{"id":2662,"date":"2011-08-06T16:38:45","date_gmt":"2011-08-06T15:38:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lespassengers.com\/?p=2662"},"modified":"2021-06-07T23:30:59","modified_gmt":"2021-06-07T23:30:59","slug":"les-tribus-reculees-de-lest-de-la-birmanie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/2011\/08\/06\/les-tribus-reculees-de-lest-de-la-birmanie\/","title":{"rendered":"Les tribus recul\u00e9es de l&#8217;Est de la Birmanie&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Le lendemain comme pr\u00e9vu, nous voici partis pour 5 heures de bus. Nous d\u00e9couvrons vite que l\u2019Est de la Birmanie n\u2019est pas Bagan ou le lac Inle. Apr\u00e8s avoir parcouru 15 kilom\u00e8tres, nous passons un premier checkpoint. Ca sera le premier d\u2019une longue s\u00e9rie. A chaque fois, le chauffeur du bus descend et donne une montagne de papiers \u00e0 chacun des officiers.<\/p>\n<p>Sur les fen\u00eatres des baraques, le nom de chacun des services\u00a0: le premier bureau il s\u2019agit de l\u2019immigration: pourquoi pas, la zone \u00e9tant restreinte aux touristes, je peux comprendre. La seconde c\u2019est la police: ca aussi ca ne me surprend pas. La troisi\u00e8me, c\u2019est la protection de l\u2019enfance et enfin la quatri\u00e8me, plus fun c\u2019est l\u2019office national des eaux et for\u00eats. Peut \u00eatre au cas o\u00f9 je prenne l\u2019id\u00e9e de partir avec un arbre sur mon \u00e9paule\u2026<\/p>\n<p>A chacun des checkpoints c\u2019est pas moins de 5 feuilles de papiers avec mon nom, pr\u00e9nom, date de naissance, photo, nom de mon p\u00e8re et j\u2019en passe qu\u2019il faut fournir. A de rares endroits, un soldat monte dans le bus pour regarder nos t\u00eates et v\u00e9rifier que personne ne s\u2019est cach\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Mais la plupart du temps c\u2019est plus une formalit\u00e9 qu\u2019autre chose\u00a0: les officiers ouvrent un \u0153il alors que le chauffeur les tire de leur sieste, puis ils se rendorment aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 5 checkpoints et 5 heures de route, nous finissons par arriver \u00e0 Kengtung. La route devient magnifique sur les 50 derniers kilom\u00e8tres avec des paysages typiques du triangle d\u2019or\u00a0: de belles montagnes tr\u00e8s bois\u00e9es, couvertes par endroits de rizi\u00e8res en terrasses. Les syst\u00e8mes d\u2019irrigation utilis\u00e9s sont ancestraux mais efficaces. Un r\u00e9seau de tuyaux en bambou qui am\u00e8ne l\u2019eau de rizi\u00e8re en rizi\u00e8re.<\/p>\n<p>Lors de notre entr\u00e9e dans la ville de Kengtung, \u00e9norme surprise\u00a0: deux camions remplis de villageois et entour\u00e9s par des militaires nous doublent. On se doute de ce que c\u2019est mais Tumtum vient vite nous le confirmer, lorsque stress\u00e9 il me voit essayer de discr\u00e8tement filmer la sc\u00e8ne. Ce sont des travailleurs forc\u00e9s. J\u2019avais lu \u00e0 ce sujet, mais les d\u00e9couvrir en face de moi rend les choses d\u2019un coup plus r\u00e9elles\u2026 Ici contrairement aux zones touristiques du pays, les autorit\u00e9s ne prennent que peu de pr\u00e9cautions, les touristes \u00e9tant extr\u00eamement peu nombreux, et tr\u00e8s entour\u00e9s.<br \/>Nous finissons par arriver \u00e0 notre h\u00f4tel. Mais \u00e0 peine les sacs pos\u00e9s, il faut imm\u00e9diatement que notre guide aille informer le bureau d\u2019immigration locale que nous sommes l\u00e0. Pas le temps de prendre un th\u00e9, il file amener nos fiches d\u2019identification.