{"id":5512,"date":"2013-02-02T20:12:43","date_gmt":"2013-02-02T20:12:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lespassengers.com\/?p=5512"},"modified":"2021-06-07T15:50:40","modified_gmt":"2021-06-07T15:50:40","slug":"welcome-to-tijuana-tequila-sex-and-marijuana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/2013\/02\/02\/welcome-to-tijuana-tequila-sex-and-marijuana\/","title":{"rendered":"Welcome to Tijuana, Tequila Sex and Marijuana&#8230;"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_5855\" aria-describedby=\"caption-attachment-5855\" style=\"width: 479px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-5855   \" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/IMG_4108_test-1.jpg\" alt=\"IMG_4108_test\" width=\"479\" height=\"319\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5855\" class=\"wp-caption-text\">On the way to Tijuaa<\/figcaption><\/figure>\n<p>Welcome to Tijuana, Tequila Sex and Majiuana\u2026 la seule chose que je connaissais de Tijuana avant d\u2019arriver sur place se r\u00e9sumait aux paroles de cette chanson mondialement connue de Manu Chao. Ce n\u2019\u00e9tait pas beaucoup je le reconnais, mais franchir la fronti\u00e8re sur place m\u2019a permis de rattraper ce retard.<br \/>\nTijuana est non seulement le plus gros poste fronti\u00e8re entre les Etats-Unis et le Mexique, mais aussi le plus gros poste fronti\u00e8re du Monde, avec une moyenne de 137 000 pi\u00e9tons et 47 000 v\u00e9hicules qui la franchissent chaque jour.<\/p>\n<p>Elle ne ressemble \u00e0 aucune autre fronti\u00e8re que j\u2019ai pu voir auparavant; la route qui y m\u00e8ne ne se r\u00e9tr\u00e9cit pas \u00e0 ses abords mais s\u2019\u00e9largit au contraire pour se diviser en une vingtaine de voies rappelant \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre un poste de p\u00e9age sur l\u2019autoroute A6.<\/p>\n<p>Les embouteillages y sont permanents. Des files de v\u00e9hicules attendent \u00e0 allure r\u00e9duite de pouvoir passer cot\u00e9 am\u00e9ricain. A 500m des barri\u00e8res, les chauffeurs sont tenus d&#8217;ouvrir leur coffre et de baisser leurs fen\u00eatres. A partir de l\u00e0, les agents de douanes am\u00e9ricaines accompagn\u00e9s par des chiens anti-drogue arpentent les longues files de voitures tandis que d&#8217;autres inspectent le dessous des caisses \u00e0 l\u2019aide d\u2019un miroir fix\u00e9 le long d\u2019une grande perche.<br \/>\nUn v\u00e9hicule est r\u00e9guli\u00e8rement sorti du flot et est int\u00e9gralement fouill\u00e9. Les malheureux sur qui la mal\u00e9diction s\u2019abat voient d\u00e9sosser leur voiture pendant une demi heure, avant de devoir eux-m\u00eames tout recharger \u00e0 bord.<br \/>\nUne fois ces inspections faites, les v\u00e9hicules arrivent au niveau d\u2019une guitoune o\u00f9 sont r\u00e9gl\u00e9es les formalit\u00e9s d\u2019immigration. Les Mexicains ont le droit d\u2019entrer au USA sans visa s\u2019ils restent dans une zone s\u2019\u00e9tendant sur 30 kilom\u00e8tres autour de la fronti\u00e8re. Au del\u00e0 il leur faut un visa.<\/p>\n<p>J\u2019arrive \u00e0 la gare routi\u00e8re de Tijuana. La ville a mauvaise r\u00e9putation et je choisis de ne pas m\u2019y \u00e9terniser. Il n\u2019y a de toute fa\u00e7on pas grand chose \u00e0 faire sur place si l\u2019on m\u2019est \u00e0 part prostitution et drogue bon march\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5858\" aria-describedby=\"caption-attachment-5858\" style=\"width: 491px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-5858  \" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/IMG_4156_test-1.jpg\" alt=\"IMG_4156_test\" width=\"491\" height=\"235\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5858\" class=\"wp-caption-text\">arriv\u00e9e \u00e0 la gare de bus de Tijuana<\/figcaption><\/figure>\n<p>A peine arriv\u00e9, je saute imm\u00e9diatement dans un collectivo en direction de la fronti\u00e8re. Comme toujours, relier un point \u00e0 un autre en collectivo prend une \u00e9ternit\u00e9, car pour rentabiliser son camion, le chauffeur s\u2019arr\u00eate tous les 100m pour charger de nouveaux passagers, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 d\u00e9vier de son itin\u00e9raire normal pour optimiser la rentabilit\u00e9 de son business.