Après avoir passé la soirée de Noel sur les bords de la rivère Mississipi (souvenez-vous), j’arrive finalement à la Nouvelle Orléans, connue aussi sous le nom de Nola.

Je pose mon sac dans un backpacker de l’Est de la ville. L’endroit est confortable mais avec une définition de la propreté assez différente de celle du commun des mortels. Ainsi, j’ai la chance de pouvoir observer pendant les 7 jours que je reste sur place, la croissance spectaculaire d’un champignon, qui a choisi le mur juste à coté de mon lit pour se développer (la photo ci-dessous pour les gourmets d’entre vous). A vouloir faire dans le cheap, on fait parfois d’étonnantes découvertes.


Heureusement, outre les cours accélérés de biologie, Nola possède d’autres charmes que je découvre avec un groupe de voyageurs cosmopolite rencontrés sur place. La ville se divise en deux quartiers historiques qui correspondent chacun à une période de l’histoire de la ville.
Le premier est le “French Quarter” ou “quartier français”. J’entends d’ici le cocorico que vous êtes entrain de pousser. Et bien vous avez raison car oui, La Nouvelle-Orléans a bien été créée par des Français. C’était il y a 300 ans à perine, alors qu’il n’y avait sur place que des marécages et des bayous; un certain Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville installe une colonie sur place. Elle est baptisée la Nouvelle-Orléans en l’honneur du prince régent de l’époque, un certain Philippe, Duc d’Orléans.


Ce qui motive les Français à s’installer ici, ce ne sont pas les moustiques, mais l’emplacement stratégique, à quelques kilomètres du delta du Mississippi, sur un site où Européens et Amérindiens font du commerce ensemble depuis plusieurs années.

Les premiers habitants européens (les Amérindiens vivaient sur place depuis bien plus longtemps, normal d’ailleurs puisque c’était chez eux…) doivent affronter les épidémies de fièvre jaune, de malaria mais aussi les ouragans qui s’abattent régulièrement sur la région. Au début du XVIIIème siècle, ils terminent la construction du “vieux carré”, soit le centre névralgique de la ville. Mais tandis que Nola commence lentement à se développer, c’est un autre problème se pose: le manque de femmes, ou plus exactement le manque de femmes blanches. Les colons nouvellement installés ont pris pour habitude de vivre avec des Amérindiennes et des esclave noires, mais la loi empêche tout mariage inter-racial. Pour palier à ce fâcheux problème, le Roi décide d’envoyer 1500 dames et demoiselles (dont un bon nombre de prostituées) de France en direction des Amériques. Elles finissent par arriver à bon port (et bon porcs?), mais la mixité inter-raciale et le métissage sont déjà communs et constituent dès cet époque une composante de l’identité de la Nouvelle-Orléans.

un air de déjà-vu...

Après un bref passage sous le contrôle de la couronne espagnole, la Nouvelle-Orléans (et par extension la Louisiane) revient sous domination française, jusqu’à ce que Bonaparte décide en 1803 de la vendre aux Etats-Unis au prix bradé de 80 millions de francs. Napoléon croyait surement faire une bonne affaire à l’époque, en se débarrassant pour une somme rondelette de marais inhospitaliers et de territoires où les épidémies faisaient des ravages, mais l’histoire nous apprendra qu’il venait de faire une belle connerie, et que les Américains venaient de faire l’une des meilleurs affaire de leur histoire, en s’emparant d’un nouvel état sans même déclencher de guerre.
Le second quartier historique est le Garden District: c’est ici que les Américains se sont installés à partir du XIXème siècle après l’achat de la Louisiane. Les maisons y sont gigantesques, dans un style qui rappelle les plantations que l’on trouve dans la région. Toutes sont entourées de charmants jardins. Le quartier se développa car les nouveaux arrivants Américains et les Français avaient chacun des modes de vie bien différents. Aucune hostilité à proprement parler mais des modes de vie distincts qui les deux communautés à vivre durant plusieurs décennies dans des quartiers séparées de quelques kilomètres.

Pour palier à la distance, un système de cable car (tramway) fut mis en place pour relier le French Quarter au Garden District. L’essor économique de la ville fut très lié à celui des gigantesques plantations qui entourent la ville et dont la rentabilité était décuplée par l’utilisation de la main d’oeuvre gratuite des esclaves noirs, et au milieu du XIXème siècle, Nola était la 4ème ville la plus peuplée des USA. De la sombre époque de la traite des Noirs, deux célèbres styles de musique virent le jour: le Jazz et le Blues.
Ils naquirent à la Nouvelle-Orléans car c’était la seule ville du Sud des Etats-Unis à autoriser les esclaves à pratiquer la musique. Ils se réunissait sur place autour d’une place baptisée depuis le parc Louis Amstrong.


Aujourd’hui la Nouvelle-Orléans garde un charme très spécifique, mêlant le style très décontracté du Sud à une architecture quasi unique aux USA. C’est toujours un haut lieu de la musique, où il est impossible de ne pas finir chaque soirée dans un Jazz Club ou un Blues Bar qui s’alignent le long de Frenchman et de Bourbon Street. Certains sont touristiques mais beaucoup conservent encore un charme énorme, d’autant que la mauvaise réputation de la ville sur le plan sécuritaire la préserve d’une certaine manière.
Fidèlé à ma nature, je suis donc sorti, beaucoup, beaucoup, beaucoup sorti et j’ai profité des boeufs, des speakeasys et de tous les merveilleux cocktails que les innombrables bars de la ville ont à offrir. En plus de la planche à savon reconverti en instrument de musique (cf photo), j’ai aussi découvert l’incroyable spontanéité du sud américain.


La Nouvelle Orléans a continué à me séduire avec sa gastronomie. Lorsque l’on parle des US et de la bouffe, on la résume souvent et un peu trop rapidement aux burgers et aux frites. C’est oublier que les USA sont nés d’un multing pot planétaire, qui en plus du métissage ethnique a aussi donné lieu à un mélange des cuisines. La Louisiane est en ce sens un excellent exemple, avec des mix de cuisine Cajun et Créole. Beaucoup d’écrevisses, d’alligators, d’épices des îles, de Gambo et d’huitres, sans oublier pour les plus pauvres de consistant Pow Boy (poor boy, les sandwichs que l’on donnait aux marins sans le sous à une époque).

Et je vous donne RDV pour mon prochain article vous donner ma recette de la journée parfaite à Nola

Et Yo Mama, un pelle mêle photos

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