<br \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-2694\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_3915-682x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"485\" \/><br \/>Ce rituel, nous finirons par nous y habituer car nous devrons nous y plier quotidiennement, matin et soir. Nous devons d\u00e9clarer la veille notre programme du lendemain et notre itin\u00e9raire d\u00e9taill\u00e9. Nous devons \u00e9galement fournir les num\u00e9ros des plaques d\u2019immatriculation de la voiture que nous utiliserons pour nous rapprocher des zones de treks ainsi que le nom de notre chauffeur. Le matin du trek, nous devons aller r\u00e9cup\u00e9rer les permissions, des feuilles de papier en multiples exemplaires \u00e0 fournir \u00e0 chacun des checkpoints sur la route. Enfin le soir, nous devons \u00eatre revenu avant 17h00 et aller pointer au bureau de l\u2019immigration \u00e0 nouveau, pour s\u2019assurer que nous avons bien respect\u00e9 notre programme.<br \/><br \/>C\u2019est la premi\u00e8re fois de ma vie que je me sens en libert\u00e9 surveill\u00e9e. Pas le choix de toute fa\u00e7on, donc on se plie aux r\u00e8gles du jeu. Le premier soir, je demande \u00e0 Tumtum de l\u2019accompagner au bureau de l\u2019immigration. Il accepte et en arrivant sur place, je comprends lentement pourquoi on nous a forc\u00e9 \u00e0 venir avec un guide local. C\u2019est en fait tout b\u00eate, plut\u00f4t que de faire le sale boulot eux-m\u00eames, les autorit\u00e9s transf\u00e8rent la responsabilit\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0un guide\u00a0\u00bb qui est en charge de nous. En charge de nous ne veut pas dire nous montrer le chemin. Tumtum, bien qu\u2019il soit charmant en serait de toute fa\u00e7on incapable, il n\u2019est venu \u00e0 Kengtung qu\u2019une seule fois. En charge de nous veut dire s\u2019assurer que nous restons de sages touristes disciplin\u00e9s et que nous ne posions pas trop de questions sur ce que nous voyons. Pourquoi ferait-il ce travail d\u2019une mani\u00e8re irr\u00e9prochable? Tout simplement parce que la pression n\u2019est en fait pas sur nos \u00e9paules mais sur les siennes. Si nous d\u00e9connons c\u2019est lui qui prend. Et le passage dans le bureau de l\u2019immigration me le fait bien comprendre. Il est en premi\u00e8re ligne, quoi qu\u2019il arrive.<\/p>\n<p>Ce que je comprends aussi au fur et \u00e0 mesure que les jours passent, c\u2019est que Tumtum a accept\u00e9 de nous servir de guide pour se faire un peu d\u2019argent, mais surtout parce qu\u2019il aime rester avec des \u00e9trangers, pour pratiquer son anglais et pour parler plus ouvertement. Mais accept\u00e9 ce job, c\u2019est aussi un peu pour lui le salaire de la peur, car il a vite compris que nous connaissions bien le pays et nous int\u00e9ressions beaucoup \u00e0 la politique. Il a aussi rapidement compris que nous prenions beaucoup de photos et parfois des vid\u00e9os \u00e0 nos moments perdus.<\/p>\n<p>Au troisi\u00e8me jour que nous sommes \u00e0 Kengtung un \u00e9v\u00e9nement inattendu vient bouleverser le train train. Le matin en prenant mon petit d\u00e9jeuner, je trouve un Tumtum nerveux. Etant jeune et un tantinet bavard, je n\u2019ai pas besoin d\u2019insister beaucoup pour qu\u2019il m\u2019avoue ce qui le perturbe. Il a re\u00e7u un coup de t\u00e9l\u00e9phone la veille\u00a0; un coup de t\u00e9l\u00e9phone qui l\u2019inqui\u00e8te beaucoup. Je lui tire les vers du nez et il finit par me dire que c\u2019est le bureau des investigations birmanes qui l\u2019a appel\u00e9. Je ne sais pas trop ce qu\u2019est ce bureau mais je comprends que c\u2019est eux qui m\u00e8nent les enqu\u00eates sur les opposants politiques et les journalistes. Ils l\u2019ont apparemment questionn\u00e9 pendant une vingtaine de minutes sur moi et mon acolyte. Les questions semblaient pr\u00e9cises\u00a0: pourquoi sommes-nous venus ici\u00a0? quelles questions posons-nous aux villageois lorsque nous les rencontrons\u00a0? leurs donnons nous quelques choses lorsque nous sommes dans les villages\u00a0? sommes-nous mari\u00e9s? De quoi parlons-nous avec lui\u00a0?