Snif snif, Bibi (alias moi) est triste. Triste puisqu’arrivé à Hanoi, et ayant ainsi terminé  la première partie de mon périple autour du globe, j’ai du me séparer temporairement de ma belle. Sa splendide robe bleue me manque déjà, snif snif snif… :-(.

Ma princesse a deux roues a été mise dans une caisse spécialement conçue pour l’occasion, puis embarquée sur un cargo en direction de Marseille. De là elle sera acheminée vers Lyon ou elle passera quelques semaines et se refera une beauté. Au programme, changement de pneus, vidange, vérifications moteur, et maintenance de la pompe à essence et de la pompe à huile qui ont montré quelques faiblesses. Une fois sa période de convalescence passée, elle devrait me rejoindre quelque part en Amérique. Le lieu du rencard n’est pas encore arrêté, mais je suis déjà impatient de la revoir.

Voilà pour la conclusion de l’histoire, mais en arriver là n’a pas été si simple. Petit retour sur les dernières semaines et l’organisation de ce rapatriement.

Lorsque j’étais encore dans les préparatifs de mon aventure, j’avais fait des recherches pour le fret de ma moto. J’avais ainsi trouvé des noms d’agents capables de m’assister dans les formalités pour envoyer ma moto du Népal jusqu’en Asie du Sud Est; je savais aussi qu’un ferry existait pour passer d’Iran aux Emirat Arabes Unis, ou encore que des gens avaient déjà faits envoyer une moto par avoir de Dubai jusqu’en Inde. Par contre, j’avais eu beau faire des recherches extensives, je n’avais pas réussi à trouver quelqu’un ayant réussi à fréter un véhicule depuis le Vietnam.

A peine arriver dans le pays, je me suis lancé à la pêche aux infos et ça n’a pas été simple. Première difficulté, trouver des sites internet en anglais sur le sujet. On pourrait croire que des entreprises spécialisées dans l’import/export auraient des sites internet multilingues. Et bien figurez-vous que cette règle, vraie dans la plupart des pays du monde ne s’applique pas au Vietnam. En fait seule une infime minorité de sociétés vietnamiennes ont des pages en anglais. Ne parlant pas vietnamien, je n’ai pas vraiment eu d’autre choix que d’envoyer mes emails dans la langue de Shakespeare et  la s’est présenté le second problème: réussir à obtenir une réponse à des mails écrits en anglais. J’ai vite compris que procéder ainsi était comme jeter des bouteilles à la mer. Le taux de réponse à mes missives a été encore plus faible que celui d’un jeune diplômé envoyant des lettres de motivation à des entreprise du CAC 40 à la recherche d’un poste de PDG.

Bien que je m’y sois pris en avance (3 semaines pour être précis, ce qui pour moi tient presque du miracle), à quelques jours d’arriver à Hanoi, je n’avais toujours aucune réponse. Je commençais à envisager des scénarios catastrophes, comme retourner par la route à Bangkok, lorsque j’ai fini par recevoir une réponse d’un certain Jean-Marie. Ca ne sonnait pas très vietnamien mais qu’importe, dans une situation désespérée, on se rattache à tout signe d’espoir. Après quelques aller retour de mails, j’ai fini par être mis en contact avec un dénommé Huong. Et heureusement que ce Huong était patient, parce qu’autant dire que renvoyer une moto depuis le Vietnam n’est pas quelque chose de simple.

Envoyer la moto ne posait en soit pas de vrai problème (à part au niveau du prix, mais si ca me posait un problème, ça n’en posait étonnement aucun à Huong). Ce qui était très compliqué, c’était d’expliquer comment j’avais fait pour entrer au Vietnam avec une moto de 800cc, en gardant mes plaques anglaises et sans avoir de permis de conduire vietnamien. Mon cas ne soulevait pas un problème mais 3 problèmes à la fois:

  1. les motos au delà de 250cc demande la délivrance d’une autorisation spéciale, très difficile à obtenir
  2. tout véhicule roulant sur le sol vietnamien doit avoir des plaques d’immatriculation vietnamiennes
  3. les permis étrangers, y compris les permis internationaux ne sont pas reconnus par les autorités vietnamiennes

J’ai eu beau jouer au con (je sais assez bien faire), et promettre que j’ignorais tout de cela (ça c’était déjà un plus gros mensonge), cela n’a pas suffit. J’ai ensuite plaidé ma cause en expliquant que personne ne m’avait dit quoi que se soit lorsque j’ai franchi la frontière à Ha Tien (ça ce n’était pas vraiment un mensonge, j’ai juste oublié de dire que j’étais passé par Ha Tien parce qu’on m’avait dit que les douaniers vietnamiens sur place ignoraient les lois vietnamiennes… et que le poste de frontière était si petit que mes chances étaient grandes pour pouvoir entrer dans le pays). Rien n’y a fait. En réalité Huong se foutait pas mal de comment j’étais entré, lui ce qu’il ne voyait pas, c’est comment il pouvait faire ressortir une moto qui était illégale sur le sol vietnamien.

