Pour parcourir les quelques 1000 kilometres qui séparent Mumbai de Udaipur (Rajastan), j’ai décidé de prendre le train. Plusieurs personnes que j’ai rencontrées en Iran et en Inde m’ont dit que la route ne présente que peu d’intérêt, et que les conditions de conduite (dos d’âne non annoncés, vaches sacrées au milieu de la route, voitures à contre sens, véhicules à moteur non identifiés, véhicules sans moteur non identifiables…) ne permettaient pas de maintenir une allure soutenue.
J’ai donc choisi de prendre un train reliant les 2 villes. Ce choix me donne la chance de découvrir le fonctionnement des chemins de fer indiens.

Il m’a fallu 2 jours entiers pour comprendre comment ca marche, mais je vais essayer de vous l’expliquer simplement en quelques lignes parce que ca en vaut la peine. Si ca vous saoule, sauter directement au paragraphe suivant.

Il y a environ 7 classes différentes parmi lesquelles choisir : sleepers, 3rd class, 3rd class AC,  2nd class, 2nd AC, 1st class… auxquelles viennent s’ajouter les “non reserved seats”.

Pour accéder aux trains dans une des classes précédentes, il faut effectuer une réservation. Pour l’instant c’est simple donc j’espère que vous suivez toujours, parce que ca va se compliquer.

Une fois que toutes les places sont vendues, la compagnie n’arrête pas de vendre des tickets. Je vois d’ici vos mines sceptiques. « Mais comment font-ils s’il ne reste plus de places ? »
Très simple : il mette en place des listes d’attente : une par classe pour être exact, et continue de vendre des tickets, dits non confirmés.

Un ticket en liste d’attente ne devient confirmé que si une personne avec un ticket déjà confirmé annule sa réservation.
A ce stade on pourrait croire qu’il faut être stupide pour acheter un ticket en liste d’attente; mais dans les faits ce n’est pas le cas du tout, car il n’y a pas de pénalité à annuler son ticket avant le départ du train, donc les annulations sont très frequentes.
Evidement cette « flexibilité » des chemins de fer indien a donné des idées à certaines « agences de voyage » qui se font un malin plaisir d’acheter en avance des tickets pour les lignes les plus empruntées. Elles les revendent ensuite plus cher aux voyageurs. Le risque qu’ils portent est nul car les tickets non vendus sont de toute façon remboursés.

Mais que fait la police, ou plutôt les compagnies ferroviaires me direz-vous ? Et bien elles ont évidement mis en place des mesures pour contrer ce système pervers !
Plutôt que de supprimer ce système ridicule de remboursement intégral de ticket, elles ont introduit un système de quotas… encore plus stupide.

C’est ainsi qu’a vu le jour un quota pour les touristes étrangers, qui permet aux voyageurs qui disposent d’un passeport non indien de bénéficier de places réservées. Désolé pour les petits indiens qui voulaient voir leur famille à l’autre bout du pays, vous n’aviez qu’à naitre ailleurs !
Mais la créativité ne s’est pas arrêtée là, et ils ont aussi introduit un autre système, tout aussi impressionnant de bêtise: les “emergency tickets”.
Les emergency tickets, c’est un pool de tickets mis en vente 48 heures avant le départ du train, à 8h00 tapante. Ce merveilleux système provoque de gigantesques files d’attente devant les bureaux de réservation, et ce chaque matin dés 7h00. Tous les désespérés qui souhaitent obtenir les précieux sésames viennent s’y précipiter pour tenter leur chance. J’en ai moi même fait l’expérience car le train que je souhaitais prendre ne disposait pas de “tourist quota”.

Dans le cas (fort probable) ou vous n’avez malgré tout pas réussi à obtenir un titre de transport par ces moyens conventionnels, il vous reste la solution de la dernière chance : les tickets VIP. Et non je déconne pas, ca aussi ca existe.

Un certain nombre de places restent réservées et seul le patron de la réservation peut les attribuer. It is good to be the boss ! Pour se faire, il faut lui adresser une lettre et justifier la raison du désespoir qui vous pousse à le déranger… euh pardon, à solliciter son aide. Simple non ?

Dans mon cas, je n’ai pas réussi à obtenir de ticket confirmé. J’ai donc acheté un ticket qui m’a permis de devenir l’heureux 131ème sur la liste d’attente des 2nd class AC. J’ai eu beau prier et supplier tous les dieux de la création, au moment du départ du train, j’étais toujours 60ème sur cette même liste.

Mais heureusement, j’ai entre temps fait une nouvelle découverte. Ayant acheté un ticket en bonne et due forme, et je peux quand même embarquer. Une fois à bord, et si je m’explique auprès du contrôleur (et lui glisse un billet de 100 roupies), il peut-être possible d’obtenir une place assise… Magique !

Ne voulant pas rester plus longtemps à Mumbai, c’est ce que je me résous à faire, après avoir fait le nécessaire pour embarquer Lizzie sur le même train que moi. Malheureusement, aucune place assise ne sera disponible pendant les 18 heures de trajet, le train étant bourré jusqu’à la gueule.

C’est ainsi que je finis comme un malheureux, assis dans le couloir à coté des toilettes dans la classe sleeper (la pire des classes…). Le plus pénible c’est lorsque l’odeur des toilettes se fait un peu forte et que les cafards prennent l’idée insolite de m’escalader les jambes. Néanmoins c’est fort intéressant car je suis au contact de « l’Inde d’en bas ». Celle où à chaque station des vendeurs ambulants montent dans les wagons pour vendre petits encas, matelas gonflables, ou thé. Celle où une famille de 10 personnes fait 18 heures de train pour assister au mariage d’un lointain cousin, celle où les hommes se relaient dans l’entre wagon pour chiquer un mélange de tabac, d’épices et de chaux qu’ils crachent ensuite par la porte ouverte. Celle enfin où un lépreux se traine péniblement entre les voitures pour faire la manche. Une Inde authentique, dure et fort dépaysante pour l’Occidental que je suis. [hop]
Et rien que pour vous, je vous propose la video du voyage!


Le voyage se termine bien. Je suis extenué, mais Lizzie comme moi arrivons entier à Udaipur. C’est une nouvelle région qui s’ouvre à nous : le Rajastan, pays des Maharadjas

Et l’habituel pêle-mêle:

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1 Comment

  1. J’imagine ces 18 heures de traversée…tu nous les fais bien vivre.J’apprécie et j’aime beaucoup.

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