Mon profil couchsurfing s’est étoffé depuis mon départ de France et je reçois de plus en plus d’invitations d’hôtes proposant de m’héberger. C’est ce qu’il se passe à Houston où un couchsurfer arménien m’invite à passer quelques jours chez lui. Je n’avais pas prévu de m’arrêter ici mais l’occasion est belle, et après ma pause barbecue d’Austin (souvenez-vous), je décide de poser mes sacs deux jours sur place.

Houston abrite une grande partie des sièges sociaux des nombreuses compagnies pétrolières qui opèrent au Texas. Downtown, le Business District de la ville, regroupe une multitude de grattes ciel, proprement alignés le long de rues trop propres, d’où se dégage une ambiance impersonnelle. Après un après-midi à me promener, je décide que j’ai suffisamment vu le centre ville et je choisis de me rendre au siège de l’une des plus mythiques agences américaines: la Nasa.

Tout le monde connait la célèbre phrase “Allo Houston, est-ce que vous me recevez?”. Ce “Allo”, qui ne doit pas être confondu avec le “Allo” de  Nabila, a été prononcé par John Young,  le commandant de la mission Apollo 13. Par Houston il désignait en fait le Mission Control Center de la Nasa, d’où était monitorée la mission.

Le premier lieu qui vient à l’esprit des gens lorsque l’on évoque la Nasa est en Cap Canaveral, d’où sont lancées les fusées américaines. Pourtant il existe de nombreux autres centres de la Nasa dont le plus important est le Johnson Space Center de Houston, qui abrite lui le centre d’entrainement des astronautes et toutes les salles de contrôle des missions spatiales américaines (et par extension, de toutes les missions spatiales du monde, depuis que la Guerre Froide est terminée).

Souvent appelé “Mission Control”, le centre de Houston emploie 18 000 personnes et couvre une superficie de 7 km². Il a été créé dans les années 1960 juste après la décision du président Kennedy d’envoyer sous dix ans des hommes sur la lune.

Le centre spatial se visite, mais en me rendant sur place, je ne sais pas trop à quoi m’attendre et je crains le piège à touristes. Mon niveau d’excitation augmente brusquement, lorsque je gare Lizzy juste à coté de la navette Discovery. Pour ceux qui l’ignoreraient, Discovery est l’une des trois navettes spatiales, utilisée durant 30 ans pour les vols américains dans l’espace. Elle a fini son service en mars 2011 après une quarantaine de vols, dont la mise sur orbite de la Station Spatiale Internationale (ISS). J’immortalise la rencontre improbable entre Lizzy, ma petite fusée terrestre, et Discovery, la grosse navette spatiale.

A l’intérieur du visitor center, il y a une multitude d’expositions à destination des enfants, qui expliquent les différences notables entre la vie sur terre et la vie en apesanteur. Parmi les installations les plus intéressantes: les effets de l’apesanteur sur les muscles, l’organisation type d’une journée dans l’espace, ou encore le fonctionnement des toilettes de l’espace (je vous laisse réfléchir aux contraintes que pose l’absence de gravité lorsqu’un besoin se fait sentir…).

Le clou de l’exposition, c’est un grand espace réservé aux Missions Apollo. En plus de revenir sur l’objectif de ces 17 missions, sont aussi présentées des prototypes des véhicules utilisés par les astronautes pour se déplacer sur la lune ainsi qu’une partie des échantillons lunaires ramenés par les 5 missions qui réussirent à se poser sur la surface du seul satellite terrestre. Les visiteurs peuvent observer de grosse mallettes métalliques remplies de sables et de roches, et ils ont même la possibilité de toucher un minuscule cailloux lunaire solidement fixé dans un coffre fort.

Plus que ces pierres, qui hormis leur provenance ressemblent à n’importe quel autre cailloux, c’est la capsule qui a ramené les astronautes sur terre qui m’impressionne le plus. Les marques d’échauffements causées par la rentrée dans l’atmosphère sont très visibles. Au regard de ses dimensions, j’ai du mal à imaginer 3 gaillards d’1,80m aient pu rester confiner là dedans pendant plusieurs jours. Pour les fans de série, The Big Bang Theory, l’affiche où pose les héros reprend le modèle exact des capsules de la mission Apollo.

capsule d’Apollo 13

Après 2 heures sur place, je commence à tourner en rond. Les expos sont sympas, mais je suis venu sur place en espérant voir les vrais labos de la Nasa, pas seulement un parc d’attraction et des boutiques de souvenirs.

