Pour faire sortir ma fidèle Lizzie du pays, j’ai choisi de prendre le ferry pour Dubai. Et pour prendre le ferry, il n’y a pas d’autre choix que de rejoindre Bandar-e-Abbas, une ville au Sud de l’Iran, sur le Golf Persique.
Bandar Abbas a une histoire agitée. Une histoire en partie européenne, puisque le Shah a accordé des concessions maritimes aux Anglais, Hollandais puis  Français. Au milieu du XVIIIeme siècle, son importance déclina et ce n’est que récemment, avec la guerre Iran-Irak, que son rôle est redevenue centrale dans l’économie iranienne. En effet l’autre port Bandar Busher, situé beaucoup plus à l’Ouest, est très proche de la frontière irakienne, et les iraniens ont préféré transférer ses activités vers Bandar-Abbas dans les années 90. Depuis, la majorité du trafic maritime depuis et vers l’Iran se fait d’ici.

L’ambiance dans la ville n’a rien à voir avec ce que j’ai vu jusqu’alors en Iran. En me promenant je croise des Afghans, des Arabes, des Indiens et même des Africains… Beaucoup de femmes portent des tenue et des voiles plus colorés, certaines ont le visage recouvert d’un masque.

Mais comme toute ville portuaire, l’un des aspects de Bandar Abbas qui me saute rapidement aux yeux c’est la misère et la saleté. En revenant de faire les démarches administratives pour expédier Lizzie, je choisis de revenir à pied en longeant la mer et les quartiers populaires de la ville. Fini le glamour des palaces de Persépolis, les douces odeurs de roses d’Ispahan et de Shiraz…  ici se sont les odeurs de poissons et les effluves de poubelles qui m’arrivent aux narines.
Je croise plusieurs personnes dormant sur des cartons posés sur la plage. Ce n’est pas une simple sieste, ils ont tous des sacs à coté d’eux avec quelques affaires, probablement les seules qu’ils possèdent.

C’est la première fois en Iran que la misère s’affiche ouvertement en face de moi. Des gamins courrent en guenilles et pieds nus au milieu de piles d’immondices. Leur mère est entrain de fouiller les poubelles; elle en ressort des restes de nourriture qu’elle met de coté.  Une autre femme tient sa fille à bout de bras pour lui permettre d’uriner. La gamine n’a ni pantalon, ni chaussures…
En continuant je passe à coté d’épaves de navires qui ont échoué sur la plage je ne sais trop comment. Sur l’un des bateaux, j’aperçois une personne qui étend son linge. Après lui avoir lancé un « Salam », la conversation s’engage. Elle ne va pas bien loin puisque mon « matelot échoué » ne parle pas anglais. Mais à force de patience, de sourires et  d’un peu de temps, je découvre qu’il est Afghan. Il vient de Kaboul où sa famille vit encore. Il est seul ici. Je ne parviendrai pas à comprendre comment il est arrivé là, mais ce que je comprends, c’est qu’il n’a pas de papiers et qu’il vit sur ce bateau à l’abandon.

En continuant je suis face à une grande digue. Je commence à l’escalader lorsque je suis stoppé net par un pêcheur. Il me dit de ne pas faire ca car derrière se trouve un hôtel gardé, et que je risque d’avoir des problèmes.
Un peu intrigué, je joue ma carte d’occidentale, et je rentre dans l’établissement. Au milieu des immondices et des bateaux échoués, il y a effectivement un hôtel extrêmement coquet avec une plage privée. Pour cacher les « horreurs » qu’il y a de chaque coté, deux grandes digues ont été élevées – des  gigantesques caches misère de pierre.

Evidement lorsque je me mets à parler en anglais au gardien, il me fait un immense sourire pensant que je suis un client, et il me laisse accéder à la plage. En quelques instants, je passe du bidonville à un décor de calme et de volupté…  les deux digues font bien leur travail. Elles ne bloquent pas les vagues mais la vue des touristes.

