Dévasté par l’Ouragan Katrina en 2005 qui a fait 2000 morts et plus de 105 milliards de dollars de dégâts (pour rappel, le grand format sur de slate.fr), la ville de La Nouvelle-Orléans a changé de visage. Ce monstre naturel a détruit de nombreux quartiers et beaucoup d’habitants se sont retrouvés sans rien après son passage. 8 ans plus tard et malgré d’importants efforts de reconstruction, les cicatrices sont encore visibles en de nombreux endroits de la ville. Sous le choc et ayant tout perdu, de nombreux habitants ont préféré ne jamais revenir habiter sur place, faisant plonger du même coup les prix de l’immobilier, chute encore amplifiée par la crise économique et financière qui a touché les USA en 2007.

Une demi-décennie plus tard, la vie reprend doucement dans cette touristique ville de Louisiane, et la demande de main d’oeuvre est de plus en plus grande. Cette reprise couplée à un départ massif d’habitants entraine un important besoin de main d’oeuvre. Le marché du travail dynamique couplé à des prix de l’immobilier très bas et à une vie culturelle riche, poussent de plus plus de jeunes américains à venir s’installer sur place.

Lentement, les vieilles maisons à moitié détruites sont rachetées pour des bouchées de pain, et retapées par de jeunes actifs venus tenter leur chance dans le Sud. Des ruines renait lentement la vie.

Cela fait une semaine que je suis à La Nouvelle-Orléans. Mes journées sont toutes bien occupées, entre balades en ville, visites de monuments, et concerts dans des clubs de jazz, mais j’en ai conscience: il faut que je reprenne la route. Pas facile d’autant que c’est la derniere semaine de l’année, et que je déteste passer les fêtes loin des miens.

rien de mieux qu’une guitare, un peu de bière et 10 hippies pour passer un bon réveillon de nouvelle an…

Deux voyageuses canadiennes, que j’ai rencontrées sur place (souvenez-vous), reprennent leur vol en direction de Toronto le 30 décembre pour aller célébrer le nouvel an chez elle. Nous restons seuls moi et Lilia, une danseuse Québécoise venue chercher l’inspiration sur place.

Alors j’hésite à reprendre la route et passer le réveillon en solo avec Lizzy ma moto, le manager de l’hostel nous apprend que beaucoup de personnes ont réussi à avoir des promos voyages, que toutes les chambres sont réservées pour la nuit de la Saint Sylvestre. Il nous faut donc quitter les lieux.
Coup de chance, Lilia a rencontré le soir même une joyeuse troupe de hippies qui évoluent dans le domaine de la
musique et de la peinture, et qui sont en colloc dans une maison non loin du quartier français.

La demi-douzaine de babas cools sont arrivés sur place des quatre coins des USA au cours des deux dernières années, attirés par des loyers aussi bas que le taux de chômage, et par le dynamisme culturelle de la ville.

Leur motivation pour bosser a décliné plus rapidement que leur enthousiasme pour la musique, et pour réduire les frais, ils se sont regroupés en communauté et louent une grande maison qu’ils  partagent. En entrant, impossible de ne pas repenser aux images des festivals de Woodstocks, d’autant que le style vestimentaire de certains est dans la droite lignée.

Je commence à plier mes affaires, lorsque Lilia me propose de passer le réveillon avec son équipe de “Peace & Love” et de m’héberger pour deux nuits. J’hésite mais elle me convainc en me disant que nous cuisinerons pour toutes l’équipe: ça tombe bien j’adore cuisiner pour la collectivité. Le deal est fait. C’est le dernier réveillon que je devrais passer sur la route. J’espère qu’il sera à la hauteur de celui célébré à Téhéran, avec mon ami Doudou, un jour avant qu’il ne se retrouve dans les geôles iraniennes (souvenez-vous), ou du suivant en 2012, perdu au beau milieu de la Patagonie Argentine non loin de la Grottas de Los Manos (souvenez-vous aussi).

C’est ainsi que je me retrouve dans cette drôle de maison, située dans un des quartiers réputé être le plus dangereux de La Nouvelle-Orléans (elle même réputée pour être l’une des villes les plus dangereuses des Etats-Unis: il ne faut pas croire tout ce que l’on entend…). Tandis que nous cuisinons  ce que nous avons pu trouver dans les rares magasins encore ouverts un 31 décembre à 21h00, une dizaine de personnes, assis en rond au milieu du jardin à la végétation anarchique, joue de la guitare et pousse la chansonnette.

veste en fourrure et chapon melon? what else?

Le repas est simple la compagnie est bonne. Nos patates sautées et les morceaux de poulet rôti et de saucisse ont du succès. Après le repas, la troupe vote pour décider de la suite du programme. Le résultat est unanime: nous allons voir le feu d’artifice. Nous partons à 12 à travers les rues bondées de la ville. Le taux d’alcoolémie moyen dans les rues de la ville est déjà élevé, pourtant, il n’est que 23h00. Mes comparses ne sont pas très disciplinés et à chaque carrefour, ils s’arrêtent pour discuter avec des passants, chanter une chanson où faire quelques pas de danse. Moins de 15 minutes après avoir quitté la maison, nous avons déjà perdu trois personnes.
Confronté à la difficulté d’avancer en groupe, je décide de continuer en duo avec Lilia, en direction des berges du Mississippi, afin de ne pas rater le spectacle pyrotechnique. Bien m’en a pris, puisque j’arrive en face de la rivière au moment où la première fusée illumine le ciel.
L’ambiance est bonne et de nombreuses personnes font sauter des bouchons le champagne, tandis que le feu d’artifice se reflète dans les eaux du Mississippi. C’est le 3ème réveillon que je passe au bout du monde, et vraisemblablement le dernier de ce tour du monde. Je ne suis plus qu’à 3000 kilomètres de New York et je n’ai jamais senti la Statue de la Liberté être aussi proche. Je devrais y être dans moins d’un mois… Peut-être que ça sera cela ma bonne résolution de 2013: enfin boucler la boucle… C’est décidé, demain je reprend la route!
Et en passant, bonne année à tous!

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