<\/p>\n<p>Je suis dans le minibus depuis une vingtaine de minutes. En face de moi, un jeune d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es portant lunettes de soleil et petit attach\u00e9 case. Il est mont\u00e9 dans le bus en m\u00eame temps que moi, et n\u2019a \u00e9chang\u00e9 mot avec personne. Le bus continue cahin caha sa route \u00e0 travers la ville depuis une quinzaine de minutes, lorsqu&#8217;il se met \u00e0 s&#8217;agiter sur son si\u00e8ge; soudain tous les muscles de son corps se raidissent. Il est saisi de violentes convulsions et semble perdre le contr\u00f4le de lui-m\u00eame. Surpris je le regarde quelques secondes avant qu\u2019il ne s\u2019effondre face contre sol. Il bave et ses convulsions sont si violentes qu\u2019il se cogne \u00e0 plusieurs reprises contre les montants m\u00e9talliques des si\u00e8ges.<\/p>\n<p>Ma surprise pass\u00e9e, je me rends compte qu\u2019il est victime d&#8217;une tr\u00e8s violente crise d\u2019\u00e9pilepsie. Devenu incontr\u00f4lable, il est maintenant dangereux pour lui-m\u00eame et pour les autres passagers. Je me jette sur lui pour tenter de l\u2019immobiliser mais le gaillard est costaud et j\u2019ai des difficult\u00e9s \u00e0 le maintenir au sol.<\/p>\n<p>La dizaine de passagers du bus me regarde ahurie et effray\u00e9e, tandis que le conducteur continue tranquillement son chemin continuant de marquer ses arr\u00eats comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Apr\u00e8s quelques secondes et alors que l\u2019homme au sol se met \u00e0 baver et \u00e0 vomir du sang, un autre passager vient me pr\u00eater mains forte en lui maintenant les \u00e9paules. Ses convulsions sont toujours aussi violentes mais nous parvenons \u00e0 l\u2019immobiliser.<br \/>\nIl est int\u00e9ressant de voir dans une situation de stress comme celle l\u00e0 ses propres r\u00e9actions. De nombreuses questions me traversent l\u2019esprit\u00a0: Est-ce un toxicomane\u00a0? Ferait-il une overdose? Que faire s\u2019il reprend ses esprits sans se souvenir de ce qui s\u2019est pass\u00e9\u00a0et croit \u00e0 une agression? Que faire s\u2019il est arm\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Je suis moi-m\u00eame surpris des choses auxquelles je pense \u00e0 cet instant, puis je regarde mes mains qui sont pleines de bave et de sang. Je r\u00e9alise alors qu\u2019il s\u2019est mordu et pire\u2026 qu\u2019il est entrain d\u2019avaler sa langue. J\u2019essaie d\u2019expliquer \u00e0 l\u2019homme qui m\u2019aide \u00e0 le maintenir qu\u2019il faut que nous le mettions sur le cot\u00e9. Je r\u00e9alise alors \u00a0que mes progr\u00e8s en espagnol sont r\u00e9els mais toujours pas suffisants pour expliquer la position lat\u00e9rale de s\u00e9curit\u00e9. Apr\u00e8s quelques secondes d\u2019incompr\u00e9hension, je finis par le d\u00e9placer moi-m\u00eame tout en lui maintenant le bassin avec mes jambes.<br \/>\nDes id\u00e9es farfelues continuent \u00e0 me passer par la t\u00eate\u00a0: je suis dans l\u2019une des villes les plus dangereuses du monde, en train de manipuler un parfait inconnu qui s&#8217;\u00e9touffe, que dois-je faire\u00a0? Faire attention \u00e0 moi et consid\u00e9rer qu\u2019il est peut-\u00eatre malade et contagieux, ou bien agir par instinct et lui sortir la langue avant qu\u2019il ne l\u2019avale et ne s\u2019\u00e9touffe\u00a0?<br \/>\nMes propres r\u00e9ticences me g\u00eane alors que la situation demande de r\u00e9agir rapidement; j\u2019imagine que c\u2019est la nature humaine. Je finis par lui d\u00e9placer la t\u00eate parvenant \u00e0 lui faire desserrer les dents. Les convulsions se calment et ses pupilles qui \u00e9taient parties dans le n\u00e9ant r\u00e9apparaissent.<\/p>\n<p>Durant toute la sc\u00e8ne, tout le monde a observ\u00e9 la sc\u00e8ne. Alors que la tension redescend je demande si quelqu\u2019un a appel\u00e9 les secours. Personne ne r\u00e9pond et je hausse le ton. Le chauffeur me tend son t\u00e9l\u00e9phone bien que je sois toujours \u00e0 califourchon sur le malheureux. Exasp\u00e9r\u00e9 je lui hurle d\u2019aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et le menace physiquement dans le cas o\u00f9 il s\u2019arr\u00eaterait une fois de plus pour remplir son bus en route. Je ne sais si c&#8217;est ma barbe de 2 semaines, mon crane ras\u00e9 ou le sang sur mes mains qui l\u2019impressionne, mais il s\u2019ex\u00e9cute et prend enfin la route de l\u2019h\u00f4pital.