait le sinistre Pablo Escobar). Les « records » morbides établis par le pays dans les années 1990 n’ont à ce jour jamais été battus, et le El Savador, qui détient le titre de pays le plus violent du monde au classement 2009 affiche « seulement » 72 meurtres / 100 000 habitants / an (à titre documentaire, le taux d’homicide en France est de 1 meurtre / 100 000 habitants / an). Aujourd’hui la Colombie est “redescendue” à la 10ème place de ce classement avec 36 meurtres / 100 000 habitants / an. Le taux reste préoccupant, mais  les progrès réalisés sont stupéfiants, et ce taux d’homicide est inférieur de moitié à ceux du Venezuela, et du Honduras, et se situe à un niveau similaire à celui de l’Afrique du Sud.

La comparaison se révèle encore plus intéressante si l’on zoom à l’échelle des villes. On réalise alors que Cali et Medellin, les deux villes les plus dangereuses de Colombie aujourd’hui, ne se trouvent que quelques places au dessus de la Nouvelle Orléans (USA) (77 hom / 100khab / an vs 58 hom / 100khab / an). Plus intéressant encore, Bogota avec moins de 19 homicides / 100 000 hab / an n’apparait pas dans le classement des 50 villes les plus violentes du monde et est en comparaison près de est 2,5 fois moins dangereuse que Détroit (USA).

extrait du rapport Seguridad, Justicia y Paz – les chiffres dans le rapport sont de 2010

Cela ne fait pas pour autant de la Colombie une destination tranquille et sécuritaire, mais factualiser la peur suscitée par ce pays permet d’éviter que ne se propagent les phobies inutiles.
Depuis le ménage effectué par le président Uribe au début des années 2000, les villes et les axes routiers principaux sont retombés sous le contrôle des forces gouvernementales. La guérilla et les groupes paramilitaires ont été repoussés dans les régions frontalières du pays et dans des zones difficiles d’accès. Le taux de délinquance urbaine a lui aussi reculé grâce aux démantèlements des cartels de la drogue, et au renforcement des budgets affectés de la police et des forces armées. Enfin la mise en place de politiques sociales innovantes pour permettre l’intégration des classes sociales les plus défavorisées dans la société colombienne commence à porter ses fruits.
La situation n’est pas pour autant normalisée mais les progrès ont permis aux touristes de revenir dans le pays depuis les 7 dernières années. Ils se concentrent sur la côte Caraibe, la zone Cafetera et les trois 3 principales du pays: Cali, Medellin et Bogota qui font parties des zones les plus sécurisées. Les conditions de sécurité pour les étrangers en Colombie ne diffèrent au final que peu de celles des autres pays de la région, et les  zones les toujours sous tension sont difficiles d’accès et maintenant loin des itinéraires touristiques.

Le pays ayant été déserté pendant de longues années, les habitants heureux de voir des visiteurs revenir, sont des hôtes accueillants et attentionnés, soucieux de changer la mauvaise image que le monde leur associe. A ce titre, les propos de 3 étudiants colombiens, rencontrés dans une auberge et qui étudient en Italie sont significatifs de la vision encore très répandue. A ma question de savoir ce que cela fait de vivre en Europe leur réponse est rapide et unanime :

«  le plus dur, ca a été de faire comprendre aux autres étudiants que nous n’étions, ni nous, ni notre famille, des narco trafiquants ».

Les clichés ont la vie dure d’autant que la population colombienne loin d’avoir profité de la situation, a dans son immense majorité, été la première victime de la situation désastreuse dans laquelle se trouvait le pays. Alors que celui-ci sort doucement la tête de l’eau et que la route vers une normalisation du pays reste encore longue, je ne peux qu’amplifier cette image, que les colombiens qui regardent dans leur majorité vers le futur, veulent donner de leur pays. L’image d’un pays ouvert, joyeux et accueillant, aimant les échanges et la fête. A nous voyageurs d’aider à faire passer le mot et  à essayer de les aider dans cette mutation.

Similar Posts

3 Comments

  1. Le classement est impressionnant et… inattendu – Nouvelle Orleans 21 au classement… Pour les cliches sur la Colombie c’est sur qu’ils sont bien ancres et qu’il va falloir du temps pour que ça change. Très intéressant.

  2. Le classement est impressionnant et… inattendu – Nouvelle Orleans 21 au classement… Pour les cliches sur la Colombie c’est sur qu’ils sont bien ancres et qu’il va falloir du temps pour que ça change. Très intéressant.

  3. Superbe article!! La situation de Medellin a évolué depuis les années 90 et les gens ne le savent pas!! C’est vrai que le rapprochement à la Cocaïne quand on parle de la Colombie est parfois unanime et c’est usant!!! Démantelons les clichés!!!

Leave a Reply

Your email address will not be published.