En quittant Ushuaia, et en regardant le canal de Beagle s’éloigner dans mon rétroviseur, je prends conscience que la route vers Buenos Aires va être longue. 5200 kilomètres pour être précis, qui vont consister principalement en une grande ligne droite qui traverse le gigantesque désert patagonien.
J’ai arrêté deux étapes: la première est Punta Arenas au Chili, une étape logistique pour faire décabosser le cul de la Chérie Moya (cf article précédent). La seconde à la Péninsule de Valdès pour essayer d’observer les orques tueurs  qui attaquent les bébés phoques sur les plages à la fin de l’été. La vidéo ci-dessous n’est pas de moi, mais donne une idée du spectacle

Première étape, quitter la Terre de Feu. En suivant les conseils du motard argentin qui m’héberge à Ushuaia, je choisis de franchir la frontière argentino-chilienne à Bella Vista. Le chemin qui y mène traverse de jolis paysages, mais surtout, les camions n’empruntent pas cette route qui est déserte.
J’arrive du coté argentin vers 19 heures. Il y a quatre maisons peintes en vert foncé, couleur de la gendarmerie argentine. Alors que je descends de mon véhicule, j’aperçois au loin une femme en peignoir rentrer chez elle. Je commence à établir les premières formalités avec un jeune gendarme, qui paraît tout étonné de voir un touriste ici. Pas d’ordinateur, juste de la paperasse et un cahier aux pages jaunies, où le dernier passage recensé date de 5 jours. Les papiers d’immigration remplis, la femme que j’ai aperçue quelques minutes plus tôt entre dans le bureau. Plus de peignoir cette fois-ci mais un treillis avec un pistolet à la ceinture et un blouson adouana (douane)

Poste frontière de Bella Vista


Elle tient par la main son fils qui joue avec la sonnette sans fil de la porte du bureau de douane. Elle remplit les papiers d’importation de mon véhicule sous les “ding dong” du carillon que le gosse n’arrête pas d’activer.
Après avoir terminé les papiers, le douanier m’ouvre la barrière en bois qui barre la route. En voyant la Chérie Moya, il me regarde hébété en me demandant si je suis sûr de pouvoir passer au Chili. Je ne comprends pas trop au début, et puis après quelques dizaines de mètres, eurêka: un ruisseau! Mais regardez plutôt les images…
 

[vimeo 39298343]

 
La voiture traverse sans souci et je peux établir les formalités d’entrée au Chili, devant des douaniers aussi surpris que leurs collègues argentins de me voir arriver. Une différence peut-être, aucun des trois agents n’est en peignoir de ce coté ci de la frontière.

Aimant le risque, j’ai décidé de faire entrer illégalement un saucisson argentin au Chili (quarantaine oblige, l’entrée de bouffe au Chili est formellement interdite et sévèrement réprimandée : 1000 dollars d’amende). Pour ne pas me faire confisquer ma précieuse saucisse sèche, je l’ai pliée dans un sac plastique que j’ai dissimulé sous le capot de la voiture. Bonne idée… sauf que je n’avais pas prévu de traverser un ruisseau en voiture.
Heureusement, le Saint Protecteur des amoureux de charcuterie est là, et de sa main protectrice a protégé mon Justin Bridou de l’inondation. Pas une seule trace d’humidité et je peux m’en délecter pour le diner au milieu de la pampa où j’ai établi mon campement.

Le lendemain, je reprends la route en me disant que tout paraît un peu trop facile; en y réfléchissant, je me dis que c’est presque triste de ne pas avoir une péripétie à raconter au sujet de mon séjour sur l’ile la plus australe du monde. Heureusement pour mon stock d’histoires, une galère ne tarde pas à arriver. Alors que je roule pour prendre le ferry, l’aiguille de ma jauge à essence commence à dangereusement se rapprocher de 0.

La piste que j’ai empruntée évite la seule station service entre Ushuaia et l’embarcadère de ferry. Qu’importe, ma carte routière indique qu’il a une autre gazolina à l’embarcadère. Dans un remake de l’histoire que j’avais vécue au Vietnam (rappel ici pour ceux qui auraient oublié), je rigole en regardant l’aiguille de mon réservoir descendre. Alors que ca fait 70 kilomètres que je tourne sur la réserve, je me décide à utiliser mon jerrican d’urgence. Avec les 10 litres de plus, pas de souci, ca devrait le faire et je devrais bien arriver jusqu’à ce fameux embarcadère… et j’y arrive bien. Seul problème, la carte est erronée et la station se trouve en fait à 100 kilomètre au Sud d’ici. Gloups… la lumière de ma réserve est allumée en orange depuis presque une heure.

