Nous nous sommes rendus au Kosovo par curiosité. On en avait beaucoup entendu parler, certainement comme vous, à la télé. Kosovo ca rimait pour nous, et certainement pour vous aussi, avec guerre, réfugiés, transfert de population…

On s’est dit qu’on ne fera que traverser, parce que ça doit craindre. On passe la frontière depuis l’Albanie. Le passage de douane est rassurant ; les douaniers très pros prennent le temps de nous parler calmement et en anglais pour nous expliquer les soucis d’assurance (on est déjà briefé, j’ai eus les mêmes en Bosnie ;-)).

Ca paraît bête mais ca compte : le douanier, c’est le premier autochtone que l’on rencontre, et ça donne en générale une bonne idée de ce à quoi s’attendre pour la suite.

On roule un peu, et on traverse plusieurs villages, qui nous font plutôt bonne impression. Les gens nous font de grands signes de mains pour nous dire bonjour. Beaucoup de bâtiments sont en (re)construction.  Pas les traces de guerres auxquelles on s’attendait. On continue jusqu’à Prizren, la plus grande ville du Sud du pays.

Arrivés, on longe les bords de la rivière; vu l’animation dans la rue, la multitude de cafés et de bars, on se dit que c’est quand même dommage de ne pas s’arrêter quelques minutes pour prendre un café et voir un peu ce qui se trame.

On se promène sur la place centrale, juste en face de la mosquée et de l’église, et on est surpris que l’ambiance soit si douce. Alors doucement les préjugés tombent ; on veut passer une soirée là-bas, non plus par curiosité, mais parce que l’énergie qui se dégage est communicative et que nous aussi on a envie de se mêler à tous ces gens et de prendre une bière en terrasse avec eux.

Cette décision est l’une des meilleures que nous avons prise depuis le début de notre périple. En plus d’apprécier la vieille ville de Prizren, nous pouvons aussi rencontrer des gens intéressants et attachants.

Xhevdet est l’ancien directeur du théâtre de la ville. Il travaille maintenant pour une ONG qui promeut la culture au Kosovo. Il nous offre la première édition de son magazine mensuel destiné aux rares touristes qui comme nous se sont aventurés ici. Il nous invite à partager des bières avec lui et ses amis à la terrasse d’un bar très tendance du centre ville. La scène paraît tirée d’un film. Pendant que nous buvons nos bières, l’imam lance son appel à la prière. Cela pourrait surprendre, mais ici tout semble tellement normal. La discussion est instructive. Xhevdet nous parle des différentes troupes de théâtre de la ville. Des pros, des amateurs, des Roms aussi ont leur propre troupe. Et puis la conversation est troublée par un bruit sourd: 3 hélicoptères passent dans le ciel ; l’un d’eux tire un grand drapeau allemand derrière lui.

« It is nothing, it is just the KFOR » nous dit Xhevdet.

Et oui curieux, nous sommes dans un café très agréable, entrain d’avoir une conversation que nous pourrions avoir n’importe ou ailleurs, mais on l’oublierai presque, la zone est sous tension et la présence de forces internationales est importante. A cela aussi notre hôte s’est habitué. 3 hélicoptères, pas vraiment de quoi bouleverser le quotidien.

Quand on lui demande pourquoi ils survolent la ville à si basse altitude, il nous répond simplement
“They probably don’t even know themself. Maybe it is one of the guys birthday or something”

Et oui la force de caractère c’est aussi cela. On ne lui a pas demandé si les militaire turcs qui patrouillent la ville armés en 4×4 célébraient eux aussi une fête locale.

Quand il apprend que nous voyageons à moto, il contacte l’un de ses amis. Bujar, apparemment un célèbre motard du Kosovo.
Bujar, nous le rencontrons à 21h00 dans le bar qu’il tient. L’Hemingway en hommage à son Papa et sa passion pour la littérature. L’Hemingway, c’est un pub animé. Les clients locaux y défilent plus vite qu’on ne peut les compter. Mais Bujar ce qui nous rapproche de lui (outre la bière kosovarde que nous aimons aussi bien), c’est sa passion pour la moto.