<br \/>\nHeureusement nous en sommes proche. Le bus arrive \u00e0 vive allure en face de la barri\u00e8re des urgences. Surpris de nous voir arriver si vite, l\u2019agent de s\u00e9curit\u00e9 braque son fusil \u00e0 pompe sur le chauffeur. Il ne manquait plus que cela\u2026 je lui crie de monter voir \u00e0 bord ce qui se passe. Mi-apeur\u00e9, mi-surpris d\u2019entendre mon accent de gringo, il monte \u00e0 bord en pointant cette fois-ci son arme sur moi. Lorsqu\u2019il voit la mare de bave et de sang dans laquelle moi et mon acolyte pataugeons, il s\u2019excuse et ouvre la barri\u00e8re. Nous arrivons enfin devant la porte des urgences, o\u00f9 un ambulancier vient prendre le relais. Welcome to Tijuana\u2026<\/p>\n<p>Je retourne m\u2019asseoir. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 de l\u2019appr\u00e9hension par rapport \u00e0 la r\u00e9action des douanes am\u00e9ricaines \u00e0 la vue des tampons sur mon passeport, mais je n\u2019avais pas envisag\u00e9 qu\u2019en plus d\u2019avoir un visa iranien, j\u2019arriverai aussi couvert de sang\u2026<\/p>\n<p>Une dizaine de minutes apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 l\u2019h\u00f4pital, le chauffeur me dit que je suis arriv\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re. Je ne vois rien qu\u2019une file interminable de personnes. Sur ma droite j\u2019aper\u00e7ois d\u2019immenses miradors et un mur de barbel\u00e9s qui court aussi loin que porte mon regard. Le mur ainsi que la zone de No Mans Land construits pour s\u00e9parer les USA du Mexique commencent ici\u00a0: cela ne fait donc aucun doute, je suis arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Je m\u2019approche d\u2019une personne et lui demande si c\u2019est bien la file d\u2019attente pour passer la fronti\u00e8re. Elle sourit et me demande si c\u2019est la premi\u00e8re fois que je suis l\u00e0. Je confirme et elle m\u2019explique qu\u2019il faut que je suive la file jusqu\u2019au bout et que c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019il faudra que j\u2019attende. En temps normal ajoute-t-elle, cela prend au moins 2h30.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5856\" aria-describedby=\"caption-attachment-5856\" style=\"width: 491px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-5856  \" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/IMG_4177_test-1.jpg\" alt=\"IMG_4177_test\" width=\"491\" height=\"307\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5856\" class=\"wp-caption-text\">la file d&#8217;attente pour traverser la fronti\u00e8re<\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s 12 heures pass\u00e9es dans un bus, je suis fatigu\u00e9 et je pue. Pour ajouter \u00e0 cela, je ne supporte plus de voir mes mains baveuses et ensanglant\u00e9e. R\u00e9alisant l\u2019interminable file d\u2019attente qui m\u2019attend, je d\u00e9cide de ne pas prendre le risque de me faire refouler et choisis d\u2019aller imprimer des documents me permettant de justifier les multiples \u00e9tapes de mon voyage. Probl\u00e8me, il n\u2019y a pas d\u2019internet caf\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re. Tous se trouvent en centre-ville me dit-on.<\/p>\n<p>Tijuana \u00e9tait une petite ville de campagne de moins de 100 000 habitants il y a 20 ans, mais du fait de l\u2019attractivit\u00e9 des Etats-Unis et du nombre exponentiels de travailleurs frontaliers, c\u2019est aujourd\u2019hui une ville de plus de 3 millions d\u2019habitants qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re aussi fulgurante qu\u2019anarchique. Hors de question de retourner dans le centre ville.<\/p>\n<p>De part mon exp\u00e9rience, j\u2019ai appris que qui dit &#8220;zone frontali\u00e8re&#8221;, dit agents de d\u00e9douanement. Ces agents aident, moyennant finances, compagnies et particuliers \u00e0 d\u00e9douaner leurs cargaisons. Ils connaissent les techniques, les personnes \u00e0 qui parler o\u00f9 parfois celles \u00e0 qui glisser la pi\u00e8ce, et permettent d\u2019effectuer en quelques jours des formalit\u00e9s qui peuvent autrement prendre plusieurs semaines voir plusieurs mois.