La phrase que j’ai tellement entendue répéter par les guides sur le parcours de l’Annapurna Base Camp est ancrée dans ma tête. Impossible de m’en détacher.

Mais maintenant que je suis arrivé dans la capitale népalaise, je me la pose cette fois-ci pour de vrai cette question : « what to do in Kathmandou? » Après avoir parcouru les 200 kilomètres (5 heures de routes, encore ces fichues montagnes 😉 ) séparant Pokhara à Kathmandou, il me faut y répondre.

Mon passage dans la capitale népalaise répond d’abord à une obligation: celle d’expédier ma moto en Asie du Sud-Est par les airs. Les contraintes géopolitiques locales ne me laissent pas le choix. Tout d’abord il est interdit aux étrangers de conduire sur le sol Birman. Pourquoi? Eh bien  parce que la junte en a décidé ainsi. Ensuite l’autre option à laquelle on pense en regardant une carte serait de passer par la Chine. Mais là un autre souci se pose: l’obligation d’engager un guide local. Pourquoi ? Certainement pour qu’il montre le chemin au cas ou les courageux qui voudraient se lancer dans une telle aventure ne sachent pas lire le mandarin… A moins que ce ne soit pour s’assurer que ces aventuriers ne s’enfoncent pas dans une Chine trop profonde, qui pourrait avoir une voix discordante avec le pouvoir. Mais en plus de devoir supporter une nourrice, il faut aussi la payer, et au prix fort ; à savoir un minimum de 100 euros par jour plus ses frais de logement et de bouffe. Qui a dit que les régimes communistes ne savaient pas s’ouvrir à l’économie de marché ?

Du fait de ces contraintes, j’ai choisi d’offrir un billet d’avion à ma douce. Comme les hommes ont raison de dire que les femmes coûtent chères… Mais évidemment, quand on aime on ne compte pas 😉

C’est ainsi qu’à peine arrivé en ville, je file chez un agent spécialisé dans le shipping international avec lequel j’étais en contact depuis quelques temps. Rendez-vous pris pour le lendemain au terminal cargo de l’aéroport.
Et le lendemain, c’est le choc : au cas ou j’aurais oublié que le Népal n’est pas l’Inde et encore moins l’Iran, cette demi mâtinée passée à l’aéroport vient me le rappeler. La moto est embarquée sur sa palette en moins de’une heure. Les formalités douanières prennent 15 minutes. Je suis tellement surpris de la rapidité avec laquelle la corvée est pliée, que je reste à errer quelques minutes dans le terminal jusqu’à ce qu’un agent me demande pourquoi je suis encore là.

Forcément finir les démarches et le packing de ma moto en 1h15, alors que cela m’a demandé 2 jours en Iran et 1 journée complète en Inde, ca me laisse sous le choc ! Pour me remettre je pars à la découverte de la ville nez au vent.
Premier constat : Kathmandou ne ressemble pas vraiment aux petits villages que j’ai traversés la semaine précédente sur les pentes de l’Annapurna. Elle est située dans une cuvette et est super polluée.
Second constat : Kathmandou est divisée en deux parties de tailles très inégales:

  1. Thamel: le ghetto touristique où s’accumulent les hotels et guest houses, se succèdent les agences de trekking et s’entassent les touristes en tous genres.
  2. Le reste de la ville, où vivent les Népalais

Mais malgré ce split, je dois reconnaître que Thamel est plutôt sympathique. L’ambiance y est très bon enfant et avec sa taille réduite et ses ruelles désorganisées, les alpinistes et trekers de tout poil se mélangent joyeusement avec les jeunes babas cools et moins cools venus de tous pays, mais aussi avec quelques soixante huitards défraîchis venus se souvenir du parfum de la népalaise d’antan (celle qui se fume bien entendu).
Le lendemain, n’ayant toujours pas trouvé la réponse à la question « What to do in Kathmandou », je décide de suivre le parcours proposé par mon guide.

Je sors donc camera à la main à la conquête des rues de la capitale népalaise. Mais mon élan ne dure que quelques minutes, le temps de recevoir un saut d’eau sur la tête et de me retrouver couvert de peinture rouge sans sommations.

Et oui pour tout voyage en Inde comme au Népal, mieux vaut être prudent et se renseigner sur les festivals en cours ou à venir. Cela peut vous épargner une lessive.
Mon erreur a été de ne pas être au fait du festival Happy Holi. Il célèbre la victoire de Shiva sur un démon qu’elle a évidemment terrassé. La déesse après avoir tué la créature se serait recouverte de son sang. Depuis en son honneur, et je soupçonne aussi parce que c’est fun, chaque 17 mars, les malheureux qui s’aventurent dans les rues se font recouvrir de peinture et d’eau. Mais loin de n’être qu’un jeu de gamin, cela tourne en bataille d’eau généralisée ou tous les âges participent au fun.

Des mères de familles pourtant sans casiers judiciaires se transforment en redoutables snipers : perchées sur les toits, elles jettent d’énormes seaux d’eau sur les innocents qui s’aventurent dans les rues.
La terreur est aussi instaurée par « des bandes de jeunes », où plutôt devrais-je dire des mercenaires, qui sans discernement et sans aucun état d’âme recouvrent de peinture toute personne qui se trouve à leur portée.

Au milieu de ces scènes de guérillas urbaines, quelques reporters (comme moi), appareil photo soigneusement emballés dans des sacs plastiques, risquent leur vie et surtout celle de leur tee-shirt en tentant de rapporter au monde les atrocités chromatiques qui se déroulent sous leurs yeux.

Le tout se passe dans une superbe ambiance. Les touristes sont accueillis à bras ouverts lors de ces festivités et ces jeux qui nous rappellent à tous qu’on a pas besoin de chercher bien loin pour trouver le gamin qui sommeille en chacun d’entre nous.

Evidemment les touristes féminines sont encore plus copieusement arrosées que les autres, mais on le sait, en temps de guerre ce sont les plus innocents et les plus faibles qui souffrent le plus.
A 17h00, la police sonne la fin des hostilités. Il ne reste alors plus que des ruisseaux d’eaux colorées qui traversent les rues maculées de peinture.

Après plusieurs tentatives infructueuses pour faire disparaitre les impacts de peintures sur mon tee-shirt « Passenger », je me résous à accepter qu’il porte à jamais les séquelles de la bataille dont j’ai été le témoin.
Le temps passe vite et il est déjà temps pour moi de mettre le cap sur de nouveaux horizons. Je prends mon vol pour Singapour content de m’apprêter à écrire une nouvelle page de mon aventure, celle de l’Asie du Sud Est. Mais je suis aussi triste de laisser le Népal et ses habitants pour lesquels j’ai eu un énorme coup de cœur.

Les paysages sont tout simplement époustouflants, les Népalais extrêmement attachants. Je suis dans mon avion qui n’a pas encore décollé du tarmac de Kathmandou, mais j’ai déjà une certitude. Je reviendrai ici, pour côtoyer cette nature intrépide et ces gens authentiques. Je reviendrai même très vite…

Et bang le pêle mêle

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2 Comments

  1. Et finalement quelle est la reponse a la question:
    What to do in Kathmandou?
    As tu trouve ta reponse?

  2. Et finalement quelle est la reponse a la question:
    What to do in Kathmandou?
    As tu trouve ta reponse?

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