Mon dernier article sur l’histoire de la DMZ portait sur un sujet lourd qui ne prête pas à rire. Pour ramener une note plus légère, voici un nouveau post, qui traite lui aussi de la DMZ, mais cette fois-ci de mon aventure sur place. Je dis aventure car cela en a belle et bien été une!

Armé d’une carte routière que j’avais achetée en Thaïlande et de mon Lonely Planet, j’avais choisi d’explorer cette zone en suivant la route 9 qui longe la rivière Ben Hai. Les 2 premières heures ont été calmes, sans souci particuliers mis à part un profond manque de panneaux de signalisation, ce qui a compliqué ma tache pour trouver les centres d’intérêt. Après 75 km tranquilles, je suis arrivé à une dizaine de kilomètres de Lao Bao, le poste de frontière vietnamo laotien. Tout se passe comme prévu et je trouve bien une intersection sur le coté droit de la route 9 qui me permet de prendre plein Nord. Un peu comme John Hannibal Smith dans l’agence Tout Risques, je bombe le torse et me dis que “J’adore quand un plan se déroule sans accroc”. Je m’engage sur cette route qui m’amène rapidement dans des zones extrêmement rurales où je ne vois plus âme qui vive. Après 75 kilomètres sur un tarmac qui rappel à s’y méprendre le revêtement des autoroutes de l’ex Allemagne de l’Est, je suis surpris que le tracé de la route que je suis entrain de suivre ne corresponde pas vraiment à celui de mes cartes: certes elle remonte bien plein Nord mais elle tortille bien plus que ce j’ai sur le papier, et surtout elle passe à seulement quelques centaines de mètres du Laos, ce qui ne devrait pas être le cas d’après mes géographes.

Quelque part le long de la frontière laotienne

Mon plan théoriquement génial, me permettant de faire une boucle à travers la DMZ est entrain de prendre du plomb dans l’aile; plus inquiétant, ma réserve d’essence commence à diminuer et mon l’ordinateur de bord de Lizzy m’indique que je n’ai plus que 100 km d’autonomie. Je décide de continuer à rouler en me disant que c’est impossible que la carte routière ET le Lonely Planet aient tous les deux fait une erreur. L’état de la route, parfait sur les 100 premiers kilomètres laisse de plus en plus à désirer. Des coulées de boue ont rendu la chaussée très glissantes, et sur certaines portions, ce sont carrément des pans de roche qui se sont décrochés et qui m’oblige à faire des acrobaties sur ma moto pour pouvoir passer. Le compteur d’essence continue de baisser; après avoir parcouru 120 kilomètres et voyant l’heure tourner, je commence à me demander si je n’ai pas raté l’intersection que je cherchais. Je suis sur la réserve et  je n’ai plus que 20 kilomètres d’autonomie d’après monsieur l’ordinateur. Autant dire que je suis un peu dans la merde, puisque cela fait plus de 180 kilomètres que je n’ai pas vu la moindre cahute.

Heureusement depuis mon départ de Paris, mon propension à stresser s’est considérablement réduite, au point que même les situations les plus inattendues ne viennent pas perturber ma sérénité. Je suis en quelque sorte devenu un Bouddha en deux roues, un bonze casqué et botté. N’ayant aucune idée précise d’où je me trouve, et n’ayant pas une folle envie de passer la nuit sur place avec une moto à sec, je décide de faire demi tour et de trouver quelqu’un pour demander ma route et supplier pour un peu d’essence. Quelle blague: alors que j’ai traversé le désert iranien sans souci, je vais peut être me retrouver en panne d’essence pour la première fois au Vietnam… et pire que tout, à cause de satanés géographes incompétents! Râlant quand même.
Je rebrousse chemin et essaie de garder le rapport le plus élevé possible pour réduire au maximum ma consommation, mais j’ai beau rouler à 25 km/h en 6ème, rien n’y fait et le niveau d’essence diminue inéluctablement. Il ne m’indique désormais plus que 3km d’autonomie. En considérant qu’il aune marge d’erreur, j’ai dans le meilleur des cas 5 à 10km d’autonomie max. Problème: je suis à plus de 100 km de la ville la plus proche.
Comme toujours dans la vie, il y a plusieurs façons de voir les choses. La manière pessimiste de voir ma situation est:

  1. Je suis au milieu de nulle part et je ne sais moi même pas vraiment où
  2. Je n’ai pas vu ame qui vive depuis des kilomètres
  3. Je n’ai plus d’essence
  4. Il commence à pleuvoir
  5. Il est déjà 16h30 et la nuit va se mettre à tomber dans moins d’une heure
  6. Maman n’est pas là pour venir me sauver

La manière optimiste de voir cette même situation:

  1. Les paysages sont superbes
  2. Je ne suis pas ennuyé par les gens parce que l’endroit est désert
  3. Je ne suis pas encore en panne sèche
  4. Ma moto n’a pas de neman donc je peux m’en servir en roue libre
  5. L’endroit où je me trouve est très vallonné et  je suis presque sur le point le plus élevé
  6. Dans le pire des cas, j’ai ma tente avec moi, je peux toujours camper ici et je finirai bien par trouver quelqu’un avec de l’essence
  7. Si je me sors de cette galère, ça me fera histoire de plus à raconter…

Soudain je me rappel d’un de mes premiers voyages en Arménie. C’était il y a une dizaine d’années, à une époque où le pays se relevait péniblement du joug communiste, et où le habitants y compris à Erevan galéraient pas mal pour joindre les deux bouts. L’essence était considérée comme un produit de luxe, et toutes les méthodes pour l’économiser étaient bonnes. C’est dans ce contexte que j’avais été stupéfait de voir un chauffeur de taxi, couper le contact de sa voiture en descente pour économiser quelque gouttes du précieux liquide. Il m’avait expliquer que le neman de son véhicule avait été retiré pour s’assurer que la direction ne se bloque pas lorsqu’il stoppait le moteur.
M’inspirant de son exemple, je décide donc de continuer à rouler, mais sans le contact pour sauver mes dernières gouttes de sans plomb. Me voici lancer sur ma Lizzy de 300 kg en roues libres dans les montagnes de la frontière vietnamo laotienne. Je m’étonne de réussir à atteindre des pics à plus de 60 km/h: mes roulements de roues ne sont peut être pas si morts que cela. Après 24 kilomètres (très précisément, je vous assure que mes yeux étaient rivés sur les compteurs) sans le contact, je finis par rejoindre un minuscule hameau de 4 maisons. Il est 17h30 et l’horizon commence à s’obscurcir. Des hommes assis sous un auvent m’alpaguent lorsqu’il me voit descendre de ma moto. Ils sont très lourdement alcoolisés et ne parlent évidemment pas un mots d’anglais ni de français. Plus ennuyeux encore, je m’aperçois en leur tendant le lexique anglo vietnamien de mon Lonely Planet, qu’aucun d’entre eux ne sait lire.

J’essaie de leur baragouiner “essence sans plomb” en vietnamien, mais mon accent est si mauvais et leur taux d’alcoolémie si élevé que c’est peine perdue. Après 15 minutes d’incompréhension totale et alors que leur haleine chargée de vapeur de vin de riz commence à me faire tourner la tête, une des femme du village s’approche de moi. Elle ne sait pas lire non plus, mais après 5 minutes de langages de signes et après que j’ai pointé à trois reprise mon réservoir, elle finit par disparaitre à l’arrière de sa maison. Quelques secondes plus tard, elle revient avec une bouteille de whisky remplit d’un liquide verdâtre. Le bouchon à peine ouvert je reconnais la douce odeur d’essence. Je ne fais pas mon difficile et ne demande pas si c’est bien du Sans Plomb 95. Quoi que ca soit, ca fera bien l’affaire… J’étais déjà entrain de réfléchir à faire rouler mon engin avec de l’alcool de riz! Je mets trois litres et paie mon dû avant de repartir. A ma grande surprise, la moto roule sans souci, elle ne toussote même pas comme elle l’avait fait en Arménie ou en Iran, où l’essence était de mauvaise qualité. J’avale les 150 kilomètres restant en proférant les pires insultes à l’encontre des rédacteurs du Lonely Planet  ces $@%&*, qui j’en suis sur n’ont jamais mis les pieds ici!

Essence on the Rocks!

Je rejoins finalement la ville de Hong La vers 20h30 après avoir fait un plein salvateur à Lao Bao. Comme dans toute aventure difficile, il faut tirer des enseignements. Les miens sont simples: ne jamais croire les cartes du Lonely Planet surtout quand cela vous engage sur dans des zones reculées, pour plusieurs dizaines (centaines…) de kilomètres.

J’ai découvert après des recherches sur Internet et en discutant avec le propriétaire de l’hotel où j’ai passé la nuit suivante, que  la fameuse route que je cherchais n’a jamais existé. Seul un chemin de terre extrêmement escarpé, traverse à travers les montagnes. Il est très difficilement praticable, y compris à pied, et ne peut certainement pas être emprunté à cette saison. Google Map n’a lui pas eu d’hallucination, et indique bien qu’un chemin de chèvres existe, mais ne le qualifie en aucun cas de route nationale. Malheureusement, je ne l’avais pas consulté avant…
Morale de l’histoire: “Google is your best friend, especially far away from home”. J’ai beau le savoir, je me suis fait piéger comme un bleu.

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2 Comments

  1. Une belle philosophie de vie . Bravo et bises de ton Idole

  2. merci pour ce compte rendu , si j’ osais….. je dirais que c’ était une
    situation dantesque !!!! rien de moins !!!!!!
    j’ ai bien rigolé merci encore ;mais surtout pas un mot a la reine Mère
    elle serait capable de réquisitionner un avion ravitailleur pour te dépanner !

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