J’apprends qu’une visite guidée existe, mais qu’il faut pour y participer s’acquitter d’un supplément. La brochure assure que c’est le meilleur moyen pour voir “l’envers du décor”. Je décide donc de m’inscrire pour le lendemain.

Le départ se fait à 9h30 du matin. Nous sommes un groupe de 8 personnes accompagnées par deux guides. Nous arborons fièrement un pass Nasa VIP Guest autour du cou, un sésame qui nous a tout de même couté la modique somme de 89,99 dollars. Nous embarquons dans une petite camionnette et partons à la découverte de l’immense site. Premier arrêt, un gigantesque hangar. Mas pas n’importe lequel: il abrite l’une des fusées du programme Apollo, celle-la même qui amena, il y a 40 ans, des hommes sur la lune.

l’une des deux fusées Apollo encore existante, qui comprend ici tous ses étages

Le geek en moi refait surface; je suis extrêmement impressionné par cette gigantesque fusée Saturn V de 111m de hauteur, soit presqu’une fois et demi la longueur d’un terrain de foot.

Il y a 43 ans, c’est un modèle identique qui décollait de Cap Canaveral en emportant à son bord Neil Amstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins. Amstrong et Aldrin devinrent les premiers hommes à fouler la surface de la lune.

L’une des grandes découvertes de la conquête lunaire: le fait que la Terre est bleue. Youri Gagarine, le premier homme a être allé dans l’espace s’en était émerveillé, mais les photos que ramènent les missions Apollo permettent au monde entier de le visualiser; notre planète que nous avons dénommée la Terre aurait plus justement dûe être appelée la planète mer. Faute de pouvoir la renommer, c’est l’expression “planète bleue” qui voit le jour et se développe.
Accrochées aux murs, des citations d’astronautes ayant participé aux missions Apollo présentent une approche plus philosophique de l’exploit scientifique et technique. La phrase prononcé par William Anders est en ce sens la plus symbolique.

“Nous sommes venus ici pour voir la lune, et la plus grande découverte que nous faisons, c’est de découvrir la Terre” – W. Anders

Elle restera moins célèbre que le “Un petit pas pour l’homme mais un bon de géant pour l’Humanité” de Neil Amstrong, pourtant, prononcée alors que l’astronaute était en orbite autour de la lune et prenait une photo d’un lever de terre (voir ci-dessous), cette réflexion pleine d’humilité ramène la conquête spatiale à des considérations beaucoup plus rationnelles: si nous envoyons des hommes dans l’espace, c’est avant tout pour mieux nous connaître nous-mêmes et l’environnement dans lequel nous évoluons.

levé de terre vu depuis la lune – crédit photo: Bill Anders & Nasa

La visite continue cette fois-ci en direction de la piscine d’entrainement. C’est la plus grande piscine couverte du monde. Entièrement immergée se trouve une reproduction à l’échelle réelle de la station spatiale internationale. C’est ici que les astronautes s’entrainent pour leurs futures missions. Pour reconstituer aussi fidèlement que possible les conditions d’apesanteur, c’est sous l’eau que les hommes de l’espace effectuent leur exercices qui durent entre  5 à 12 heures. C’est ici aussi que toutes les sorties extra vehicular (sortie dans l’espace) sont répétées.

piscine contenant une réplique 1:1 de l’ISS

Quelques rues plus loin se dresse un autre immense hangar. Il abrite lui une reconstitution à l’échelle 1:1 de station spatiale. Cette fois-ci elle n’est pas immergée et elle embarque toute l’électronique présente dans l’espace. Ici les astronautes s’entrainent à reproduire les manoeuvres qu’ils devront effectuer dans l’espace: amarrage avec un vaisseau Soyouz, déplacement du bras télescopique extérieur de la station, contrôle et maintenance des éléments de sécurité de l’ISS…

Dans un recoin du hangar sont rangés tous les prototypes sur lesquels les ingénieurs travaillent actuellement. En parallèle à la formation des astronautes, la Nasa se projette dans l’avenir de la conquête spatiale avec comme ambition affichée d’envoyer d’ici à 2020 des homme sur la lune, et d’ici à 2030, les premiers hommes sur Mars. Pour préparer ces missions, de nouveaux véhicules extra-terrestre sont entrain d’être développés dont l’un que j’ai eu l’occasion d’observer et qui ressemble à s’y méprendre à un camping car à 8 roues (voir photo).