Après pas mal de tergiversations, nous avons fini par nous entendre sur le fait qu’il se chargerait de renvoyer ma moto, et que je me chargerai de moi même faire les formalité douanières. Je n’avais aucune idée de comment j’allais m’y prendre, mais j’avais compris que c’était ma seule chance pour qu’il accepte de m’aider. Je me suis aussi dit que dans le pire des cas, cela me couterait 300 ou 400 dollars pour obtenir la compréhension des services de douanes (comme dirait Gad Elmaleh, “tu ne me dis pas non, tu me dis combien…”). Après une semaine d’échanges par mails, nous nous mettons d’accord sur un prix pour renvoyer Lizzy par bateau cargo. Huong m’explique ensuite que je dois me rendre à Hai Phong, le plus gros port de marchandise du pays pour effectuer les formalités douanières.

Deux jours plus tard, me voici donc parti en direction de Hai Phong. C’est une ville en bordure de la mer de Chine qui se trouve à une centaine de kilomètres de Hanoi. Arrivé dans le centre, je suis obligé de slalomer entre les files de camions remorque tous chargés de containers. Après un peu de tâtonnement, je trouve finalement le bureau des douanes. C’est un grand bâtiment au rez de chaussé duquel se trouve l’accueil du public; enfin public, c’est beaucoup dire, puisque autour de moi ce ne sont que des agent de fret qui s’affairent et effectuent les formalités administratives pour leurs clients. Je suis le seul particulier sur place, et aussi… le seul blanc. Je peux lire sur les visages la surprise des gens qui me voient en rentrant dans l’immense salle, mais personne n’ose me parler.
Un gigantesque comptoir de plusieurs dizaines de mètres traverse la pièce, derrière lequel se trouve une première ligne formée d’une trentaine de douaniers en uniforme tous assis en face d’ordinateur. Se sont eux qui sont en contact avec les civils. Quelques mètres derrière eux, une seconde ligne est formée par une rangé plus éparse de bureaux. Les personnes assises derrière sont habillé en civil et je comprend rapidement qu’il s’agit des gradés. Enfin dans le fond à droite de la pièce, un homme d’une quarantaine d’année est assis derrière un bureau trois fois plus grand que les autres; en face de lui, des agents des douanes en uniformes attendent en fille indienne lui présentent des papiers qu’il semble lire brièvement avant de les signer. Pas de doute, c’est lui le big boss et c’est certainement lui qu’il va me falloir amadouer.

Après cinq minutes d’attente, c’est mon tour. Je m’approche du comptoir et commence à expliquer mon cas en anglais au douanier. Après m’avoir attentivement écouté, il essaie de me répondre dans un anglais approximatif. Voyant mon passeport, il bascule en français sans beaucoup plus de succès. Au delà du charabia qu’il me débite et auquel je ne comprend pas grand chose, je remarque surtout qu’il est souriant. Cela peut paraitre idiot mais cela me rassure grandement sur la suite des évènements: me faire comprendre n’est que la première étape, la seconde et la plus importante est d’obtenir les coups de tampon et les papiers nécessaires pour renvoyer mon véhicule.

Après quelques minutes pendant lesquelles mon douanier cherche en vain ses mots en anglais et en francais,  il se tourne vers sa collègue de droite qui, me dit-il, est bilingue.  Elle est  jeune, une petite vingtaine d’année à vue de nez. La communication avec elle est effectivement plus facile. Je lui explique pourquoi je suis là. Rien ne semble bloquer à ce stade: personne ne semble vraiment surpris que bien qu’étant un touriste, je veuille renvoyer une grosse cylindrée en Europe. Après avoir demandé à voir les documents de mon véhicule, on me demande les papiers d’importation. Problème, je n’en ai pas. La demande se fait insistante; ne voulant pas paraitre en reste, je tends la lettre que je me suis fait établir au Cambodge par le consul de France (pour ceux qui ont raté l’épisode précèdent, petit rappel ici). Ca n’a rien à voir avec ce que l’on me demande, mais ca fait officiel et les tampons rouges et bleus dessus font du meilleur effet. Durant 5 minutes, j’ai l’impression que mon subterfuge marche; le douanier en uniforme finit par se lever de sa chaise et par s’approcher d’une dame assise au deuxième rang. Ma demande vient de grimper un échelon de la hiérarchie douanière, le sourire sur mon visage augmente proportionnellement!