Cet hôtel c’est l’autre face de Bandar Abbas. Une ville prisée des touristes iraniens, qui viennent ici pour profiter de la mer et de la zone de duty free toute proche. Cet autre visage, je continue de le découvrir le lendemain lorsque 2 iraniens, rencontrés au hasard d’une station service m’invitent à manger. Nous nous rendons plus à l’Est dans la ville, dans les quartiers chics. C’est en grand décalage avec ce que j’ai vu la veille. Ici des immeubles modernes et quelques tours ont poussées. Le quartier accueillent les aisés et très aisés. Mes hôtes m’expliquent que beaucoup de personnes ici vivent entre les Emirats et l’Iran. Cela explique surement les nombreuses plaques d’immatriculation “Dubai export” sur des véhicules de luxe.
L’autre visage de Bandar se dévoilent aussi à moi lorsque je vais fumer une chicha avec eux. Nous nous rendons dans un café avec un immense jardin extérieur. Pour la première fois je goute au tabac parfumé à l’orange. C’est pas mal mais ce qui est encore mieux c’est d’observer autour de moi. Observer les jeux de séductions entre groupes de filles et groupes de garçons qui sont assis en face de l’autre. Les filles sont voilées, bien sur c’est la loi, mais habillées de manière très fashion. Jeans moulant, jolies escarpins à talon, maquillage sophistiqué, dur de ne pas sentir l’influence des Emirats si proche. Elles discutent en buvant leur thé, font quelques sourires à ces messieurs tout en fumant un narguilé. Une image que beaucoup d’Occidentaux auraient du mal à imaginer de l’Iran… et pourtant.
Banddar Abbas, une ville complexe, dont je découvre une dernière facette le lendemain. En me promenant une nouvelle fois à coté de la plage, j’observe un drôle de manège en face de moi. Des petits bateaux type zodiacs, arrivent les uns à la suite des autres chargés de cartons. Sur la plage une rangée de voitures, coffre ouvert, les attendent. Plusieurs personnes déchargent leur contenu à la hâte et charge les voitures. Intrigué et je prends une photo… la photo de trop puisque 3 gros bras débarquent et m’expliquent en farsi (sous titré avec les gestes qui vont bien) que si je continue, les choses vont mal tourner pour moi.

Gentil et très obéissant, je leur réponds par un immense sourire et continue mon chemin tout en observant le spectacle. En fait les zodiacs font la navette avec des bateaux au large et livrent de la marchandise, sans passer par la case douane. Que contiennent ces mystérieux cartons, je ne le serais pas, mais avec le nombre de produits prohibés dans le pays, la liste des possibles est longue. Peut-être aurais-je finalement du leur proposer de les aider à décharger ???
Bandar Abbas, une ville aux multiples faciès qui m’a séduit sans que je m’y attende. C’est ma dernière étape iranienne et je suis au port. Mon bateau pour Dubai est dans quelques heures. Il fait déjà plus de 30 degrés, alors que nous sommes sensés être au plus fort de l’hiver…

Et un pêle-mêle, un!

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18 Comments

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Les Passengers, Les Passengers. Les Passengers said: New post available – Bandar-Abbas: l’autre Iran… http://goo.gl/fb/1Ubn5 […]

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  3. hi dear how are you?
    dont forget me? send e mail
    have a nice time anto

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  5. Bel article, passionnant on voudrait en savoir plus sur cette ville si complexe et ces habitants. Des femmes portent des masques?
    Les photos sur le marche aux poissons sont impressionnantes!

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    Les photos sur le marche aux poissons sont impressionnantes!

