El Calafate – Argentine, 6 janvier 2012, 17h41 l’heure du crime.
J’arrive de Chaiten et j’entre tout juste dans la ville d’El Calafate. Je me trouve sur l’avenue principale de cette ville argentine.

Je n’ai qu’une seule chose à l’esprit: trouver un pneu de rechange pour Chérie Moya qui roule depuis maintenant 1300 kilomètres avec une roue de secours lisse qui fait 10 pouces de diamètre de moins que les trois autres roues. En fait je mens, j’ai une deuxième chose à l’esprit : j’ai faim.

A l’entrée de la ville, je vois un panneau « Gomeria ». Je me gare en double file. Marion n’aime pas ma « place de stationnement » car elle gêne la sortie d’une rue perpendiculaire.
Gentil, trop gentil, j’enclenche la marche arrière pour me garer d’une manière plus acceptable. Le levier de vitesse se déplace, Chérie Moya commence à reculer et… c’est le drame. Un grand bong retentit. Je descends de la voiture en trombe mais il est trop tard. Chérie Moya est blessée à l‘arrière train.

Non content d’avoir heurté un poteau, j’ai choisi le seul de la ville en métal avec une forme carré; et comme si cela ne suffisait pas je l’ai pris en plein dans l’angle.

J’essaie de réconforter ma douce à quatre roues en lui disant que ce n’est qu’une bosse et que tout va bien se passer, mais elle ne me croit pas. Elle voit gisant au sol un bout de son phare de recul. Des écailles de peinture tombent de son pare choc enfoncé, et bien que je garde le silence pour ne pas l’inquiéter d’avantage, je vois bien que de la chirurgie esthétique sera nécessaire pour redresser son haillon.

Ironie de l’histoire, le poteau métallique incriminé dans le drame supporte une pancarte de publicité pour un restaurant qui s’appelle… El Libertador. Je me sens libéré…

Punta Arenas – Chili, 16 janvier 2012, 15h14. 
J’entre dans la seule concession automobile de la ville. Un peu comme la SNCF dans une célèbre pub, ici « tout est possible ». Ils vendent et réparent à peu près toutes les marques existantes, de la Peugeot à la BMW en passant par les Kia et… les Subarus.

Je m’approche d’un bureau où une jeune femme se dissimule derrière une pile de papier, visiblement des factures. Dans mon plus bel espagnol je résume la situation :
« Yo tango una auto con una… con una bong »

La femme me regarde, ses yeux traduisent son incompréhension, soudain, elle me répond :
« Do you speak english, I am indian from Mumbay, english is my first language »

C’est inespéré mais je suis tombé sur la seule expatriée indienne de toute la Patagonie; et en plus elle est mignonne !

Je lui re-explique en anglais mes déboires. Tout va bien, ils font de la carrosserie et peuvent s’occuper des démarches pour l’assurance. Une seule chose pose problème… des pièces sont nécessaires et doivent être envoyées depuis Santiago. Elles ne peuvent pas être acheminées par avion car elles sont trop volumineuses. Jusque là je ne comprends pas où est le souci. Et puis soudain, je me rappelle que Santiago est à 3000 kilomètres de là où je me trouve. Il faut 10 jours ouvrés pour recevoir mon pare choc…

Je me laisse le temps de la réflexion, mais ma sauveuse en sari me dit qu’il faut que je me dépêche pour déclarer le sinistre, sous peine de ne pas être couvert. Un coup d’œil sur mon contrat d’assurance plus tard et la malédiction se confirme : j’ai deux jours pour déclarer les accidents. Qu’à cela ne tiennent, l’histoire retiendra que le poteau a non seulement été heurté à Puerto Natales, une petite ville chilienne 100 kilomètres plus au Nord, mais que cette lâche agression s’est produite deux jours plus tôt, le 14 janvier 2012.

A partir de là c’est une série de démarches qu’il faut lancer. D’abord aller déclarer ma maladresse chez les policiers. Ma conscience est lourde lorsque je signe la déclaration, mais mon esprit s’apaise lorsque je me convaincs que je le fais pour économiser 600 euros…

Idem chez l’assurance, j’insiste pour que le GO soit donné rapidement. Le problème c’est qu’ils leur faut prendre des photos et que l’expert n’est pas sur place. Je m’improvise expert… et photographe. Après argumentation ils acceptent que je prenne les photos moi même.

Une affaire qui roule… enfin nous verrons ca dans 15 jours, si la voiture est réparée. En attendant j’ai un ferry à prendre. Mon ticket est pour demain et c’est pour traverser le Détroit de Magellan. Fidèle à ma devise there is no limit but the sky, après la Patagonie c’est la Terre de Feu que je vais traverser. Ushuaia here I am… dans 3 jours normalement.

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2 Comments

  1. […] est Punta Arenas au Chili, une étape logistique pour faire décabosser le cul de la Chérie Moya (cf article précédent). La seconde à la Péninsule de Valdès pour essayer d’observer les orques tueurs  qui […]

  2. […] Je reviens dans cette ville sans intérêt, simplement parce que c’est la seule à 1500 kilomètres à la ronde qui a un garagiste/carrossier agréé par mon assureur. Je l’avais contacté lors de mon premier passage à Punta Arenas 4 semaines plus tôt, afin qu’il commande les pièces nécessaires à la réparation, qu’il fallait faire venir en camion de Santiago (cf article précèdent). […]

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