Lorsque j’ai dédouané ma moto à Mumbai, j’ai eu largement le  temps pour discuter avec les douaniers, puisque l’exercice m’a pris plus de 5 heures (souvenez-vous)

Et la discussion a été plutôt productive puisqu’avec l’un d’entre eux, nous avons revu mon itinéraire prévisionnel. En suivant ses conseils, j’ai décidé de me rendre dans le parc national de Ranthambore, un petit détour de 450 kilomètres par rapport à mon itinéraire initial.

Pourquoi ce détour ? parce que ce parc accueille l’une des plus grandes réserves de tigres du monde… avec 35 minous.

Apres 8 heures de tape cul abominable sur ce que mon atlas ose appeler « route », j’arrive à Sawai Madhopur, à la porte du parc. La ville est toute entière centrée autour du parc national. Dans les rues, rien d’autres que des Jeeps, que tout le monde appel Gypsy en allusion au modèle (Gypsy King, et oui Suzuki a parfois de l’imagination…) et des bus décapotables de l’armée indienne, recyclés en bus à touristes pour safaris.

Le business de safari est aux mains de l’état, et c’est un organisme public qui s’occupe de chapeauter le tout. Evidemment, l’Inde ne serait pas vraiment l’Inde si cet organisme fonctionnait bien, et c’est naturellement un bordel indescriptible

Apres être passé de bureau en bureau et avoir fini par faire un seating en face du responsable du parc, je finis par comprendre que ma seule chance d’aller faire l’aventurier dans Ranthambore est de revenir le lendemain a 5h00 du matin pour obtenir une place pour la session du matin. Pourquoi ne peut-on pas acheter une place la veille ? Impossible de le savoir, et je dois me contenter d’un : it is the rule !

A cause de cette « rule » à la con, je suis obligé de régler mon réveil à 4h30. Le réveil est dur, mais les rugissements que j’entends déjà dans mon subconscient me permettent de me lever d’un pas trop mauvais pied.
Arrivé au bureau de la réserve et à ma grande surprise, je ne suis pas le premier. Loin s’en faut… En fait une queue d’une dizaine de personnes s’est déjà formée devant le guichet numéro 2 du bâtiment. Je découvre rapidement qu’il s’agit en fait des agents des différents hôtels, qui comme moi, n’ont d’autres choix que de venir à 5h00 du matin pour acheter les places pour leurs clients.

En échange, ils encaissent une substantielle commission: 3 fois le prix de l’entrée dans le parc en moyenne.
La file, étonnamment ordonnée pour l’Inde se désorganise et se transforme en une gigantesque anarchie lorsque la fenêtre du guichet s’ouvre.  Pas de doute, je suis toujours en Inde. Tout le monde double tout le monde, le ton monte, certains échangent des mots, puis quelques gestes « brusques ». Je m’énerve à mon tour et à ma grande surprise, cela marche.

Ils me laissent tous passer et je parviens finalement à obtenir un ticket. Mais arrive  la deuxième blague de la journée: quand on achète un ticket, une zone vous est attribuée.
Elle correspond à une zone de la réserve naturelle. Et les zones ne se valent pas toutes, ni en terme de surface, ni en terme d’intérêt. Certaines sont au beau milieu des bois tandis que d’autres traversent de jolies savanes, longent lacs et ruisseaux…

Evidemment c’est plus facile de voir des animaux dans ce cadre là que lorsquela densité d’arbres au kilomètre carré est proche de la densité d’habitants à Mumbai !

Dommage pour moi, je découvre cela trop tard ! Je pars donc sur la zone 1, qui est une zone merdique. 3 heures de Jeep… pour ne rien voir. Evidemment, debout à 4h30 pour faire 3 heures de tape cul dans la brousse, tout ca pour rien… mon humeur vire dans le rouge.

Mais il en faut plus pour me décourager et je décide d’y retourner l’après midi. L’avantage c’est que ne passant pas par un agent, le ticket me coute… 8 euros pour 3 heures, contre près de 30 euros pour les autres touristes. La belle affaire, mais aussi la belle prise de tête.

L’après midi rebelote : je dois me battre, devant le guichet numéro 3 cette fois-ci. Les mêmes agents que le matin sont ici, mais cette fois-ci pour réserver des places pour leurs clients pour la session de l’après midi.
Pour rajouter à la complexité de la tache, je dois négocier avec le guichetier pour ne pas repartir sur une zone de merde. J’ai quand même pas fait tout ca pour ne pas voir de tigres !

Apres d’âpres négociations, je réussis enfin à obtenir un ticket pour la zone 4. Je ne le regrette pas car le parcours est cette fois-ci magnifique. Nous traversons une sorte de savane, faite de végétation rase où je peux observer des perroquets, assister à un combat de cerfs, photographier au loin un énorme crocodile qui se traine péniblement hors d’un lac. Mais la clé du spectacle, c’est lorsqu’à quelques mètres de moi un tigre, passe paisible et majestueux avant de s’éloigner dans les bois.

C’est un carton plein. Je ne regrette pas ma détermination qui est joliment récompensée. Le parc est splendide et vaut le déplacement. J’ai juste un pincement au cœur lorsque toujours au milieu de la réserve l’un des indiens qui est à bord du véhicule jette un emballage en plastique par la fenêtre.

Je ne peux m’empêcher de lui faire une remarque. A ma grande surprise, tous les indiens à bord me regarde avec des yeux hagards lorsque je lui explique que ce n’est pas quelque chose à faire surtout dans une réserve naturelle. Personne ne comprend pourquoi je m’insurge contre le malheureux… Il y a encore pas mal à faire ici si l’on veut protéger les tigres, et protéger l’environnement tout court en Inde.

Allé, feu pour le pêle-mêle photo. Grrrrrr !

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