Nos beaux volcans du Puy de Dome sont depuis longtemps éteints et l’érosion qui a fini par leur donner une sympathique forme arrondie nous a fait oublier qu’il y a quelques milliers d’années, ces belles montagnes pelées crachaient du feu.

Il en va différemment en Amérique du Sud où les Chiliens et les Argentins sont régulièrement rappelés à la réalité par les colères de la nature. La chaine des Andes qui sépare les deux pays est constituée dans sa majeure partie par une succession de volcans très actifs. Ce qui est étonnant lorsque l’on voyage sur place c’est de voir la manière dont les habitants se sont habitués à vivre avec les caprices de ces géants, qui piquent régulièrement des colères… rouges.

Et lorsqu’un géant de plusieurs milliers de mètres de haut s’énerve, mieux vaut ne pas rester dans les environs, d’autant qu’ils ont parfois la rancune tenace et que certaines éruptions durent plusieurs mois voire plusieurs années. Leurs conséquences sont à la hauteur de l’immensité de la nature: de la cendre qui obscurcit le ciel sur des centaines de kilomètres perturbant le trafic aérien et rendant l’air irrespirable, des coulées de lave qui dévastent tout sur leur passage et remodèlent le paysage, faisant fondre neige et glaciers et transformant des forêts luxuriantes en d’immenses champs lunaires. Ce sont parfois le cours des rivières et la forme des lacs qui sont modifiés lorsque les millions de mètres cubes de lave en fusion viennent se solidifier au contact de l’eau.

Au milieu de cette nature hostile l’homme a du s’adapter et apprendre à vivre avec ces éléments indomptables. Malgré les sondes qui mesurent en permanence l’état de ces monstres au sommeil léger, et les scientifiques qui se relaient pour s’enquérir de leur état de santé, nous autres, petits humains, sommes renvoyés à notre insignifiance face à leurs forces démesurées. Même lorsque l’alerte est donnée et que les sirènes résonnent pour déclencher l’évacuation, nous restons spectateurs impuissants du show et ne pouvons que subir les sauts d’humeur de ces dragons de pierre.

C’est la première fois de ma vie que je vois des volcans en vrai! Et pour une première quelle première. C’est dans le parc national de Llamai, qui abrite le volcan du même nom que j’ai eu droit à mon premier face à face. Après avoir passé la nuit au pied de ce titan de 3125 mètres, j’ai décidé le 28 novembre, jour de mon anniversaire d’aller me balader autour de lui. Llamai est l’un des plus gros volcans du Chili, mais c’est surtout le plus actif. Sa dernière éruption remonte au 1er janvier 2008. Les amoureux de la nature qui avaient choisi d’aller passer leur réveillon à ses cotés n’ont pas été déçus puisqu’ils ont du laisser tous leurs effets personnels, voitures incluses, afin d’être évacués par hélicoptère lorsque ce joyeux drille a décidé de lancer un spectacle pyrotechnique un peu avant les 12 coups de minuit. Imaginez  la tête de l’assureur lorsqu’il a reçu le coup de fil de ses clients lui indiquant que leur voiture avait disparu emportée par une coulée de lave…

Je n’ai pas pu souffler mes bougies parce que je n’avais pas été assez prévoyant et n’en avais pas pris avec moi. Ca n’en est pas moins resté un superbe anniversaire que je vous propose de partager avec cette petite vidéo filmée à l’issue de 4 heures de trek. Appréciez là à sa juste valeur car mon appareil photo n’a pas résisté à la poussière volcanique sur place et est décédé durant ce tournage dans d’affreuses souffrances (capteur rempli de poussière et mort subite du micro, d’ailleurs si l’un d’entre vous possède un canon 5d en rab, je suis preneur…).

De retour de Llamai je me rends à Pucon, anciennement un petit bourg endormi devenu en l’espace de quelques années la Mecque des sportifs en quête de sensations fortes, et pour cause : toutes les villes ne peuvent pas se targuer de s’être développées au pied d’un volcan au cratère perpétuellement fumant.