<\/p>\n<p>Qui dit agents de d\u00e9douanement dit naturellement imprimante puisque la paperasse est le c\u0153ur de leur business. C\u2019est donc eux qu\u2019il faut que je trouve. Je traverse le pont qui enjambe les 7 couloirs de passages de fronti\u00e8re et me rends dans la zone commerciale qui jouxte celle-ci.<\/p>\n<p>Dans une suite de ruelles, se succ\u00e8de un m\u00e9lange \u00e9clectique de pharmacies, dentistes, chirurgiens esth\u00e9tiques, bars \u00e0 alcool et bars \u00e0 putes\u2026 Rien de bien \u00e9tonnant quand on consid\u00e8re que l\u2019on se trouve \u00e0 10 kilom\u00e8tres de San Diego et 200 kilom\u00e8tres de Los Angeles. Avec un prix de l\u2019alcool pr\u00e8s de deux fois inf\u00e9rieur, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des m\u00e9dicaments sans ordonnance et des prestations sant\u00e9 entre 5 et 10 fois moins chers (faux nibars y compris), rien d\u2019\u00e9tonnant non plus \u00e0 ce que beaucoup de Californiens soient tent\u00e9s de traverser la fronti\u00e8re pour venir se faire soigner ou simplement pour faire leur shopping.<\/p>\n<p>En continuant, je finis par trouver ces fichus agents de d\u00e9douanement. Je rentre dans un premier bureau. Deux superbes Mexicaines de moins de 20 ans tiennent la baraque. L\u2019une est en train de chatter sur facebook tandis que l\u2019autre se d\u00e9frise les cheveux tout en se faisant une manucure. Je leur explique mon souci; elles acceptent de m\u2019aider pour imprimer mes papiers. Probl\u00e8me, le seul ordinateur qu\u2019elles ont \u00e0 leur disposition \u00e0 un disque dur plein et il est si lent qu\u2019au bout de 45 minutes, nous ne sommes arriv\u00e9s \u00e0 rien. En d\u00e9sespoir de cause, l\u2019une des deux appelle en renfort un coll\u00e8gue de la boutique d\u2019\u00e0 cot\u00e9.<\/p>\n<p>Une petite trentaine, rondouillard, il n\u2019est pas d\u2019un grand secours et gal\u00e8re autant que les deux filles.\u00a0En revanche, lorsque j\u2019enclenche la conversation avec lui, il m\u2019apprend pas mal de choses int\u00e9ressantes. A ma question de savoir s\u2019il se rend souvent aux Etats-Unis dans le cadre de son travail d\u2019agent d\u2019import\/export, il me r\u00e9pond \u00a0que non car il est interdit d\u2019Etats-Unis apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 dans la zone tampon en possession de stup\u00e9fiants. A peine ai-je lev\u00e9 un sourcil de surprise qu\u2019il enchaine en me disant qu\u2019il n\u2019a de toute fa\u00e7on rien \u00e0 faire aux Etats-Unis, et que s\u2019il souhaitait quand m\u00eame s&#8217;y rendre, il franchirait ill\u00e9galement la fronti\u00e8re. A mon \u00e9tonnement et ma remarque concernant le mur et le No Mans Land mis en place par les US, il me r\u00e9pond sans sourciller que moyennant 2500 dollars, ce n\u2019est pas un souci de franchir le mur. Info\/Intox, je ne le saurai jamais mais je reste tr\u00e8s surpris\u2026<br \/>\nCela fait maintenant plus d\u2019une heure que je suis dans la boutique et word n\u2019est toujours pas lanc\u00e9. R\u00e9alisant que je perds mon temps, je remercie tout le monde et file dans la boutique d\u2019\u00e0 cot\u00e9. Le patron est d\u2019abord r\u00e9tissant m\u2019expliquant que de peur des virus, il ne veut pas connecter un disque \u00e0 son ordinateur, et puis devant mon insistance, il finit par accepter d\u2019imprimer le papier si je le lui envoie par mail. 10 minutes plus tard, j\u2019ai mes justificatifs en poche.<\/p>\n<p>L\u2019heure a bien tourn\u00e9 et j\u2019ai l\u2019estomac qui crie famine. J\u2019aper\u00e7ois au loin un M jaune familier\u00a0: Mc Donald. Je d\u00e9teste manger un burger, et encore plus lorsque je suis dans un pays o\u00f9 la street food est une tradition, mais j\u2019ai envie d\u2019aller le plus vite possible. Cela fait d\u00e9j\u00e0 3 heures que je suis \u00e0 Tijuana et je n\u2019ai pas encore commenc\u00e9 les formalit\u00e9s d\u2019entr\u00e9e aux US.