Trois semaines extraordinaires! Rarement un pays ne m’aura laissé un tel souvenir. Rarement des gens ne m’auront été aussi sympathiques.  La Birmanie le pays des sourires. Comment pourrais-je le définir autrement. Hommes, femmes, jeunes ou vieux, tous m’auront souri aussi tendrement durant les trois semaines que j’ai passées là bas.

Ces sourires n’étaient pas intéressés, ils ne demandaient rien en retour. C’est simplement la marque Birmane de l’hospitalité. Une hospitalité qui transcende celle de tous les pays que j’ai pu traverser jusqu’ici, l’Iran y compris, et ce n’est pas peu dire.

Les Birmans sont beaux. Malgré les immenses difficultés de leur quotidien, ils savent rester simples, joyeux et souriants. Quelle leçon de vie !

Ils vivent sous l’une des pires dictature du monde, se savent épiés par le pouvoir. Les médias sont censurés: posséder un accès internet individuel est interdit, et le contenu du web est de toute façon filtré. Alors que je me trouvais dans le nord du pays et que la révolte grondait à quelques kilomètres de là, je cherchais un endroit pour envoyer un mail lorsqu’un homme m’a dit : « this is one week that internet is broken. But not only in my internet café in all the city… well the région ». Bien entendu comme tout birman et alors que son gagne pain est en péril, c’est avec le sourire qu’il m’a dit cela, résigné. Evidement, internet n’était pas réellement « cassé », il avait tout simplement été coupé par le gouvernement dans cette province pour rendre les communications plus difficiles.

Mais pire que l’information censurée, se sont tous les mots et gestes des Birmans qui sont interprétés par les autorités qui peuvent de manière arbitraire les arrêter et les emprisonner, voir pire…

Ceux qui ont l’électricité souffrent de coupures quotidiennes et les moyens de transport sont si lents qu’ils transforment tout déplacement à travers le pays en un calvaire sans nom.

Pourtant dans la rue ce que je vois ce ne sont que des gens radieux, qui viennent me parler dès qu‘ils en ont l’occasion. Ils viennent me souhaiter bienvenue dans leur pays, me demander ce que je suis venu faire ici et où j’ai l’intention de me rendre. Souvent ils ne parlent pas anglais mais indistinctement, ils me sourient lorsque je passe prés d’eux. Les enfants des qu’il me voient me font des coucous de la main d’un air amusé.

Dans les bateaux que j’ai pris au nord du pays, alors que nous traversions des régions en insurrection avec le pouvoir et que nous étions survolés par des avions de l’armée, un passager assis à coté de moi a ouvert un parapluie au dessus de ma tête pour me faire de l’ombre. En regardant l’avion il a sourit et m’a dit que le soleil tapait fort.

Le soleil tape effectivement fort en Birmanie, tout comme la répression. Toujours dans le nord du pays, alors que cela fait 2h30 que je suis à bord d’une barcasse chargée à ras bord de cartons et de sacs de jute remplis de légumes qui sont acheminés vers des villages en bordure de la rivière, un militaire voyant mon faciès pas très asiatique vient s’installer dans le bateau. Il me passe à la question en voyant mon appareil photo. Les étrangers ne sont pas les bienvenus dans le coin en ces temps d’insurrection armée. Alors qu’il essaie de me demander dans un anglais chaotique le pays d’où je viens, des passagers derrière lui se mettent à le singer. La scène est digne d’un film, cette résistance passive dépasse tout ce que j’ai pu imaginer.

Après 15 minutes d’un dialogue de sourds, je finis par lui tendre mon passeport en lui expliquant que je suis français. Il n’a apparemment jamais entendu parler de ce pays. Il finit par écrire sur un calepin que je suis autrichien, bien que je le corrige à 3 reprises. Qu’importe le bateau continue à descendre la rivière, tandis que mon voisin tient toujours son parapluie au dessus de ma tête pour éviter que je me transforme en poulet rôti.

