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Tout voyage dans l’Est américain ne saurait être complet sans un détour par le Grand Canyon. Cette gorge creusée par des milliers d’années d’érosion de la roche par la rivière Colorado est connue dans le monde entier. Le site est aujourd’hui fréquenté par près de 4 millions de visiteurs pas an, le hissant à la tête du classement des parcs nationaux les plus fréquentés des USA.

Les conquistadors espagnols ont été les premiers européens à découvrir Grand Canyon en 1540. Après avoir observer l’immensité du canyon et l’avoir décrété infranchissable, ils rebroussent chemin. Il faut attendre 200 ans plus tard pour que des prêtres franciscains reviennent sur place. Les premières explorations du site n’ont lieu qu’au milieu du XIXème siècle. C’est l’US Navy qui cherche à utiliser la rivière Colorado comme une voie de communication navigable qui lance les première expéditions, suivie quelques années plus tard par des compagnies minières qui souhaitent construire une voie de chemin de fer pour convoyer du charbon le long de la rivière.

En 1869, le major Powell et ses hommes deviennent les premiers à réussir la descente du Grand Canyon en bateau sur toute sa longueur. L’expédition rencontre de nombreuses difficultés mais remplit son objectif en reliant Green River dans le Wyoming à Moab dans l’Utah en 3 mois.

A la fin du XIXème siècle, d’importants filons de cuivre sont mis à jour. Ils attisent la convoitise des compagnies minières pour la région. La mine Orphan, située au milieu de ce qui est aujourd’hui la boucle Sud du Grand Canyon, est créée en 1893, et exploite des filon de cuivre découverts sur place.

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En 1903 le président Roosevelt se rend sur place. Il est subjugué par la beauté du site. Il le fait classé National Monument, mais est confronté à l’opposition virulente des compagnies minières. Il faut attendre 1919 pour que le Grand Canyon obtienne le statut de Parc National, permettant le début de sa protection.

Mr Hogan, le propriétaire de la mine Orphan mise sur ce changement de statut et et le  développement du tourisme sur place. Il construit plusieurs cabanes, des magasins et un bar sur son terrain. Le Grand Canyon attire de plus en plus de curieux, mais aucune route ni voie de chemin de fer ne le dessert, et se rendre sur place est une aventure qui rebute la plupart des touristes.

Le succès escompté par Hogan n’est pas au rendez-vous et il décide de vendre sa propriété à un investisseur, Madame Jacobs. Mme Jacobs rouvre les infrastructures touristiques mais en 1951, une découverte vient changer la donne: des filons hautement concentrés en uranium sont découverts à l’endroit de l’ancienne mine Orphan.
C’est le début de la guerre froide. Les besoins de l’armée américaine en combustible atomique sont très importants. La qualité du minerai du Grand Canyon est la meilleure de ce que l’on trouve dans toute l’Amérique du Nord. Dès 1953, la Golden Crown Mining Company et la Western and Uranium Inc. négocient un accord avec Madame Jacobs et se lancent dans l’exploitation des filons. Le gouvernement, gros demandeur de l’uranium extrait, accepte de fermer les yeux sur l’installation d’une mine au beau milieu d’un parc national.

la construction d’une route pour les besoins de la mine et la mise en place d’une voie de chemin de fer facilitent l’accès au Canyon et accélère le développement du tourisme. Dans les années 70, les besoins en combustibles devenant de plus en plus élevés, l’Etat Américain délivre une dérogation aux compagnies les autorisant à étendre leur exploitation en dehors des limites du terrain de Madame Jacobs. D’immenses superficies situées à l’intérieur même du parc national sont ainsi exploitées jusqu’à la fin des années 80.

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L’exploitation s’arrête lorsque les cours de l’uranium s’effondrent et ne rendent plus son extraction rentable. Les terrains privés retombent d’abord sous le contrôle du National Park Service, avant d’être rachetés par l’Etat Fédéral.
Les vestiges des activité minières passées n’ont commencé à être retiré que récemment, et la présence d’un téléphérique d’accès à la mine, construit sur le Rim Sud, témoigne encore du passé des lieux.

La pollution à l’uranium d’une partie du Grand Canyon est elle moins visible. Son ampleur est toujours entrain d’être étudiée mais les randonneurs qui choisissent de s’élancer sur les sentiers qui mènent dans les gorges de la rivière Colorado sont avertis dès leur enregistrement au bureau des rangers qu’ils ne peuvent pas boire l’eau des criques. La raison: leur radioactivité.

Le débat sur l’exploitation commerciale des ressources du Grand Canyon, que l’on pourrait penser être un fantôme du passé a ressurgit ces derniers années, alimenté par le boom des cours de l’uranium. 3500 demandes d’exploitations minières ont été déposées devant les autorités fédérales américaines durant les 5 dernières années.
Le sujet a pris une tournure politique au début de l’année 2012, lorsque l’administration Obama a mis en place un plan bannissant toutes exploitations commerciales des ressources du Grand Canyon pour une durée de 20 ans. La sérénité du Grand Canyon devrait donc être préservée jusqu’en 2032, à moins que des intérêts ou des menaces réelles ou supposées ne viennent enterrer prématurément ce bel accord.

Sur un plan plus personnel, mon passage au Grand Canyon m’a impressionné. Ses dimensions inspirent l’humilité. Bien qu’il soit deux fois moins profond que le Canyon de Colca j’avais eu l’occasion de découvrir au Pérou (souvenez-vous), il est beaucoup plus impressionnant. Le lit de la rivière s’est creusé au milieu du plateau relativement plat du Colorado. Il le partage en deux sur une largeur variant de 5,5km à plus de 30km par endroit.
Seul regret, le nombre invraisemblable de touristes sur place. Bien que relativement loin de tout, le grand canyon est aujourd’hui bien desservi et une route permet même de le longer sa face Sud sur une trentaine de kilomètres. Sous le contrôle du bureau des parcs nationaux, tout y est parfaitement organisé: aires de repos, stationnement de véhicules et point de vue pour les photos, magasins de souvenirs, cafés…

Si bien organisée que “l’expérience du Grand canyon” s’apparente un peu à la visite guidée d’un parc d’attractions géant. La nature est relayée au second plan et tout est fait pour assurer le confort et la sécurité des gentils visiteurs. Cela ouvre le site aux plus grands nombre, mais fait du même coup perdre un peu de son charme. Après deux ans de liberté, j’aime de moins en moins partager les beautés naturelles qui s’offrent à moi. Peut-être là l’une des conséquences de 2,5 ans de pérégrination, qui peut-être m’ont rendu égoïste lorsqu’il s’agit de merveille naturelle…

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2 Comments

  1. Interessant, de l’uranium qui aurait cru… Ils etaient assis sur une vraie mine “d’or” sans le savoir. 20 ans de protection, reste a voir si cela sera respecter mais tres bonne initiative.
    Les photos surtout de couche de soleil donnent envie de le traverser et a moto ben encore plus!

  2. Interessant, de l’uranium qui aurait cru… Ils etaient assis sur une vraie mine “d’or” sans le savoir. 20 ans de protection, reste a voir si cela sera respecter mais tres bonne initiative.
    Les photos surtout de couche de soleil donnent envie de le traverser et a moto ben encore plus!

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