<\/p>\n<p>J\u2019entre dans le McDo et je suis \u00e9tonn\u00e9 du nombre de madames tr\u00e8s courtes v\u00eatue attabl\u00e9es. Plusieurs se maquillent tandis qu\u2019une autre remonte ses bas r\u00e9silles. Curieux, je souris \u00e0 l\u2019une d\u2019entre elles tout en commandant mon Big Mac, et lui demande pourquoi elles se font si belles. Elle me r\u00e9pond en haussant les \u00e9paules que nous sommes vendredi, et que les clients arrivent en masse du Nord. Evidemment, je n\u2019y avais pas pens\u00e9, mais qui dit week-end aux Etats-Unis dit journ\u00e9e charg\u00e9e pour les prostitu\u00e9es Mexicaines.<\/p>\n<p>Nous sommes 14h00 et les clients ne vont pas tarder. Les filles de joie se font donc belles, et \u00a0quoi mieux que le McDo situ\u00e9 \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tre de la fronti\u00e8re pour se pr\u00e9parer\u00a0? Mon burger en mains, je retourne vers le poste fronti\u00e8re. en hallucinant sur l\u2019interminable file de voitures qui attendent leur tour pour passer aux US. Ce que je n\u2019ai pas r\u00e9alis\u00e9, c\u2019est que la file d\u2019attente pour entrer \u00e0 pied est bien plus longue que celle pour entrer en v\u00e9hicule. Elle fait 2 miles soit pr\u00e8s de 3,5 kilom\u00e8tres pour \u00eatre tr\u00e8s pr\u00e9cis. Comment est-ce que je le sais? Tout simplement parce c\u2019est en fonction de la longueur de la file d\u2019attente que les policiers mexicains estiment le temps d\u2019attente approximatif.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5857\" aria-describedby=\"caption-attachment-5857\" style=\"width: 491px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-5857  \" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/IMG_4170_test.jpg\" alt=\"IMG_4170_test\" width=\"491\" height=\"328\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5857\" class=\"wp-caption-text\">les v\u00e9hicules en attente pour traverser la fronti\u00e8re US<\/figcaption><\/figure>\n<p>La file que forme les milliers de gens qui attendent serpente \u00e0 travers tout un quartier de la ville. Un \u00e9cosyst\u00e8me s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 autour d\u2019elle\u00a0: tandis que j\u2019attends interminablement mon tour, je vois se succ\u00e9der vendeurs de boissons et de nourriture. Un homme passe portant sous son bras journaux et magazines qu\u2019il vend\u00a0aux gens qui attendent, et qui sont trop contents de trouver quelque chose \u00e0 faire pour faire passer le temps plus vite.<\/p>\n<p>Des musiciens se produisent aussi et une vieille dame reprend des airs de tango argentin, accompagn\u00e9e par de la musique diffus\u00e9e par un lecteur de cassettes hors d\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p>Mais le plus surprenant, ce ne sont pas les vendeurs de rue, ni les artistes, mais la mis\u00e8re qui s\u2019agglutine ici. Des handicap\u00e9s, certains aux membres totalement d\u00e9form\u00e9s, incapables de marcher et se trainant \u00e0 m\u00eame le sol o\u00f9 allong\u00e9s sur de vieux skateboards; un vieil homme, qui remonte la file en tenant dans une main une ordonnance et dans l&#8217;autre son sac \u00e0 dialyse. Il explique d\u2019une voix tremblante qu\u2019il ne veut pas d\u2019argent, juste des m\u00e9dicaments qu\u2019il ne peut pas se payer et sans lesquel il est condamn\u00e9 \u00e0 une mort certaine. Il remonte dans un sens puis dans l\u2019autre cette interminable file d\u2019attente, compos\u00e9e d\u2019un m\u00e9lange \u00e9clectique de jeunes am\u00e9ricains venus s\u2019offrir des frissons pour la journ\u00e9e, de mexicains branch\u00e9s aux cheveux d\u00e9color\u00e9s traversant pour s&#8217;encanailler dans les bars chics de San Diego, mais surtout de beaucoup de travailleurs frontaliers pour qui attendre ici fait parti du quotidien.