Après mon passage à Cordoba et mon initiation à l’histoire des Jésuites qui ont fondé cette ville, il est temps de reprendre ma route direction plein Nord. La prochaine ville dans ma ligne de mire est Salta, qui est à plus de 1000 kilomètres de Cordoba.
Pour y aller, je choisis de ne pas suivre la route principale, mais d’emprunter la Ruta 40 en faisant quelques détours pour visiter plusieurs parcs nationaux. Le Nord de l’Argentine est réputé être très différent du reste du pays, et c’est le cas… C’est d’abord les paysages qui changent: après les plaines fertiles de la Pampa et les immenses exploitations viticoles de Mendoza, la végétation disparaît lentement. En traversant le parc provincial d’Ischigualasto et la bien nommée Vallée de la Lune, j’ai carrément l’impression d’avoir quitter la Terre pour une planète extra-terrestre.

Vallée de la Luna – Parc provincial d’Ischigualasto, Argentine


L’endroit est extraordinairement aride, les roches sculptées par des millions d’années d’érosion ont des formes psychédéliques et les couleurs des strates de terre oscillent du vert au rouge vif en fonction des minéraux et des oxydes que renferme le sol.
Durant les 1000 kilomètres qui me séparent de Salta, j’établie mes bivouac dans les endroits les plus variés : lits asséchés de ruisseaux, champs de cactus ou encore vieilles mines à l’abandon. A moitié endormi, les pauses pipi au beau milieu de la nuit et surtout de nulle part alimentent mon imaginaire : les roches aux formes variées, éclairées par la lune se transforment en un théâtre d’ombres assez effrayant. Pour ajouter à l’ambiance, j’ai l’une des nuit la visite de deux ânes sauvages que je n’entends pas s’approcher et qui me font sursauter de mon duvet au beau milieu de la nuit avec leurs hihans stridents. Raconter dans un blog cela vous fait marrer mais imaginez ma tête de myope sans lunette, à moitié endormi, se réveillant à trois heures du matin et découvrant deux canassons entrain de se frotter contre ma voiture…

Un de mes étonnant bivoua, cette fois-ci dans le lit d’une rivière asséchée


Après la Vallée de la Lune, je reprends le cours de la Ruta 40, celle-la même que j’avais suivie en Patagonie et qui traverse l’Argentine du Sud au Nord. Elle zig zag entre les lits de rivières asséchées, que les Argentins nomment des Quebradas. Les paysages donnent de l’air au Grand Ouest américain, mais l’état de la route me force à rester concentrer pour éviter d’enliser la voiture dans le sable. Après la nature, se sont les autochtones qui changent petit à petit. Les visages européens, que j’avais observés à Buenos Aires sont désormais loin derrière moi. Les peaux sont de plus en plus bronzées et de plus en plus plus tannées par le soleil et la rudesse de la vie dans ces contrées isolées.
Les rares villages que je traverse se résument à quelques maisons de terres rouges. Alors que je m’arrête sur le bord de la route, une vieille mamy qui garde ses chèvres s’approche de moi et me demande des feuilles de coca, qui sont légales dans cette partie de l’Argentine.

des visages plus burinés, plus authentique aussi


La coca, connue en Occident pour être l’herbe de laquelle on extrait la cocaïne est très répandue dans cette partie des Andes. Les Incas mâchaient déjà ces feuilles il y à prêt de 1000 ans, pour ses vertus stimulantes et ses effets de coupe faim. Mais si elle est aussi répandue et qu’elle est tolérée dans les états du Nord de l’Argentine, c’est surtout parce qu’elle permet de mieux supporter l’altitude, et en regardant mon GPS, je me rends compte qu’elle a sérieusement augmenter depuis Cordoba.
Plus je remonte au Nord, plus je me rapproche des altiplanos andins et plus mon GPS s’affole : 1800m, 2400 puis 2800m. Je frôle avec les altitudes des stations de ski françaises les plus élevées, et je suis encore loin des altitudes boliviennes. Autre particularité de la région, les panneaux de signalisation indiquant les mines de minéraux se multiplient.
Je tente d’ailleurs d’accéder à la mine de la Mejicana avant de faire demi tour face aux couinements des suspensions et le grincement des pierres sous le bas de caisse de la voiture. La Mejicana est un gisement de cuivre célèbre, exploité par un consortium germano-anglais jusqu’en 1917. Au début du siècle, le téléphérique le plus long du monde, 35 kilomètres, avait été construit afin de redescendre les roches des 4700 mètres où se trouvent le gisement jusqu’au 1100 mètres où était installée l’usine de retraitement. Le téléphérique tout comme la mine sont aujourd’hui à l’abandon, mais les ruisseaux jaunes qui coulent dans la vallée et l’intérêt des compagnies minières étrangères tentent à prouver que les ressources sur place sont encore loin d’être épuisées.

Les wagonais centenaires, vestiges de l’exploitation de la mine de la Mejicana


Après 500 kilomètres de piste très difficile, j’arrive enfin à Cachi, un sympathique village de gauchos où je m’accorde une brève pause avant d’avaler les 200 derniers kilomètres jusqu’ à Salta.

des gauchos à Cachi, et qui malgré leur air, n’étaient pas là que pour la photo

C’est ma dernière étape argentine avant d’entrer en Bolivie. Au programme, révision de la voiture et un peu de repos avant de m’élancer vers les altiplanos andins et la frontière bolivienne. Arriba!

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3 Comments

  1. Quel reportage intéressant ! Quelles belles photos ! Cette ruta 40 est exceptionnelle, et ChérieMoya aussi !
    Je te verrais bien Grand Reporter aux quatre coins du monde.
    Tu fais vraiment vivre ce que tu écris. D’ailleurs, la ruta 40 m’a fatiguée et je n’ai pas de feuilles à mâcher. Alors je vais dormir dans la rivière asséchée de mon lit et cauchemarder sur les deux ânes envahissant mon domaine …

  2. J’avoue que je me suis vraiment marree pour 2 choses:
    -les pauses pipi au beau milieu de la nuit et surtout de nulle part alimentent mon imaginaire – tes pauses pipi alimentent ton imaginaire, hum ok interessant 😉
    -…découvrant deux canassons entrain de se frotter contre ma voiture… – Chery Moya a du succes meme au milieu de nulle part!
    Merci pour l’article!

    1. LOL ben oui mes pauses pipi peuvent alimenter l’imaginaire 😉

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