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déclaration de vol en Equateur

Après m’être fait voler mes affaires dans le bus m’amenant à Guayaquil, j’ai choisi de ne pas perdre de temps et de ne pas me lancer dans des recherches vaines et stériles, afin de continuer ma route sans perdre de temps en direction de Puerto Lopez. J’arrive sur place à la nuit tombée et mets le soir même ma carte en opposition. Le lendemain matin, après un petit dej. en bordure de mer (je vais quand même pas me laisser abattre pour pour un stupide vol de portefeuille…), je me motive pour aller faire établir une déclaration de vol auprès de la police locale; l’aventure ne fait que commencer…
Puerto Lopez est un petit village sur la côte pacifique équatorienne. Il a été intégré aux brochures touristiques depuis que le bruit a couru que des baleines à bosse passaient une partie de l’été le long de ses côtes. Malgré l’augmentation sensible de l’activité touristique, guère plus d’une cinquantaine de touristes arrivent sur place chaque jour, conservant à Puerto Lopez un visage de village de pêcheurs endormi. Après 15 minutes d’errance à travers la dizaines de rues de la ville, et n’ayant toujours pas trouvé le bureau de police, j’entre dans le bureau d’informations touristiques du village. Un homme derrière un bureau m’explique que le siège de la police se trouve à seulement trois rues d’ici, mais qu’il est difficile à trouver. Il demande à une collègue à lui de m’accompagner. Nous remontons trois patés de maisons plus au Nord, et nous arrêtons en face d’un bâtiment bleu en construction;  sur la façade, un panneau indique “Cabinet Dentaire”.
Passé le moment de surprise, je monte au premier étage et poussant une porte dans le couloir, derrière laquelle je découvre deux fauteuils de dentistes. Perplexe,  je commence à me  demander s’il ne s’agit pas d’une salle d’interrogatoire locale, lorsque apparait un homme en blouse blanche. Il n’a à première vue rien d’un tortionnaire et raccompagne à la porte une vieille dame qui ajuste son dentier. Aussi surpris que moi de me trouver là, il me pointe du doigt une montée d’escalier sans rambarde et me dit que le bureau de la police se trouve à l’étage du dessus.
Je grimpe les 10 marches et trouve au fond d’un minuscule couloir une pièce où sont alignés deux bureaux. Derrière le premier, une femme enrobée lit un roman affalée dans un fauteuil. En me voyant, elle se contorsionne pour se cacher derrière l’écran de son ordinateur, sans même lever les yeux de la page qu’elle est en train de lire. Derrière le second bureau, un petit homme nerveux est en pleine discussion avec une famille de 5 personnes. Dans le couloir 3 personnes attendent leur tour. Je commence à me poser la question de savoir si je suis au bon endroit, lorsque mon regard tombe sur un poster dans le couloir et intitulé “Most Wanted in Ecuador”. Sous ce titre accrocheur, les portraits de 8 gugus aux visages peu amicaux me contemplent, avec en légende de chacune des photos, nom, surnom et crimes pour lesquels ces petits anges sont recherchés. “Meurtres”, “viols et meurtres”, “extorsion de fonds et meurtres”, “actes de barbarie”… la liste peut inquiéter, mais en la voyant, c’est plus un sentiment rassurant qui m’envahit: j’ai enfin trouvé le bureau de police de la ville!
Je patiente sagement 25 minutes dans le couloir, tandis que la conversation dans le bureau s’éternise. Alors que le ton commence à monter, l’homme derrière le bureau  sort dans le couloir. Il porte un costume jaune, les jambes de son pantalon sont évasées et se terminent en pattes d’éléphant dans la plus pure tradition Beattles. Il a une paire de mocassins pointus, qui ferait mourir d’envie même le plus rabiz des Hayastansis. Alors qu’il s’approche de moi pour me serrer la main comme il le ferait avec un vieil ami, mon regard bloque sur sa cravate. Elle est encore plus jaune que son costume, mais ce sont surtout les motifs qu’elle arbore qui me rappellent vaguement quelques choses… mais bien sûr, ce sont les logos de la célèbre marque de bière mexicaine: La Corona!
En plus de ses multiples attributions, mon beattle équatorien me confirme qu’il est aussi officier de police et qu’il peut prendre ma déclaration. Il me fait comprendre que la discussion dans son bureau risque de s’éterniser, et il m’encourage à aller faire un tour et à revenir plus tard. Lorsque je reviens une heure plus tard, la famille est partie, mais a été remplacée par deux hommes d’une quarantaine d’années, qui ont pris leur place dans les chaises de jardin en plastique blanc. Je tends l’oreille et d’écoute leur conversation pour m’occuper. Mon espagnol montre vite ses limites, et je manque certains détails de la joute verbale, mais je comprends qu’il s’agit de trouver un accord à l’amiable concernant un litige financier. La discussion va bon train et l’officier de police jaune fluo fait office de juge de paix lorsque l’ambiance s’électrise. La chaleur de l’après midi équatorienne est étouffante mais la scène à laquelle j’assiste est divertissante et je ne vois pas s’écouler les 45 minutes que je passe à attendre assis dans le couloir.
Alors qu’ils finissent par trouver un accord, je suis invité à entrer dans le bureau. Style latino oblige, les deux plaignants qui viennent de s’échauffer pendant plus d’une heure quittent la pièce en me serrant la main, et me souhaitent “Suerte”. Mais “bonne chance” pourquoi au juste?
Je prends place dans une chaise de jardin tandis que le policier sort une feuille vierge A4 et la pose devant lui. Il prend ma pièce d’identité, s’apprête à écrire mon nom sur la feuille de papier, lorsqu’il s’aperçoit qu’il n’a pas de stylo. Il regarde dans tous les tiroirs de son bureau, mais aucun des 3 bics qu’il  à essaie ne fonctionnent. Il se tourne alors vers sa collègue, qui après avoir ) son tour cherché durant 5 minutes dans son sac à main lui tend un stylo. Après avoir regardé mon passeport de longues minutes, il relève les yeux et me demande où où est inscrit mon nom et où est inscrit mon prénom. En inscrivant ma date de naissance, je me retrouve soudain rajeuni de 25 ans car il ma date d’anniversaire avec la date de délivrance de mon passeport. Tous ces détails d’états civils rassemblés, il s’apprête à prendre ma déclaration lorsque le vil stylo rend l’âme. Contrarié, mon agent de la force publique équatorienne me dit que nous allons gagner du temps, en saisissant immédiatement la déclaration sur ordinateur. Je découvre au passage que sa première idée était de saisir la déclaration sur papier avant de la retranscrire sur informatique…
Un petit jeu de chaises musicales avec sa collègue et attendu 10 minutes de démarrage de PC plus tard, nous sommes fin prêt pour débuter la déclaration. Il récupère sur une clé USB un format de déclaration de vol et il commence la saisie. En le voyant chercher chacune des lettres sur le clavier, je comprends que l’exercice va être long… très long même. 10 minutes plus tard, il achève enfin la saisie de mon nom. Nous entrons alors dans le vif du sujet: le contexte du vol.
Je lui explique que pour connecter la ville de Cuenca à Puerto Lopez, il m’a fallu faire une escale à Guayaquil car aucune ligne de bus directe n’existe. En déscendant du premier car, je me suis aperçu que ma veste contenant mes effets personnels, de l’électronique et ma carte de crédit avait disparu. Il tape sur le clavier ce que je lui dicte lorsque son regard se relève brusquement:

– Mais alors, vous vous êtes fait dérober vos affaires dans le bus entre Cuenca et Guayaquil
– Euh… oui c’est bien cela
– Ah mais alors on ne peut pas établir la déclaration de vol ici, nous ne sommes pas sur la même division administrative, je ne peux pas prendre votre déclaration
– Que dois-je faire alors, j’ai besoin d’une déclaration de vol pour mon assurance?
– Il faut que vous retournier à Guayaquil (à 5 heures de route d’ici – ndlr)

Habitué depuis 2 ans aux administrations folkloriques, sa réaction ne me surprend pas et me décroche même un sourire. Je lui réponds immédiatement

– Si le vol avait eu lieu sur la ligne Guyaquil – Puerto Lopez, est-ce que j’aurais pu faire la déclaration ici
– Oui car c’est la même répartition administrative
– Ah et bien je me suis trompé, en fait c’était dans le second bus, je me suis aperçu du vol dans le second bus
– Vous êtes sûr, mais vous m’avez dit il y a quelques instants que…
– Oui oui, je me suis trompé; vous savez, mon espagnol est très moyen…

Et voilà le problème réglé. Nous continuons avec la rédaction de la déclaration, ce qui prend plus de 45 minutes pour rédiger moins de 15 lignes. La déclaration terminée, il récupère la même clé usb et copie le fichier word dessus. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi, mais lorsque je le vois se lever et chausser ses lunettes de soleil, j’imagine le plus drôle… et j’ai raison. Il me demande de le suivre. Nous sortons du bureau et nous rendons 4 blocs plus loin dans un internet café. Il tend la clé USB à la femme derrière le guichet, qui ne semble pas surprise de le voir. Il me demande aussi de leur passer mon passeport. Nous repartons quelques minutes plus tard avec une copie papier de la déclaration de vol et une photocopie de mon passeport. Dans l’agitation, je parviens à éviter de payer la facture en prétendant ne plus avoir de cash depuis le vol (ce qui est faux mais tant pis…). Sur le chemin du retour, il m’explique qu’ils n’ont pas d’imprimante au poste de police, et qu’il est obligé d’aller à l’internet café du coin plusieurs fois par jour pour effectuer les impressions.
Après avoir apposé des tampons rouges et bleus sur la déclaration de vol, il me sert la main en me disant qu’il transmettra la déclaration au bureau de Guayaquil pour qu’une enquête soit faite. En quittant le bureau, je regarde l’ordinateur et m’aperçois qu’en plus de ne pas avoir d’imprimante, l’unité centrale ne dispose pas non plus de connexion réseau. Qu’importe j’ai le papier qu’il me faut pour mon assurance.
Je redescendant les escaliers tout en riant à haute voix. Plus d’un mois s’est écoulé depuis, mais je n’ai aucun doute sur le fait que l’enquête suit son cours et qu’elle est entre de bonnes mains… 😉

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1 Comment

  1. Dommage que tu sois si malin !Si tu étais retourné à Guayaquil, on aurait eu droit à un second chapitre et qui sait à un troisième. Quelle histoire ! Incroyable mais vraie.

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