D’autres alternatives à l’homme sont aussi en cours de test dont des robots humanoïdes baptisés robonautes qui pourraient se substituer aux humains durant les opérations les plus dangereuses, et dans un second temps, remplacer les hommes dans l’espace. Une chose est sûre, les cerveaux continuent de chauffer à la Nasa et l’exploration de notre système solaire ne fait que commencer.
 

un robonaute: peut-être les futurs explorateurs numériques de l'espace...
un robonaute: peut-être les futurs explorateurs numériques de l’espace…

L’instant émotions, c’est lorsque j’arrive en face d’un grand bâtiment; un gigantesque bloc de béton d’un trentaine de mètres de hauteur sans aucune fenêtre. Dessus il y a une inscription: Mission Control Center. Tout est résumé: c’est d’ici que les missions spatiales sont contrôlées.

façade extérieure du Mission Control Center

Je ne peux pas résister à la tentation de prendre une photo devant les portes du bâtiment, lorsque quelque chose d’incroyable se produit. Un jeune homme, en jean avec une veste de costume vert pomme s’approche de moi, après avoir vu le casque de moto que je tiens à la main. Alors que je lui explique mon émotion d’être ici, il me demande comment ce fait-il que je sois venu jusqu’ici en moto alors que je ne réside pas aux USA. Je lui explique brièvement que j’effectue le tour du monde en moto. Il parait fasciné, et me pose un tas de questions, auxquelles je réponds de bon coeur. Après une dizaine de minutes, je finis par lui demander le travail qu’il effectue à la Nasa. Il m’explique qu’il est en charge de définir et de maintenir l’orbite de la station spatiale internationale. Il augmente où diminue son altitude en fonction des obstacles qui se présentent sur sa trajectoire, tels que les météorites ou des déchets humains abandonnés dans l’espace (vieux satellites, réservoirs de navettes spatiales abandonnés…).

J’ai du mal à en croire mes oreilles: le pilote de l’ISS est là, juste en face de moi, entrain de faire sa pause café. Le plus étonnant c’est qu’il parait au moins aussi surpris en apprenant que j’ai traversé la moitié de la planète à deux roues, que je le suis en entendant que son job consiste à calculer et modifier la trajectoire  d’une gigantesque station spatiale qui gravite à plus de 300 kilomètres au dessus de nos têtes.

Je l’assaille de questions, il me demande si je suis intéressé de voir un vestige du passé. Surpris mais curieux, j’accepte de bon coeur. Je ne le regrette pas puisque c’est dans une salle mythique à laquelle il me donne accès: la salle de contrôle des missions Apollo qui a été conservée en l’état.

la salle de contrôle des missions Apollo qui ont permis d’envoyer des premiers hommes sur la lune

J’ai les larmes aux yeux en franchissant la porte (et oui je suis un grand émotif, surtout avec des choses qui laissent la plupart des gens indifférents 🙂 ). Je me promène au milieu des bureaux qui portent encore les titres des personnes qui les occupaient il y a 43 ans. Je finis par trouver le bureau du Flight Director. Mon guide improvisé me propose de m’asseoir dans la chaise, ce à quoi je ne peux résister. C’est ici même qu’un certain Eugene Francis « Gene » Kranz, le directeur de mission durant tous les vols des programmes Gemini et Apollo, a entendu pour la première fois retentir la voix de Neil Amstrong lui annonçant:

Houston, Tranquility Base here. The Eagle has landed

Cette phrase annonçait que l’équipage d’Apollo 11 s’était posé sur la lune. Gene est aussi celui qui a pris le contre pied du président des USA en 1967, et lui a imposé l’annulation de la Mission Apollo 13 après qu’un incident technique ait fait explosé une partie de leur vaisseau en vol. Confronté au plus sérieux problème de l’histoire de la conquête spatiale américaine, les ingénieurs de la Nasa se réunissent autour de Kranz qui après avoir présenté la situation leurs dit:

Guys, we just calmly laid out all the options, and failure is not one of them – Les gars, nous venons juste d’énoncer toutes les options, et l’échec n’en fait pas parti.

