Après avoir traversé les North Carolina Outter Banks et risqué bêtement ma vie en dormant dans un kiosque de jardin (souvenez-vous), je me dirige vers Richmond. Cela ne fait que 4 jours que j’ai quitté Charleston et ses 18 degrés, et bien que je ne sois que 400 kilomètres plus au nord, le thermomètre a vertigineusement chuté de 25 degrés.

L’ordinateur de bord de ma moto affiche -5°C et je suis complètement frigorifié. La neige finit même par être de la partie alors que je suis à une centaine de kilomètres de Richmond.  J’ai beau être bien équipé, avoir enfilé sous-vêtements thermiques, remis la doublure thermique de ma veste et pantalon BMW et même rajouter par dessus ma polaire achetée sur campz.fr, rien n’y fait, les conditions sont trop mauvaises et le constat sans appel: je me pèle.
Les conditions sont telles que je suis forcé de m’arrêter tous les 40 kilomètres pour éviter de perdre un doigt ou un orteil dans l’aventure – j’exagère à peine. Je ne suis pas un fan de Ronald, mais il faut reconnaitre que le clown est toujours là au bon moment lorsqu’il fait -10 degrés et que l’on cherche un café au fin fond de la campagne américaine. Dans tous les villages de plus de 2500 habitants, je peux être certain de trouver un McDonalds pour m’arrêter. Le café qu’ils y servent n’est certes pas bon, mais il a l’avantage d’être chaud, sans compter que tous les restaurants McDo des Etats-Unis proposent des connexions wifi rapides, gratuites et fiables ; un autre argument de poids pour un geek comme moi.

Les centaines de kilomètres que j’avale et ces nombreuses pauses forcées me donnent du temps pour réfléchir, et pour commencer à construire une théorie sur la chronologie du développement des villes américaines.
Le premier bâtiment que l’on trouve partout, quel que soit le nombre d’habitants de la ville, c’est un bâtiment public : le town hall, c’est à dire la mairie. Sa taille est en fonction de la taille du village qu’elle administre. A partir de 1500 d’habitants, on trouve en plus de ce town hall une fire station (une caserne de pompier) et une école. Puis, lorsque la ville atteint 2500 habitants, on est assuré d’y trouver un McDonalds.

La présence systématique de ces restaurants dans les bourgades de plus de 2500 âmes me convainc que leur installation est intimement liée au nombre d’habitants de la ville, et pas seulement le fruit du hasard. Un algorithme doit surement tourner sur l’un des ordinateurs du siège de cette multinationale, car la règle est si scrupuleusement respectée que l’on finirait presque par confondre les McDonalds avec un service public.

Alors que le thermomètre affiche continuellement des températures négatives, mes haltes McDonalds sont l’occasion de me réchauffer. J’apprécie tout particulièrement les souffleuses d’air chaud des toilettes, normalement utilisées pour se sécher les mains, et dont je détourne l’utilisation le plus souvent au profit de la décongélation de mes orteils. Le plus intéressant est de voir la tête des clients qui viennent se soulager et qui me voit pieds nus, en train de faire sécher mes panards et bottes dans les WC : ça se passe comme ça chez McDonalds.

Ces haltes répétées me permettent aussi de développer une théorie quant au rôle social que jouent les restaurants McDonalds dans les campagnes du pays de l’oncle Sam. Je vous imagine déjà en train de froncer les sourcils à la lecture de “rôle social”, et pourtant…

En Europe, ce sont plutôt les jeunes et les petits budgets que l’on retrouve dans les fast-foods. On voit parfois quelques familles, avec des jeunes enfants, qui viennent y manger sur le pouce. Dans les campagnes américaines au contraire, je suis surpris d’observer qu’une grande partie de la clientèle se compose de personnes âgées. Elles viennent sur place pour se retrouver autour d’un café ou d’un soda, qu’elles boivent tout en se socialisant avec leurs amis. Un peu comme les cafés du commerce en France, les USA ont leurs McDo.

Et considéré sous cet angle, mes pauses McDonalds prennent une autre dimension, puisqu’en plus de me réchauffer, elles me permettent d’avoir une indication sur le type de population qui compose les villes que je traverse, me permettant petit à petit de me faire une idée de la population américaine dans un plus large ensemble.
Fréquenter des McDonalds pour établir une étude sociologique de l’Amérique, c’est un peu comme résumer la gastronomie US au burger : c’est un peu court et certainement insuffisant, mais c’est un début intéressant.
Et pour ceux qui voudraient se faire une meilleur idée de ce que peut représenter McDonald à travers le monde, résumé en 22 chiffres, je vous encourage à regarder cet article de l’excellent blog llllitl.fr

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