Comme je l’avais déjà évoqué dans l’un de mes derniers articles, une fois arrivé dans le Nord de l’Argentine, la coca est devenue une grande incontournable. Ma première rencontre avec cette herbe, je l’ai fait sur la route de Cachi alors qu’une mamie qui garde ses chèvres me demande si je n’ai pas quelques feuilles à lui dépanner.
Embêté de ne pas pouvoir aider cette vieille dame, je m’empresse dès mon arrivée à Salta de m’approvisionner en feuilles magiques sur le marché. Un sachet de 25 grammes coute 0.5 euros.
Pas cher mais ca peut rapporter gros, très gros même si l’on traverse malencontreusement la frontière chilienne avec son petit pochon, ou pire encore, si l’on prend l’avion en direction de l’Europe ou des USA en aillant quelques unes de ces insignifiantes feuilles dans l’arrière poche de son jean. La coca est considérée comme une drogue de catégorie A (au même titre que l’héroïne et la cocaïne…), et à ce titre, en détenir même quelques grammes est puni de 5 ans de prison.

Mais qu’est ce que c’est donc que cette étonnante herbe, que les Sud Américains mâchent en quasi permanence, et que les Occidentaux veulent bannir de la surface de la terre ? La coca, ce n’est pas le Coca Cola… ce sont les feuilles d’un arbuste connu sous le nom scientifique deq l’Erythroxylon coca.

Les feuilles de ce petit arbuste que l’on trouve principalement sur les contreforts des altiplanos andins sont mâchées de manière rituelle par les Incas depuis des millénaires. Elles étaient historiquement réservées à l’aristocratie Inca ; avec l’arrivée des Conquistadors et l’exploitation quasi systématique de la main d’œuvre indigène, son usage a été étendue à toutes les classes de la population.

Ces effets sont multiples : c’est tout d’abord un stimulant (pour en mâcher quotidiennement depuis plus d’un mois, ce n’est pas plus fort que le café), c’est aussi un coupe faim, mais la principale raison de ma consommation assidue est qu’elles permettent de mieux supporter l’altitude, ce qui dans les altiplanos andins, où l’élévation moyenne est entre 3500 et 4000 mètres est bien utile.

«Mais la Coca, c’est avec cela qu’on fait la cocaïne, c’est donc de la drogue». A cela je répondrai que le pavot, avec lequel on fabrique l’héroïne est cultivé massivement y compris en France à des fins décoratives (bouquets de fleurs…), et culinaires. Aux Arméniens d’entre vous qui me lisent, les petits grains noirs sur les Tcheuregs ou autres beuregs sont en effet des grains de pavots! Certes la dépendance aux beuregs et au tcheuregs existe belle et bien, mais n’a rien à voir avec la présence de graines de pavot sur ces petits délices.

Les Boliviens, Péruviens et autres Nord Argentins ne sont donc pas de terribles camés. En réalité, la consommation de coca est extrêmement culturelle. Elle est principalement généralisée dans les classes de la population les plus modestes, car elle aide à endurer des conditions de travail difficiles et les repas espacés. Les mineurs en consomment par exemple d’énormes quantités, mais j’aurais l’occasion de revenir sur ce sujet.
Dans mon cas, petit touristes européen que je suis, j’ai gouté à la coca pour rigoler la première fois, et puis en voyant l’altitude augmentée et mon mal de crane avec, j’ai continué pour les effets que cela procure.
Il existe deux principaux moyens de consommer ces feuilles : en infusion ou en les mâchouillant couplées à un catalyseur qui permet de libérer les substances actives des feuilles. Pour les plus chimistes d’entre vous, le catalyseur permet de libérer les substances alcalines des feuilles, dont : les vitamines X Y et Z, la caféines et la cocaïne (et oui il y en a quand même un peu dans les feuilles, entre 0.8 et 1.2%).

Et pour ceux d’entre vous qui resteraient convaincus que mastiquer des feuilles d’arbre qui coutent 1 euros les 100 grammes, reviendrait au même que de se faire un rail de coke à 130 euros le gramme, voici une recette succincte de comment fabriquer un gramme de cocaïne.

  • Prendre 1 kilo de feuilles de coca
  • Faire sécher les feuilles au soleil
  • Mélanger les feuilles à du kérosène et du carbonate de calcium et les fouler régulièrement pour qu’elle libère leurs substances actives
  • Filtrer le tout pour éliminer les restes de feuilles
  • Mélanger la solution obtenue à de l’acide sulfurique, le tout précipite
  • Faire sécher la pate obtenue au soleil, pour obtenir  la pate de base (sulfate de cocaïne)
  • Prendre cette pate de base et la mélanger à un mélange d’acide sulfurique et de permanganate de potassium pour éliminer le kérosène
  • Filtrer le tout et rajouter un peu d’ammoniac
  • Ajouter de l’acétone puis de l’acide chlorhydrique
  • Mélanger le tout à de l’alcool absolue

-> un précipité blanc se forme
C’est prêt! Si vous êtes arrivés jusque là et que vous n’avez pas envie de vomir, vous pouvez sortir votre paille ou votre billet de 100 euros et vous faire un rail. Vous avez maintenant de la coke pure.
Evidemment c’est  légèrement différent que de mâchouiller les feuilles. Ce que je n‘ai pas dit non plus c’est que les quantités et les dosages des produits doivent être extrêmement précis lors de la fabrication. Cela nécessite donc d’avoir un labo sophistiqué. Ce n’est évidemment pas à porter des paysans péruviens ou boliviens qui mâchouillent les feuilles.
Et pour les malheureux d’entre vous qui ne viendrons jamais en Amérique du Sud et ne pourrons jamais gouter à «la drogue », sachez qu’en terme de gout cela revient à mâcher du foin, et que mélangé à un catalyse, cela anesthésie le coté de la bouche où on le mâche, un peu comme lorsque le dentiste vous fait une anesthésie avant de vous arracher une dent, et qu’en terme d’effet stimulant, cela ne vaut pas un bon expresso.

Mais mieux qu’un long texte une petit vidéo de démonstration pour mâcher la coca comme les pros !

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