Cette incroyable histoire a donné naissance à un film: Apollo 13, qui feature Tom Hanks.
Les écrans ressemblent à d’antiques postes de télévisions. On m’explique que l’intégralité des commandes que ces “ordinateurs” pouvaient effectuer étaient hard codés. Un câble électrique reliait directement le bouton à un énorme ordinateur mainframe qui occupait tout l’étage inférieur. Si une fonction devait être modifiée, il fallait refaire un nouveau câblage électrique car il était impossible de reprogrammer autrement les fonctions qui étaient toutes hard codées.

La puissance de calcul total dont disposait les ingénieurs du programme Apollo, équivalait à celle du dernier iphone. Les images d’archives tournées dans la salle de contrôle lors de l’incident d’Apollo 13 montrent les ingénieurs sortir leur calculettes de poche et des tableaux noirs pour refaire leurs calculs plutôt que d’utiliser leurs ordinateurs.
En regardant ces chaises et ces immenses bureaux vides, je me pose la question de ce qui a bien pu, il y a 43 ans, permettre à ces gens de réussir le pari fou d’envoyer des hommes sur la lune. Le projet fou d’une nation toute entière, l’envie inébranlable de réussir malgré les risques élevés. Et si la conquête de la lune n’était rien d’autre que la métaphore de la vie elle-même? vouloir quelque chose si fort, qu’échouer est impossible à concevoir et devient impossible tout court…

le seul des 8 drapeaux ayant flotté sur la Lune à avoir été ramené sur Terre

Suspendu dans le coin de la salle, un drapeau américain et son hampe est fixé au mur. On m’explique que c’est le seul des 8 drapeaux plantés sur le sol lunaire qui a été rapportés. La bannière étoilée juste en face de moi, que j’effleure du bout des doigts, à un jour flottée sur la Lune… irréel…

Je suis stupéfait d’être ici, où l’histoire de l’Humanité a tourné l’une de ces pages. Mais sans que je le sache, ma chance ne fait en fait que commencer. Mon guide improvisé m’explique que 6 astronautes viennent de revenir de l’ISS. La tradition veut qu’ils se rendent dans la Mission Control Room pour accrocher le blason de leur expédition au mur, et que coup du destin, c’est justement cet après midi que cela se passe. Il me propose de m’amener dans le centre de contrôle de l’ISS pour que j’y assiste en direct…

Le rêve: j’accède au saint des saints: Mission Control Center, la vraie.

Mission Control Center

Je me crois dans un film, sauf qu’ici, tout est bien réel. Les trajectoire sur les écrans, les mesures de température et le positionnement de la station. La vidéo en temps réel des astronautes affichée au mur l’est aussi. Les hommes que je vois sont bel et bien en apesanteur…

C’est une expérience incroyable que je vis. Bien au delà de tout ce que j’aurais pu imaginer. Cerise sur le gâteau, on finit par m’inviter à revenir le soir assister au debriefing de mission que les 6 astronautes vont présenter au personnel de la Nasa. Dans un immense amphi, j’assiste à un retour d’expérience des astronautes qui reviennent sur les 8 semaines qu’ils ont passées dans l’espace. Pour appuyer leur présentation, des photos qu’ils ont prises sur place et qui montre la vie au quotidien sur l’ISS. A la fin de la présentation j’ai la chance de brièvement pouvoir leur parler. Afin d’immortaliser l’instant, je demande à l’un d’entre eux s’il accepterait de signer un de mes tee-shirt Les Passangers, en lui expliquant son histoire et mon voyage dans ses grandes lignes.

debrief de mission avec les 6 astronautes fraichement revenus de l’ISS

Après avoir signé de bon coeur et fait signer ses 5 collègues, il me rend mon tee-shirt et dans un sourire me dit:

“Toi au moins, tu es un aventurier!”

Mais euh… je pensais que vous reveniez tout juste de l’espace 🙂
Puis, en découvrant ma devise “There is No Limit but the Sky” inscrite sur un papier que je tiens à la main, il me souffle pendant que je m’éloigne

“By the way, the sky is not the limit anymore…”

 

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5 Comments

  1. Apres Tintin et Milou sur la lune, qui sait Anto et Lizzie? 😉

  2. Et, oui pourquoi pas . Très intéressant, ce reportage. Merci

  3. Et, oui pourquoi pas….Reportage très intéressant. Merci.

  4. Je ne vois nulle part la photo du camping car à 8 roués :-/

    1. @Jey: c’est exact. Elle est sur facebook et sur la galerie photo de flickr. Pourquoi, tu es intéressé par ce camping car pour ton prochain tour du monde?

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