Ce n’est pas un « simple motard ». C’est le président de l’association des motards du Kosovo, qui regroupe 23 membres. C’est aussi l’heureux détenteur d’une BMW 1200GS, et ça aussi ça nous rapproche. La conversation s’enclenche facilement et nous apprenons qu’il n’y a que 2 GS dans tout le Kosovo. Nous sommes assez fiers puisque notre entrée dans le pays a permis d’en doubler le nombre l’espace de deux jours.

Mais la discussion autour d’un sujet aussi banal que la passion d’une personne pour la moto nous permet d’en comprendre un peu plus sur la situation. Le Kosovo n’est pas officiellement reconnu par une multitude de pays. Il a pris son indépendance de la Serbie en 2004, et c’est resté en travers de la gorge de ce grand voisin, qui considère ce territoire comme le berceau de son identité. Ces problèmes qui pourraient paraître abstraits posent des difficultés, bien concrètes elles.

Il n’y a pas de concession BMW Motorrad au Kosovo (ah bon, comme c’est curieux ?), pourtant Bujar comme n’importe quel motard a besoin de faire réviser sa machine régulièrement. Il pourrait aller à Belgrade pour la faire, oui mais voilà, les Serbes n’acceptent pas les Kosovars sur leur territoire. La Croatie ou l’Allemagne ne sont pas si loin, mais la aussi, problème : les Kosovars ont besoin d’un visa pour aller dans tous les pas du monde sauf la Macédoine et l’Albanie. Pas très facile donc de faire changer un pneu en urgence quand il faut passer par la case formalité administrative. Inutile de vous dire que la raison « Vidange d’huile et changement de filtre à air sur ma BMW 1200GS » quand on demande un visa et qu’on est Kosovar n’est pas facile à argumenter.

L’ironie de l’histoire, c’est que personne n’a besoin de visa pour entrer au Kosovo…

La soirée s’éternise pas mal, et Bujar nous donne un itinéraire à travers les montagnes pour rejoindre la Macédoine. Ces routes il les connaît bien : puisque pendant 3 ans il ne pouvait aller nulle part ailleurs qu’au Kosovo, en Macédoine et en Albanie pour assouvir sa soif de route. On essaie de le décider à faire la route avec nous, mais c’est dur de faire l’aller retour en une journée, il décline donc la proposition poliment.

Quoi qu’il en soit, la soirée est excellente et les rencontres que nous faisons sont passionnantes. L’exemple idiot de la révision de ma GS, quand je compare notre cas à celui de ce motard Kosovar vient nous rappeler violemment la chance que nous avons.
Bujar est plein de projets : son prochain défi, traverser l’Afrique à moto. Les problèmes administratifs se posent encore mais il en faudra plus que ça pour le décourager. On lui souhaite que ce ne soit qu’une question de temps.

Nous traversons la place principale de la ville pour rentrer. Elle regorge de Monde et particulièrement de jeunes venus faire la fête en ce samedi soir. L’électricité est coupée depuis 3 heures maintenant, mais tout le monde ou presque à des générateurs, ce qui rend la coupure quasi transparente, et ne vient certainement pas gâcher la soirée.

3 Comments

  1. Montesquieu a dit: Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux.
    (Extrait de Sur l’Homme)
    Ainsi, au fil du temps, d’un pays à l’autre, de rencontre en rencontre, en laissant de coté vos a prioris et vos préjugés, vous découvrez un peu plus le genre humain et vous partagez ces moments avec nous.
    Merci et Bravo, vous étes GENIAUX !!!

    1. @Armand et Vivianne,
      Merci mais arrêtez, vous allez nous faire rougir 😉
      Batchigs.

  2. @Armand et Viviane: merci beaucoup. Vous nous faites rougir…

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