Pour les apprentis vulcanologues dont je suis, voir un volcan qui  fume, tout en sachant que sa dernière éruption remonte à 5 ans auparavant et que la coulée de lave principale ne s’est arrêtée qu’à 3 kilomètres de la ville est inquiétant. Pour les autochtones c’est tout le contraire : alors que j’avale un burger dans le café du coin, le propriétaire me voyant jeter des regards inquiets en direction de la gigantesque cheminée naturelle me lance :

“Tant que le cratère fume tout va bien! C’est quand il s’arrête de fumer qu’il faut s’inquiéter parce que cela veut dire que la pression est entrain de monter la haut et que l’éruption ne va pas tarder…”

Je continue à regarder le sommet de la montagne fumante qui me fait face, mais avec cette fois la sérénité procurée par ma dernière conversation. Alors que je regarde la colonne blanche s’élever dans les airs, je me dis que ce n’est pas si mal que le gaz sulfurique s’échappe du sommet, au moins tant que je suis là…

Vous commencez maintenant à me connaître et vous savez que quand il y a une connerie à faire je suis toujours présent. Et bien figurez-vous qu’il y en a justement une belle à faire depuis Pucon : se lancer dans l’ascension du Villarica. C’est quand même la classe de gravir un volcan, et encore plus lorsqu’il fait partie du cercle très fermé – il n’y en a que 5 au monde – des volcans abritant un lac de lave à leur sommet.

Evidemment entre le dire et le faire, cela nécessite un peu de préparation car  Villarica n’est pas une fille facile. Aller respirer une bouffée de gaz sulfurique dans son cratère à 2847 mètres nécessite un peu d’équipement. Je finis par trouver une expédition qui s’y rend. Une paire de crampons, un casque, un piolet et un masque à gaz jetés dans mon sac à dos plus tard, et me voici parti pour cette ascension.

Superbe expérience ! Mais vivre au plus près de ces géants posent aussi certains problèmes : c’est le cas des malheureux qui vivent à coté de Cordon Caulle en éruption  depuis 8 mois et qui ne semble pas vouloir s’arrêter de cracher du feu. Bariloche, la localité argentine la plus proche, très centrée sur l’activité touristique est en état de mort cérébrale ; une ville morte depuis que les cendres volcaniques réduisent la visibilité sur place à quelques centaines de mètres et rendent l’air irrespirable. L’aéroport a été fermé depuis le début de l’éruption et aucune évolution ne laisse présager sa réouverture prochaine.

En fonction du sens du vent, les nuages de poussières obscurcissent l’horizon des villes alentours, et j’en ai moi même été témoin depuis Pucon, où un rideau grisâtre voilait l’horizon.

Se trouver aux pieds de ces volcans et regarder leur puissance colossale et les modifications profondes des paysages et de l’écosystème qu’ils peuvent entrainer permet aussi de méditer sur l’insignifiance de l’Homme face aux éléments. Cette constatation peut paraître terrible, mais je la trouve au contraire réconfortante.

Nous entendons quotidiennement parler des désastres que cause l’Homme sur son environnement. Les propositions pour légiférer sur comment contraindre les gens à diminuer leur consommation de ressources sont nombreuses, mais les avancées sur ce terrain quasi nulles. La fonte des glaciers et l’augmentation du niveau des océans ne font aucun doute, et les discussions stériles sur comment y remédier n’y changent pas grand chose.

Là ou nous nous fourvoyons c’est lorsque nous disons peut être par excès d’orgueil que nous allons détruire la planète. Nous aimerions croire que notre conduite déviante va arrêter le cours du temps et des choses, mais ce n’est pas le cas. Notre planète était là bien avant l’Humanité et sera là bien après elle. Elle a su résister et évoluer à des forces autrement plus grandes que celles de l’Homme : les forces de la nature.

Notre éternelle insatisfaction et notre besoin inlassable de plus ne détruiront finalement pas notre bonne Terre, ils ne détruiront que nous mêmes. C’est peut être cela qui est le plus dur à accepter mais c’est peut être là la morale de notre histoire commune. Et finalement si nous ne parvenons pas à nous discipliner avant, peut être auront nous la conclusion que nous méritons.

Allé un pelle mêle pour aider à réfléchir à ces questions 😉

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9 Comments

  1. […] Contacts Article Précédent […]

  2. […] Contacts Article Précédent […]

  3. Un bel anniversaire et apparemment de nombreuses questions existentielles; et toi as-tu des réponses? Ou tout du moins trouve tes réponses?

    1. Si je dis que je les ai trouvées, je dois rentrer?

  4. Un bel anniversaire et apparemment de nombreuses questions existentielles; et toi as-tu des réponses? Ou tout du moins trouve tes réponses?

    1. Si je dis que je les ai trouvées, je dois rentrer?

  5. Ce sont tes reponses qui te le diront! Et puis rentrer – qu’est ce que cela veut dire? 😉

  6. Ce sont tes reponses qui te le diront! Et puis rentrer – qu’est ce que cela veut dire? 😉

  7. […] très impressionnante et me rappelle comme l’avait fait mon passage dans la région des volcans (pour ceux qui ont raté un épisode, rappel ici) une nouvelle fois l’incroyable supériorité de la nature. Ici dans cette région lointaine […]

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