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5859\" aria-describedby=\"caption-attachment-5859\" style=\"width: 491px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-5859  \" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/IMG_4175_test-1.jpg\" alt=\"IMG_4175_test\" width=\"491\" height=\"307\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5859\" class=\"wp-caption-text\">publicit\u00e9 pour un chirurgien esth\u00e9tique. les prestations m\u00e9dicales sont jusqu&#8217;\u00e0 80% moins chers au Mexique qu&#8217;au Etats-Unis amenant de nombreux patients \u00e0 traverser la fronti\u00e8re<\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s 3 heures debout avec mon sac sur les \u00e9paules, j\u2019entre enfin dans l\u2019enceinte du poste de fronti\u00e8re am\u00e9ricain. D\u2019immenses grilles s\u2019\u00e9l\u00e8vent derri\u00e8re lesquelles se tiennent 3 gardes arm\u00e9s, portant des gilets par balles par\u00e9s du logo BCP (Border Control and Protection). Ils discutent entre eux en se marrant et s\u2019assurent que personne ne cherche \u00e0 resquiller. Une fois p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l\u2019enceinte, j\u2019ai un pied sur le sol am\u00e9ricain mais mon attente n\u2019est pas finie pour autant. D\u2019une file d\u2019attente unique, la ligne se divise en 10, autant qu\u2019il y a de douaniers en face de nous. J\u2019attends ici durant une heure suppl\u00e9mentaire le temps de parvenir face \u00e0 un officier de l\u2019immigration. Il saisit mon passeport et se met \u00e0 tourner les pages<\/p>\n<blockquote><p>Where did you enter Mexico from\u00a0?<br \/>\nFrom Belize<br \/>\nBut Where did you flew in to Mexico<br \/>\nWell I didn\u2019t flew to Mexico, I\u2026<br \/>\nWhere did you flew in Belize<br \/>\nI didn\u2019t flew in Belize either I am\u2026.<br \/>\nJust tell me where you flew in!<br \/>\nI flew to Santiago de Chile and made my way up from there by land<br \/>\nWhat\u00a0? I cannot let you<br \/>\nI am sorry? But\u2026<br \/>\nYou need to go to the building outside for further checks<\/p><\/blockquote>\n<p>Merveilleux! Non seulement j\u2019ai attendu 4 heures, \u00a0mais en plus, j\u2019ai fait tout cela pour rien, ou presque car il me faut passer un interrogatoire suppl\u00e9mentaire. Je ressors de l\u2019immense salle o\u00f9 je me trouve et me dirige vers le bureau que l\u2019on m\u2019a indiqu\u00e9. Evidemment, je ne suis pas le seul \u00e0 devoir fournir des informations suppl\u00e9mentaires et je dois \u00e0 nouveau attendre mon tour. A mes c\u00f4t\u00e9s un couple d\u2019octog\u00e9naires mexicains qui viennent rendre visite \u00e0 leur fils qui reside aux USA. ils patientent avec moi dehors et m\u2019expliquent qu\u2019ils sont eux aussi l\u00e0 depuis 5 heures\u2026<br \/>\nApr\u00e8s une heure d\u2019attente de plus j\u2019entre enfin dans le building. Derri\u00e8re un grand comptoir des officiers de l\u2019immigration am\u00e9ricaine. Je m\u2019approche de l\u2019un d\u2019entre eux et \u00e0 peine ai-je sorti mon passeport que le douanier me demande:<\/p>\n<blockquote><p>you are the one who travelled overland?<\/p><\/blockquote>\n<p>La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 fait toujours plaisir, mais un bureau d\u2019immigration est certainement le dernier endroit sur terre o\u00f9 vous souhaitez \u00eatre c\u00e9l\u00e8bre croyez moi! En entrant dans le b\u00e2timent je savais que l\u2019interrogatoire allait \u00eatre long et p\u00e9nible, c\u2019est donc parti\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Where did you enter the US from\u00a0?<br \/>\nI didn\u2019t enter the US, I entered America through Chile\u00a0and made my way up North by road<br \/>\nWhen did you enter Chile\u00a0?<br \/>\nNovember 2011<br \/>\nWhere did you go after Chile<br \/>\nI went to Argentina through Patagonia, then to Bolivia then to Peru\u2026<br \/>\nWait wait\u2026<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019officier tourne fr\u00e9n\u00e9tiquement les pages de mon passeport. Je ne comprends pas bien pourquoi au d\u00e9but, et puis je r\u00e9alise qu&#8217;il essaie de v\u00e9rifier la chronologie que je lui fournis \u00e0 travers les tampons dans mon passeport. Le probl\u00e8me, c\u2019est que toutes les pages de mon passeport sont remplies de tampons et qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 appos\u00e9s dans un ordre chronologique.<\/p>\n<p>Inutile de dire que l\u2019exercice est impossible, pourtant il s\u2019acharne.