Mais au vue des grimaces que la deuxième ligne commence à faire, je déchante rapidement et comprends que je n’ai pas réussi le test. Monsieur le douanier revient vers moi et m’explique que les papiers que j’ai ne suffisent pas. Je traverse un grand moment de solitude, lorsque soudain j’ai une idée: je sors mon carnet de passage en douane (pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, plus d’infos ici). Comme pour la lettre du consul, je sais que cela ne sert à rien, puisque les douaniers vietnamiens de Ha Tien ont refusé de le tamponner lors de mon entrée sur le territoire, mais à nouveau, il fait très sérieux puisqu’il portent les tampons de tous les pays que j’ai traversés.
Cette technique de diversion, je l’ai apprises sur les routes durant ces 14 mois. Les douanes d’un pays détestent être en reste par rapport à leur comparses d’autre pays. Lorsqu’un douanier voit que ses pairs ont tous tamponné un document, la chance est grande pour que même s’il ne sait pas ce à quoi sert le document, il le tamponne lui aussi pour ne pas avoir l’air idiot. Je réalise vite que mon grand cahier jaune fait son petit effet. Il passe de mains en mains, les pages tournent et les gens s’étonnent de voir des tampons iraniens, indiens et cambodgiens dedans. Je peux lire sur les visages que personne ne sait à quoi ce document sert, mais je vois aussi que garder bonne figure, personne n’ose me demander ce que c’est.

Alors que mon CdP passe de la première à la seconde ligne de douaniers, je fais la conversation à mes deux douaniers en uniforme. Je leur explique mon aventure, leur raconte des anecdotes autour de mon voyage et fin de ne pas comprendre ce qui pose problème ici. Après une dizaine de minutes de discussion, le douanier regarde sa collègue en souriant et me dit
– She says you are handsome
Voyant a mon visage que je n’ai pas compris ce qu’il me dit, il me répète en français
– Elle te trouve très beau
C’est inattendu mais ça fait plaisir, et puis surtout ça peut aider que la douanière me trouve mignon. Alors que je me met à lui sourire et continue la conversation avec elle, la demoiselle tourne à l’écarlate. Profitant de cet avantage inattendu, je lui demande les papiers qu’il me manque et si elle ne pourrait pas me donner un coup de main. Elle ne semble pas trop le savoir elle-même les papiers qui pourraient officialiser la présence de ma moto dans le pays, mais je comprends qu’un papier écrit en vietnamien et tamponné pourrait aider. Je prends mon plus belle air de chien battu et la supplie de me donner un coup de main… et ça semble marcher. Elle s’active et se lève de sa chaise; le douanier qui s’occupait de moi depuis le début fait de même. 30 minutes, de multiples aller retour entre les premières et les secondes ligne, et un aller simple vers le Big Boss plus tard et TADA!!! j’ai les papiers et les coups de tampon magiques!

Je suis tellement surpris que je regarde mes sauveurs en leur demandant si c’est tout ce dont j’ai besoin. Ils rigolent et me répondent que oui. 2 heures à peine après être arrivé sur place, j’ai terminé les formalités que tout le monde me prédisaient interminables. J’appel Huong au téléphone qui reste incrédule de la rapidité avec laquelle j’ai réussi cet exploit. Il me demande à parler à un douanier pour s’assurer que j’ai bien compris ce qui se passait. La scène est cocasse, puisque je passe mon téléphone portable à l’un des douaniers, qui se met à discuter pendant 5 minutes avec mon agents de fret… un peu surréel mais tellement drôle. Au final lorsque je reprends le mobile, Huong me lance simplement un:
– quite amazing but you are all done, how much did you pay for that?
– what if I tell you I didn’t pay a penny
– then I won’t believe you”
C’est pourtant bel et bien vrai. Je raccroche le téléphone le sourire au lèvre et griffonne mon numéro de téléphone sur un bout de papier que je passe à la douanière avant de partir.

Conclusion de l’histoire, clearer une moto au Vietnam, c’est simple comme un coup de fil 😉

Et en bonus, les pêle-mêle photos de l’emballage de Lizzy

 

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6 Comments

  1. Mon beau gosse, tu n’es pas seulement beau mais intelligent et démerdard. Ton sand froid m’épate.
    Bon, tu as perdu ta princesse à deux roues, mais il existe des princesses à deux pattes, tu le sais bien. BisesremontemoraldetonIdole.

    1. Je ne l’ai pas perdue pour longtemps, rassure toi hehe

  2. Tu vas me faire le plaisir de me communiquer les coordonnées de cette douanière ,, j’ ai une voiture a faire passer , et quand elle me verra …. in the pocket”” ;si ça a marcher pour toi, alors je ne me fais pas de souci !!

  3. […] c’est que je n’ai pu avoir la confirmation de mon départ qu’une fois que Lizzy a été clearée par les douanes vietnamiennes. Autant dire que la situation ne s’est décantée qu’au dernier moment, et que […]

  4. […] Une correspondance, 2 heures d’avion et une nouvelle traversée de la cordillères des Andes par les airs plus tard, je n‘arrive finalement à Santiago. Extenué comme il se doit. J’ai traversé le plus grand océan du monde et je suis maintenant en Amérique, le dernier continent de mon aventure (enfin de celle-ci). Plus qu’une grande ligne droite, une très grande ligne droite de 17000 kilomètres et j’atteindrai le but ultime de mon voyage: New York et la statue de la liberté. Mais avant un petit détail reste à régler. Il faut que je trouve une voiture pour traverser l’Amérique du Sud, Lizzy et moi ne devant nous retrouver qu’aux USA (voir le post précédent pour ceux qui auraient raté un épisode). […]

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