Lorsque j’ai dépassé la ville de Chochrane, une question délicate s’est posée. Allais-je oui ou non continuer jusqu’à Villa O’Higghins et choisir de me retrouver dans un cul de sac qui me forcerait à me retaper 300 kilomètres dans l’autre sens pour traverser vers l’Argentine et me permettre de descendre plus au Sud? Uu serais-je suffisamment raisonnable pour passer la frontière sans aller voir à quoi ressemble le bout de la Carratera Australe chilienne.

A votre avis que s’est il passé?  Mais bien évidemment je suis allé voir à quoi ressemblait la fin de la route. Bon, je dois avouer qu’elle est assez décevante. Le panneau qui indique officiellement la fin de la Carretera ne présente aucune touche d’originalité, mais surtout, les ouvriers d’un chantier voisin n’ont rien trouvé de mieux que d’installer leur préfabriqué juste devant. Et quand je vous dis devant, c’est tel qu’il faut faire des contorsions pour réussir à se faire prendre en photo avec la célèbre pancarte.
Plus drôle que le panneau, la manière dont se termine cette mythique route: brusquement, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque la fin de la route n’est rien de moins que… la rampe pour mouiller les bateaux dans le lago San Martin. Les conducteurs distraits ou perdus dans leurs rêves en arrivant sur place font un grand saut dans l’eau à 5 degrés en guise d’attestation qui prouve qu’ils sont bien allés jusqu’au bout des 1247 kilomètres.

Plus que le panneau, aller jusqu’au bout de la Carreta Australe m’a permis de découvrir la ville de O’Higghins. Située 47 degrés Sud, c’est la dernière des villes chiliennes à avoir été connectée à la Carratera cela en… 2003. Se promener dans ses rues (7 au total ca va donc assez vite) donne un avant gout de ce que pouvait être la vie au Far West. J’ai même été surpris de ne pas voir un cowboy égaré sortir d’une des rares maisons. Pour rajouter à l’ambiance western, j’ai pu voir passer lors de mon deuxième jour sur place, une tornade qui a traversé la ville. C’est apparemment relativement fréquent, et deux ans auparavant, le même phénomène naturel avait emporté le toit du backpacker hotel où je séjournais.
Que font les gents qui vivent là bas pour vivre ? Figurez-vous que je me pose toujours la question. La ville est encaissée dans une cuvette, une situation géographique magnifique car entourée de glaciers, mais ce n’est pas exactement l’endroit où s’installer pour faire fortune. La seule personne du coin dont j’ai compris d’où provenait ses revenus, c’est un certain Jorge, un Espagnol qui a choisi de s’exiler dans ce bout du monde il y a 8 ans et d’ouvrir son hôtel : le Mosco. C’est le bon plan de la ville, et c’est là que se retrouvent tous les illuminés qui ont choisi d’aller au bout du bout de la Patagonie chilienne et surtout de leurs rêves.
Parmi eux, ma pensée va aux quelques cyclistes que j’ai rencontrés. Tous modestes lorsqu’ils racontent leurs aventures de plusieurs semaines, à affronter les pierres et la poussière de cette route où même ma Subaru a laissé un pneu. Chapeau bas chers amis et amies (certains de ces fous sont… des folles…), même la Chérie Moya qui se plaignait des conditions de la route en a eu le klaxon coupé en vous voyant !

Ce détour m’a également permis de visiter l’autre village qui jalonne les 300 derniers kilomètres de route. Il s’agit de Tortel qui se situe 100 kilomètres avant O’Higghins. Tortel est construit en bordure d’un immense fjord. Le seul moyen de se déplacer dans le village c’est en empruntant un système de passerelles en bois. Le village est entièrement piéton et les voitures doivent sagement attendre à l’entrée. Joli et amusant, mais le plus fascinant à Tortel ce n’était pas toutes ces passerelles ; c’est une balançoire, ou plutôt devrais je dire « La balançoire » avec la plus belle vue du monde. Elle est installée tout au bout du village, sur une presqu’il de sable en bordure du fjord. Elle ne peut être fidèlement  décrite que par des photos, et si les 600 kilomètres supplémentaires dans la poussière que ce détour m’a fait faire n’étaient que pour les quelques minutes pendant lesquelles je me suis balancé à Tortel, ils en valaient largement la peine.

Et vlan un pelle mêle photo de ce cul de sac, sans doute l’un des plus beau du Monde.

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8 Comments

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  2. […] je vous en avais parlé dans mon dernier article (disponible ici), le backpacker hotel le Mosco est le bon plan de Villa O’Higgins. Tous les voyageurs […]

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  4. Alors a part l’hotel, qu’y a t-il d’autre dans ce village O’Higgins? J’imagine que le ravitaillement arrive par la route de maniere mensuelle…
    Je pensais que le nom ne sonnait pas bien chilien et bien pas du tout, la ville a ete nommee en hommage au hero de l’independance chilienne Bernardo O’Higgins.

    1. Ben pas grand chose à vrai dire. Le ravitaillement arrive environ une fois par semaine, et je confirme le nom de la ville revient à un héro chilien… qui en plus du nom de cette ville a au minimum une rue en son honneur dans chaque ville et village du pays.

  5. Bonjour,
    Je me demandais s’il était possible de faire cette route mythique autrement qu’en 4×4…tu sembles le confirmer. A part une crevaison, il ne semble pas y avoir de contraintes particulière, tu confirmes ?

    1. @tirados: Aucune contrainte particulière je confirme. Le 4×4 est inutile et la voiture n’a même pas besoin d’avoir une garde très haute. C’est de la piste de pierre donc le principale risque est de prendre une pierre dans le pare brise

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