<\/p>\n<blockquote><p>You say that you left Chile in December for Argentina. When was it exactly<br \/>\nWell around December 15th, but that was just for one day as there is no road on the Chilean side in few parts of Patagonia, so you have to slalom between the 2 countries\u2026<br \/>\nHum\u2026 ok well keep going, where did you go after\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p>Je continue \u00e0 lui r\u00e9sumer mes 12 mois de p\u00e9r\u00e9grinations \u00e0 travers l\u2019Am\u00e9rique du Sud et l\u2019Am\u00e9rique Centrale. Apr\u00e8s quelques minutes, je le sens l\u00e2cher prise et changer de strat\u00e9gie. Cette fois-ci, il essaie de regarder si la succession des pays que je lui donne est coh\u00e9rente avec un voyage overland. Le nouveau probl\u00e8me auquel il est cette fois-ci confront\u00e9 c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas une connaissance assez pr\u00e9cise de l\u2019Am\u00e9rique Centrale pour mener \u00e0 bien l\u2019exercice.<br \/>\nLe sketch dure une bonne demi-heure. Apr\u00e8s avoir fini de lui raconter mon aventure, il me pose la question qui lui brule les l\u00e8vres\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>How do you finance all of that\u00a0?<br \/>\nWell you know, living outside western countries is not that expansive for us, then I am spending all my 5 years work savings and I also get some money from sponsoring and article writing<\/p><\/blockquote>\n<p>Il se l\u00e8ve de sa chaise et je lis dans ses yeux qu\u2019il ne sait pas trop quoi faire. Voil\u00e0 5 heures que je suis ici, je suis fatigu\u00e9, j\u2019ai faim et je commence \u00e0 en avoir s\u00e9rieusement marre. Pour la premi\u00e8re fois, je suis entrain d\u2019entrevoir la possibilit\u00e9 que franchir la fronti\u00e8re US va me prendre plus d\u2019une journ\u00e9e\u2026<br \/>\nL\u2019officier s\u2019approche d\u2019une femme en uniforme. Il parle \u00e0 voix basse mais leurs paroles parviennent jusqu\u2019\u00e0 moi.<\/p>\n<blockquote><p>His story is incredible, he says he came from Chile all the way north by road<br \/>\nThe question is not to know if his story is unbelivable or not, but to know if you believe his story<br \/>\nWell\u2026 I think he tells the true, his passport is a mess but it seems to match<br \/>\nWell then let him go we can not keep him here forever<\/p><\/blockquote>\n<p>Alleluia! Il revient et me dit qu\u2019ils vont me laisser entrer. Il me demande alors comment je vais quitter les US. J\u2019ai toujours trouv\u00e9 \u00e9tonnant que l\u2019une des premi\u00e8res questions que pose les douaniers aux \u00e9trangers, avant m\u00eame de les autoriser \u00e0 entrer dans le pays, est de savoir comment ils comptent en ressortir. Je r\u00e9alise que ce n\u2019est pas le bon moment pour aborder ces consid\u00e9rations, et lui r\u00e9pond tout sourire que je compte relier New York en moto. Il me demande alors<\/p>\n<blockquote><p>Why New York\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0Why Not\u00a0\u00bb ne semblant pas \u00eatre appropri\u00e9 en ces circonstances, je lui r\u00e9ponds<\/p>\n<blockquote><p>I worked in New York for almost 2 years, so I have a lot of friends. Well actually you can check I had a visa and was doing investment banking there<\/p><\/blockquote>\n<p>Deux clics de sourie plus tard et l\u2019historique de mes visas US appara\u00eet sur son \u00e9cran.<\/p>\n<blockquote><p>Right, I see the visa you had. You should have started by that, that would have been faster<\/p><\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s avoir pris les empreintes digitales de mes dix doigts, pris ma photo et m\u2019avoir demand\u00e9 d\u2019acquitter 7 dollars de frais d\u2019entr\u00e9e, il appose enfin l\u2019ultime coup de tampon de ce tour du Monde. America Here I am\u2026 enfin presque. Apr\u00e8s avoir tamponn\u00e9 mon passeport, l\u2019officier me dit de retourner faire la queue et de repasser \u00e0 travers les contr\u00f4les classiques.<br \/>\nMon visage traduit ma lassitude, mais que faire. Je le remercie et repars pour une heure suppl\u00e9mentaire d\u2019attente. Arriv\u00e9 en face d\u2019un nouvel officier d\u2019immigration, celui me repose la question\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Where did you enter Mexico\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p>Je crois d\u2019abord \u00e0 a une blague et m\u2019imagine devoir refaire le cirque une nouvelle fois, mais il finit par apercevoir le feuillet que son coll\u00e8gue a laiss\u00e9 dans mon passeport.