La Birmanie, c’est aussi ce moine qui m’alpague alors que je suis au sommet de Mandalay Hill, une colline sur laquelle trône une splendide stupa dans le centre du pays. Il m’explique qu’il donne des cours d’anglais et qu’il a amené ces élèves ici car il veut leurs faire rencontrer des étrangers. Il veut leur montrer à quel point l’anglais est utile. Il a 32 ans, regorge d’énergie. Il est entré dans les ordres à 9 ans et n’en est plus ressorti depuis. Des hommes aux regards suspicieux nous regardent du coin de l’œil. Mon jeune moine n’est pas impressionné pour deux sous. Il me dit de ne pas hésiter à lui poser toutes les questions que je me pose. Qu’il sera heureux de me répondre. Qu’il est très fier que des touristes viennent ici et que cela leur permet de voir la réalité du régime Birman. Il ne baisse pas la voix lorsqu’il me dit cela. Il risque pourtant gros en parlant ainsi …

Ces élèves sont des filles toutes orphelines, qui vivent dans une des ailes du monastère. Elles paraissent jeunes mais ont pourtant toutes entre 15 et 20 ans. Deux d’entre elles parlent un anglais parfait. Elles me disent qu’elles ont débuté les cours il y a 6 mois. Je me frotte les yeux incrédules. Nous admirons le coucher de soleil ensemble en discutant de leurs projets. Leurs projets elles n’en ont pas vraiment car elle ne peuvent pas sortir de leur pays et qu’elles n’ont de toute façon pas d’argent. L’une finit tout de même par me dire qu’elle veut devenir comptable tandis que l’autre m’avoue qu’elle voudrait être professeur.

En redescendant de la colline, j’oublie bêtement mon vélo au sommet. Alors que je fais demi tour pour le récupérer, le moine m’accompagne et remonte les longs escaliers jusqu’au sommet avec moi. Je lui explique que cela n’est pas nécessaire mais il insiste et me dit : « En Birmanie, cela ne se fait pas de laisser un invité seul »

De retour à Mandalay, c’est avec des comédiens que j’ai rendez-vous. Leur troupe s’appel les Moustache Brothers. Se sont des saltimbanques qui se sont faits connaître à travers un spectacle de danse traditionnelle birmane. Amis très proche de Aung Sun Su Kyi, plus personne n’entend parler d’eux en Birmanie, et pour cause. Après avoir fait une mauvaise blague sur le pouvoir lors d’une réunion du partie d’opposition NLD (parti interdit depuis), Par Par Lay le leader de la troupe s’est retrouvé en prison. Un procès expéditif plus tard, il est condamné à 7 ans de travaux forcés. Le danseur est obligé de casser des pierres et de construire routes et ponts pour le compte du gouvernement. Tout ca pour quoi ? Une blague… On ne rigole pas de tout et surtout pas en Birmanie.

 Grace aux pressions d’Amnesty International Il ne fera « que » 5 ans.  Depuis sa libération, il a toujours la langue bien pendue mais il lui est interdit de se produire en public et devant des Birmans. Il garde pourtant le sourire et son humour et se produit tous les soirs « en privé » devant les quelques étrangers de passage à Mandalay. Il les fait asseoir sur des petites chaises en plastique rose dans le salon de sa maison. Il présente son spectacle de danse sans se lasser de malmener le pouvoir. A la question : « vous n’avez pas peur ? » Sa réponse est qu’il a déjà purgé 5 ans de travaux forcé et été arrêté 3 fois. Que tant que les medias et des touristes étrangers parleront de lui, cela lui offrira une certaine protection, et que de toute façon, il n’a pas envie de se taire.

Au milieu du salon son petit fils d’un an se roule dans les coupures de journaux que son grand père a posé sur le sol pour montrer les nombreux articles qui ont été publiés sur lui. Ironiquement c’est sur un article du Monde intitulé « Rire de résistance » que le gamin est assis.

