Alors que je quitte Charleston pour continuer ma remonté vers le Nord de la cote atlantique des USA, je choisis de passer par les North Carolina Outer Banks. Les Outers Banks sont un groupe d’îles longues de 320 kilomètres et toutes relativement étroites, qui se trouvent au large des côte de Caroline du Nord et du Sud de la Virginie.

En été, elles sont un lieu de vacances privilégié pour beaucoup d’Américains, qui sont attirés par leur tranquillité et leurs immenses plages en front de mer. Elles sont relativement proche de  Washigton DC et de Philadelphia (environ 1000km), et l’on peut même s’y rendre depuis New York (environ 1400 km). Si vous êtes pour plusieurs semaines sur la côtes Est et que vous voulez  vous évader pour quelques jours du trafic et du stress urbain, vous pouvez facilement vous rendre sur place en louant une voiture à New York.

Je me trouve sur place en plein mois de janvier et la région est assez calme, pour ne pas dire quasi désertique. Les Outer Banks sont traversées par la Highway 12. Pour connecter les îles au continent, un système de ferry est en place.

Pour éviter de me retrouver bloquer sur place, j’étudie l’heure des trois bateaux que je dois emprunter. Leur fréquence est largement réduite en hivers et je dois prendre la route à 6 heures du matin pour pouvoir espérer traverser les îles dans la journée sans me retrouver bloqué sur place.

Les nuages sont bas et un épais brouillard flotte dans les airs et refuse de se dissiper. J’embarque sur le premier ferry reliant Cedar Island à Ocracoke. Arrivé sur l’île d’Ocracoke je croise un panneau “Topless Oyester” (joli jeu de mots entre “les huîtres ouvertes” et “huîtres aux seins nus”…). Il est 11 heures, un peu tôt pour déjeuner… J’hésite et mon amour pour les fruits de mer est trop fort.

Oyester Topless: simply the best 😉

Après m’être envoyé une douzaine d’huîtres, je reprends la route en direction de l’embarcadère de mon deuxième ferry, situé à 30 kilomètres de là.

Arrivé sur place, le bateau est déjà ancré au port, mais je ne vois aucun véhicule dans la ligne d’attente. Etonné, je monte à bord et demande à l’un des marins à quelle heure est la prochaine traversée. Il me regarde en souriant:

Vous n’êtes pas d’ici?

Non effectivement…

Suite au dernier ouragan, un banc de sable empêche le ferry de relier Ocracoke à Cape Hatteras lorsque l’on est à marée basse…

Et… on est à marée basse?

Oui on entre tout juste en marée basse…

Pour ceux qui comme moi l’ignorerait, la marée dure en moyenne 12 heures… je suis donc bloqué sur place pendant douze heures. Un malheur n’arrivant jamais seul, un petit crachin vient s’inviter à la fête. Il n’y a aucun bâtiment à proximité et encore moins de salle d’attente pour se mettre à l’abris, juste une petite cabane en bois qui abrite les toilettes.

Après quelques minutes de réflexion, je franchis vite le pas et décide d’attendre mon bateau… assis sur les carreaux des toilettes. Pas de connexion internet, mais la prise d’un distributeur de boisson que je décide de réquisitionner pour brancher le chargeur de mon ordinateur portable. 12 heures c’est long, mais le temps passe plus vite lorsque l’on a un ordinateur portable, même sans internet.

12 heures plus tard, j’embarque finalement sur le ferry. La mer est remontée et nous pouvons enfin relier l’île de Cape Hatteras. Seul problème, il est 23 heures lorsque j’arrive sur place et il fait nuit noire. Après avoir été regarder le prix de quelques hôtels, je déchante vite et choisi de passer une nuit en mode bohème. Je repère à coté d’un motel fermé un kiosk de jardin en bois. Il n’est pas très esthétique mais il sera parfait pour m’abriter de la pluie. La route n’étant qu’à une centaine de mètre, je cache ma moto derrière et installe discrètement mon duvet et mon tapis de sol, de manière à ce que l’on ne puisse pas me voir.

le confort de mon abris de jardin est spartiate, mais au moins, je suis au sec

Alors que je commence à m’assoupir, j’ai un bref coup de stress lorsque je vois les gyrophares d’une voiture de police se rapprocher. Elle passe sans s’arrêter: pas de souci ce n’était pas pour moi. Je passe une excellente nuit, mais pour ne pas me mettre inutilement dans une situation délicate, je choisis de lever le camps à 6 heures du matin avec les premiers rayons du soleil.

le petit kiosk en bois où je passe la nuit, avec Lizzy, discrètement cachée derrière

Dormir dans un abris de jardin, sur le parking d’un motel fermé au public en plein hivers. Cela paraitrait anecdotique dans bon nombre de pays du monde, mais pas aux Etas-Unis. Le rapport à la propriété privée est là-bas bien particulier, et la violation de l’espace privé donne légitimement le droit au propriétaire de prendre des mesures radicales.

Alors que je prends mon café à une centaine de kilomètres d’où j’ai passé la nuit, je sympathise avec la serveuse. En discutant je lui explique où j’ai dormi. Ses yeux s’écarquillent et elle me dit très sérieusement:

tu as été très chanceux, tu aurait pu te faire tirer dessus!

Après 2 ans et demi sur les routes, et alors que j’ai traversé des pays comme la Colombie, le Honduras ou le Guatemala, dont les réputations ne sont plus à faire, je ne me suis jamais retrouvé dans une situation où j’ai eu peur d’être confronté à une arme à feu. Il aura fallu que je vienne jusqu’en Caroline du Nord et que je campe paisilement sur le parking d’un motel pour risquer pour la première fois ma vie…

Ce n’est pas toujours là où l’on croit que l’on vit le plus dangereusement… 🙂

Et vlan un pelle mêle photo…

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6 Comments

  1. Je suis allee a Virginia Beach et des que tu t’eloignes du centre ville, ce sont des etendues de plages peu frequentees qui s’offrent a toi… contente que tu es survecue a ta nuit!

  2. Je suis allee a Virginia Beach et des que tu t’eloignes du centre ville, ce sont des etendues de plages peu frequentees qui s’offrent a toi… contente que tu es survecue a ta nuit!

  3. Ah donc il ne s’agissait pas d’une indigestion d’huitres ?!
    Elles étaient bonnes au moins ?

    1. Elles étaient excellentes et non elles n’ont pas failli me tuer 😉

  4. […] les North Carolina Outter Banks et risquer bêtement ma vie en dormant dans un kiosk de jardin (souvenez-vous), je me dirige vers Richmond. Cela ne fait que 4 jours que j’ai quitté Charleston et ses 18 […]

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