<br \/>\nLes 7 heures d\u2019attente que j\u2019ai pass\u00e9es sur place rendent mon arriv\u00e9e \u00e0 San Diego encore plus surprenante. Apr\u00e8s avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 mes sacs sur le tapis roulant de la machine \u00e0 rayons X, je reste immobile durant quelques instants, pensant qu\u2019une fouille va \u00eatre effectu\u00e9e. Apr\u00e8s quelques minutes \u00e0 attendre, je demande \u00e0 un homme en uniforme ce que je dois maintenant faire. Il me d\u00e9visage comme si je venais de lui parler dans une langue extraterrestre, puis me r\u00e9pond\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>You go, you can just go<\/p><\/blockquote>\n<p>Je me dirige alors vers les grandes portes coulissantes aux vitres teint\u00e9es. Sans aucune transition, je me retrouve sur une jolie petite place. Le tramway de San Diego a son terminus, ici, \u00e0 moins de 50m de la fronti\u00e8re.<br \/>\nIl r\u00e8gne dans la rue un calme surprenant, presque stressant apr\u00e8s le chaos dans lequel je viens de passer mes 7 derni\u00e8res heures. Je m\u2019assois sur un banc pour reprendre mes esprits et attendre le tramway. Je n\u2019ai fait qu\u2019une centaine de m\u00e8tres et pourtant j\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre pass\u00e9 d\u2019un monde \u00e0 un autre.<\/p>\n<p>Je regarde au loin un immense drapeau mexicain flott\u00e9 au vent. Je repense \u00e0 ce vieil homme crois\u00e9 quelques heures auparavant, qui portait d\u2019une main son sac \u00e0 dialyse et de l\u2019autre son ordonnance\u00a0; je repense \u00e0 ces prostitu\u00e9s se faisant belles pour attirer des gringos en ce vendredi soir\u00a0; je repense \u00e0 cet enfant atteint de la polio, qui tout d\u00e9form\u00e9 tendait la main pour quelques pi\u00e8ces\u2026<\/p>\n<p>Entre eux et moi, un mur de barbel\u00e9s infranchissables. Entre eux et moi, une interminable file d\u2019attente. Entre eux et moi, un arm\u00e9e de fonctionnaires de l\u2019immigration. Entre eux et moi, un passeport fran\u00e7ais. Entre eux et moi il y a un monde\u2026 et pourtant entre eux et moi il n\u2019y a que 300 m\u00e8tres.<br \/>\nJe monte dans le wagon, assomm\u00e9 par le manque de sommeil et par les heures \u00a0interminables\u00a0au poste fronti\u00e8re. Mais ce qui m\u2019assomme le plus c\u2019est ce violent retour \u00e0 ce que l\u2019on appelle la civilisation. J\u2019arrive au milieu d\u2019une ville coquette et propre. Tout est bien ordonn\u00e9 et les pi\u00e9tons sont disciplin\u00e9s. Les jeunes filles en mini jupes sortent tout juste faire leurs emplettes en ce d\u00e9but de vendredi soir.<\/p>\n<p>Sans que je m\u2019y attende, le malaise que je portais en moi depuis plus de 2 ans de voyage \u00e0 travers diff\u00e9rents pays du &#8220;Tiers Monde&#8221; vient d\u2019\u00eatre r\u00e9sum\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re brutale, quasi caricaturale avec mon passage de fronti\u00e8re \u00e0 Tijuana. D\u2019un cot\u00e9 la mis\u00e8re absolue, de l\u2019autre le mirage du bonheur. Entre les deux un mur de barbel\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Welcome to Tijuana, Tequila Sex and Majiuana\u2026 la seule chose que je connaissais de Tijuana avant d\u2019arriver sur place se &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5860,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[27,58,66,147,154,201,217,232],"tags":[],"class_list":["post-5512","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bus","category-enfer","category-frontiere","category-panamerican-highway","category-pelle-mele","category-tijuana","category-usa","category-visa"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/IMG_4170_test.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5512","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5512"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5512\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7948,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5512\/revisions\/7948"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5860"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}