  7. merci pour les photos

    1. @jocelyne: bienvenue 😉

  8. merci pour les photos

    1. @jocelyne: bienvenue 😉

  9. Effectivement, Bandar Abbas ne ressemble à aucun autre endroit d’Iran. C’est une ville charmante que j’adore moi la française mariée à un “banderi”. Les gens sont ouverts, joyeux et le vent du large semble ouvrir les esprits. Les femmes portent des masques mais c’est plutôt pour ne pas bruler leur visage. A Queshm, une ile au large de Badar Abbes, presque toutes les femmes le portent. A côté de ça, elles sont presque habillées à l’européenne sous leur chadors banderis colorés (sorte de grand chale porté sur la tête et rabatu comme une toge sur l’épaule) et fleuris. J’adore cette ville qui est un croisement entre l’Inde et l’Afrique.

  10. Effectivement, Bandar Abbas ne ressemble à aucun autre endroit d’Iran. C’est une ville charmante que j’adore moi la française mariée à un “banderi”. Les gens sont ouverts, joyeux et le vent du large semble ouvrir les esprits. Les femmes portent des masques mais c’est plutôt pour ne pas bruler leur visage. A Queshm, une ile au large de Badar Abbes, presque toutes les femmes le portent. A côté de ça, elles sont presque habillées à l’européenne sous leur chadors banderis colorés (sorte de grand chale porté sur la tête et rabatu comme une toge sur l’épaule) et fleuris. J’adore cette ville qui est un croisement entre l’Inde et l’Afrique.

  11. Bonjour,
    Merci pour cet article.
    J’aurais bien aimé avoir plus de détails sur cette Lizzie dont vous parlez. Est-ce une fuite de l’Iran par ce port ?
    J’écris un roman et j’aimerais en savoir plus sur cette histoire.
    Avec mes remerciements, cordialement
    Micheline Peretti

    1. Bonjour Micheline,
      Lizzie est ma moto qui a hérité d’un surnom. Vous pouvez en savoir plus ici
      http://www.lespassengers.com/les-passengers/
      Je n’ai pas fui l’Iran pourquoi fuir d’ailleurs? J’ai juste choisi de quitter le pays par la mer en direction de Dubai.
      L’autre porte de sortie de l’Iran était le Balouchistan pour ensuite traverser le Pakistan. Cette route était très incertaine car cette zone irano-pakistanaise est sous contrôle militaire et c’est pour cela que j’ai choisi de prendre le bateau.
      Heureux en tous les cas de voir que vous lisez mon blog pour votre nouveau roman. j’espère que vous y trouverez de l’inspiration. N’hésitez pas à me contacter éventuellement par mail.
      Pouvez-vous m’en dire plus sur votre roman?

  12. Bonjour,
    Merci pour cet article.
    J’aurais bien aimé avoir plus de détails sur cette Lizzie dont vous parlez. Est-ce une fuite de l’Iran par ce port ?
    J’écris un roman et j’aimerais en savoir plus sur cette histoire.
    Avec mes remerciements, cordialement
    Micheline Peretti

    1. Bonjour Micheline,
      Lizzie est ma moto qui a hérité d’un surnom. Vous pouvez en savoir plus ici
      http://www.lespassengers.com/les-passengers/
      Je n’ai pas fui l’Iran pourquoi fuir d’ailleurs? J’ai juste choisi de quitter le pays par la mer en direction de Dubai.
      L’autre porte de sortie de l’Iran était le Balouchistan pour ensuite traverser le Pakistan. Cette route était très incertaine car cette zone irano-pakistanaise est sous contrôle militaire et c’est pour cela que j’ai choisi de prendre le bateau.
      Heureux en tous les cas de voir que vous lisez mon blog pour votre nouveau roman. j’espère que vous y trouverez de l’inspiration. N’hésitez pas à me contacter éventuellement par mail.
      Pouvez-vous m’en dire plus sur votre roman?

  13. Bonjour,
    Je viens de lire votre réponse.
    Écrivez-moi sur mon e-mail, je vous parlerai de mon roman.
    Amicalement

  14. Bonjour,
    Je viens de lire votre réponse.
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    Amicalement

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