Pas d’autre choix que d’avancer, j’embarque sur le ferry et m’empresse de demander à un matelot où je peux trouver du précieux liquide. Il me pointe du doigt une petite cabane bleue du coté continentale du détroit de Magellan, et me dit que de l’essence y est vendue sous le manteau. Sauvé… sauf que les temps sont durs même pour les revendeurs d’essence, et que le monsieur n’a plus que du diesel. C’est ballot et ca ne me sert à rien. Encore plus ballot, il me confirme que la station la plus proche est… à Punta Arenas soit à 150 kilomètres d’ici. Impossible d’arriver là bas avec les 20 km d’autonomie qu’il doit me rester.

ferry me ramenant de Terre de Feu (visible à ‘horizon) sur le continent


Je décide d’aller de voiture en voiture le long de la longue file de véhicules qui attendent pour prendre le bateau, en mendiant du super auprès chacun d’entre eux.  Sur une quinzaine de voitures… rien. Un chauffeur routier, déterminé à vouloir m’aider m’engueule même en me faisant culpabiliser de ne pas avoir acheter un véhicule diesel pour qu’il puisse m’aider.  Mais euuuuu… ? c’est pas de ma faute quand même s’il n’y a pas d’essence dans ce pays!
Une lueur d’espoir apparaît lorsqu’un conducteur de 4×4 me propose de siphonner 10 litres dans son réservoir pour me permettre de faire les 150 bornes. Merveilleux…  sauf qu’il n’a pas de tuyau. Me voici reparti passant de voiture en voiture pour mendier cette fois-ci un tuyau : coup de bol, l’une des voiture est celle d’un plombier qui se trimballe avec un tuyau d’arrosage dans son coffre. Tout ca se présente bien… sauf que le 4×4 est équipé d’une trappe anti reflux, pour justement éviter justement que des petits malins ne se servent dans le réservoir. Je suis maudit.
Après une heure d’effort je décide de reprendre la route et de pousser la voiture aussi loin que possible. 18 kilomètres plus tard et pour la première fois de ma vie, je tombe en panne sèche. En descendant de voiture, j’explose de rire en réalisant que je suis en panne d’essence au milieu… d’un champs d’extraction pétrolière. Je longe la route en essayant d’arrêter les rares véhicules qui passent, je vois à ma gauche le Détroit de Magellan et à ma droite… un pipeline d’hydrocarbures… les boules.
Les rafales de vent  me forcent à marcher en faisant un angle de 45 degrés; après quelques kilomètres, j’aperçois un bâtiment en face duquel sont garés une cinquantaine de 4×4. En entrant je comprend que c’est un des centres opérationnels de la compagnie pétrolière qui exploite les forages du coin. Si eux n’ont pas d’essence personne n’en aura. Je trouve le contre maitre qui me dit que toute leur flotte roule au diesel pour des raisons économiques. Impossible donc de m’aider : mais quelle blague!
Me voici reparti le long de la route comme un malheureux, lorsqu’un camion s’arrête à ma hauteur. Je lui demande s’il peut m’amener à Punta Arenas, mais le chauffeur routier à une meilleure idée… regardez plutôt: 

Après m’avoir tracté sur une trentaine de kilomètres il m’arrête à coté d’une raffinerie. Je n’y crois pas une seule seconde, mais il me promet qu’ils me vendront de l’essence pour peu que j’ai de la monnaie chilienne. J’ai l’équivalent de 14 euros. Aussi incroyable que cela puisse paraître, un employé de la raffinerie me vend 12 litres de super (l’essence n’est pas à 2 euros le litre au Chili :-)), juste de quoi relier Punta Arenas… ouf!

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2 Comments

  1. Si j’avais un bon coup de crayon, je ferai bien une bande dessinée sur tes aventures d’essence. Trop drôles !!! Enfin pour celui qui les lit …

  2. Ouf! Tout est bien qui fini bien 😉 Que d’aventures, enfin du coup tu sais combien de km tu peux faire en reserve, ca peut toujours servir 😉

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