La Birmanie, c’est aussi ce vieux moine rencontré alors que je visite les vestiges d’une des anciennes capitales Birmanes, Inwa. Il sort de sa cahute et s’approche de moi en me pointant du doigt un énorme manguier. Ne comprenant pas trop le message je lui souris en retour. Il me fait comprendre de le suivre. Il m’entraine au sommet d’une stupa, vers une petite porte dérobée qui semble donner sur les fondations de l’édifice. Sortant une petite clé de sa robe orange il ouvre les portes battantes qui révèlent une statut de bouddha. Au pied du Lord, plusieurs offrandes dont de l’encens et des mangues. Le vieux moine me regarde en souriant et me tend les mangues de bouddha. Très gêné, je n’ose pas les accepter craignant de commettre un péché. Il insiste si sincèrement que je finis par céder et me retrouve avec 3 kilos de mangue dans mon sac à dos. Et voilà pour le quatre heures.

Toujours à Inwa où je me déplace en petite 125cc louée dans la ville voisine, j’arrive au pied d’une ancienne tour. Evidemment je m’empresse de l’escalader pour admirer la vue. Arrivé au sommet, une jeune fille les joues jaunies par du Tanaké (une poudre issue de l’écorce d’un arbre que les Birmanes et certains Birmans se mettent pour se protéger du soleil… et pour avoir la peau douce) me sourit et engage la conversation en français.

Elle vend des petites babioles et des cartes postales. Etonné par la qualité de son français, je lui demande  comment elle l’a appris. Elle me répond qu’elle n’a jamais pris aucun cours et qu’elle a appris qu’au contact des quelques touristes. En sus du français elle parle aussi espagnol, italien, anglais et allemand. Mes suspicions sur la véracité de ces propos sont levées aussitôt que j’enclenche la conversation en anglais et en allemand… Etonnante Birmanie…

Cet article est un peu décousu ; il ne parle pas de ce que j’ai fait dans le pays, ni d’où je suis allé. Il ne décrit pas les somptueuses stupas en or qui parsèment le paysage ; aucune mention n’est faite du bouddhisme ni des innombrables monastères qui sont repartis à travers le pays. Je ne décris pas non plus mon trek de 3 jours au célèbre lac Inle, où comme vous l’avez certainement déjà vu dans des reportages, les pêcheurs utilisent leur jambe qu’ils entourent autour d’un bout de bois pour ramer.

Je ne suis pas revenu sur ces points, parce que les photos vous donneront cela bien mieux que mes mots ne pourraient le faire. Si cet article n’est qu’une suite de rencontres et d’expériences mises les unes à la suite des autres, c’est pour vous donner un aperçu non pas de ce à quoi ressemblent les Birmans, mais ceux qu’ils sont et de ce qu’ils vivent.

Lorsque j’entendrai le mot Birmanie à la télévision, ce n’est pas au lac Inle ni aux stupas que je penserai en premier, mais à ces gens qui vivent pour beaucoup en 2011 comme nous vivions en Europe au XVIIIème siècle. Ils sont pourtant extrêmement intelligents et travailleurs, mais souffrent de la situation politique de leur pays. J’espère qu’après cet article, comme moi lorsque vous entendrez parler de la Birmanie, c’est ces gens que vous aurez à l’esprit.

Pour terminer ce post d’une manière birmane, avec le sourire aux lèvres, voici une histoire que Ma Law, l’un des membres des Moustache Brothers m’a racontée :  Ma Law, le frère de Par Par Lay souffrait d’une rage de dents il y a quelques mois. Il s’est rendu à Bangkok pour se faire soigner. Avant que le dentiste ne l’ausculte il s’étonne de son nom et lui demande d’où il est originaire. Ma Law lui répond qu’il est Birman. Le dentiste lui demande alors pourquoi il a fait ce long voyage pour se faire soigner et s’il n’y a pas de dentistes compétents en Birmanie. Ce à quoi Ma Law répond : « des dentistes compétents nous en avons, mais en Birmanie, nous n’avons pas le droit d’ouvrir la bouche »

Et Mingalabar (bonjour en Birman), un pêle-mêle photo:

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