<\/p>\n<p>En discutant avec Tumtum, je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019il ne s\u2019attendait pas \u00e0 ce coup de t\u00e9l\u00e9phone. Il me dit que c\u2019est la premi\u00e8re fois que ca lui arrive, et il est inquiet. J\u2019essaie de le rassurer en lui expliquant qu\u2019il n\u2019a pas \u00e0 s\u2019en faire et que nous sommes simplement venus pour treker. Que nous ne sommes pas journalistes et que nous savons bien que la pression sur ses \u00e9paules est importante. Je me rends aussi compte que la pression sur nos \u00e9paules l\u2019est tout autant, mais pour une raison qui m\u2019\u00e9chappe, je ne suis pas stress\u00e9 et Marion non plus.<br \/>Cette pression retombera lentement, mais cet \u00e9v\u00e8nement viendra renforcer cette id\u00e9e de salaire de la peur. A tout moment la situation semble pouvoir basculer pour lui comme pour nous.<br \/>Mais assez parler des difficult\u00e9s pour se rendre sur place, parlons maintenant de ce qui nous a amen\u00e9 la bas\u00a0: les tribus qui vivent dans\u00a0les montagnes recul\u00e9es de l&#8217;est de la Birmanie.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de venir en Birmanie pour rencontrer ces tribus repose dans le fait que la plupart des villages tribaux l\u00e0 bas sont quasiment vierges de toute pr\u00e9sence touristique (je pense que vous avez compris pourquoi plus haut). Le pays ayant \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 herm\u00e9tiquement jusque dans les ann\u00e9es 2000 et les programmes de d\u00e9veloppement \u00e9tant quasi inexistants, leur mode de vie est rest\u00e9 extr\u00eamement traditionnel et n\u2019a pratiquement pas \u00e9volu\u00e9 depuis des si\u00e8cles, y compris du point de vue religieux. Il est ainsi toujours possible de trouver des villages animistes, chose qui a compl\u00e8tement disparu chez ses voisins.<br \/>Mais si partir \u00e0 la rencontre de ces peuplades est plus int\u00e9ressant en Birmanie, c\u2019est surtout parce qu\u2019aucune utilisation touristique de ces tribus primitives n\u2019a \u00e9t\u00e9 faites pour l\u2019instant. Impossible d\u2019effectuer des tours organis\u00e9s comme en Tha\u00eflande, ou des routes bitum\u00e9es permettent aux touristes d\u2019arriver directement sur place avec leur appareil photo autour du cou. Apr\u00e8s avoir pris trois photos de femmes girafes amen\u00e9es l\u00e0 pour l\u2019occasion, dans une r\u00e9plique pr\u00e9fabriqu\u00e9e d\u2019un village (et d\u00e9crit par un r\u00e9cent rapport de l\u2019ONU comme \u00ab\u00a0un zoo humain\u00a0\u00bb), les GM (Gentils Membres cf la c\u00e9l\u00e8bre appellation des clients du Club M\u00e9diterran\u00e9e) sont dirig\u00e9s vers la boutique de souvenirs, o\u00f9 ils peuvent acheter de soi-disant articles de l\u2019artisanat local.<\/p>\n<p>Cot\u00e9 birman rien de comparable. Pour acc\u00e9der aux villages, il faut plusieurs heures de marche. Aucun tour operateur ne propose cette \u00ab\u00a0activit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 son \u00ab\u00a0menu\u00a0\u00bb, tout simplement parce qu\u2019il n\u2019y a pas de tour op\u00e9rateur dans le coin, et c\u2019est par soi m\u00eame qu\u2019il faut organiser cette aventure. Pas forc\u00e9ment facile et c\u2019est tant mieux pour moi. La r\u00e9compense c\u2019est un contact beaucoup plus authentique et intense avec les autochtones qui sont aussi surpris et curieux de rencontrer des \u00ab\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb en train de traverser leur village que ce que nous le sommes en les voyant travailler dans les rizi\u00e8res v\u00eatus de leur costume traditionnel.<\/p>\n<p>Les relations ne sont pas fauss\u00e9es. Nous allons chez ces gens, et ils sont accueillants car c\u2019est leur fa\u00e7on d\u2019\u00eatre. Ils ne se forcent en rien et n\u2019ont rien \u00e0 nous vendre. Les portes des maisons s\u2019ouvrent naturellement lorsque nous arrivons et dans chacun des villages, nous sommes syst\u00e9matiquement invit\u00e9s chez l\u2019un des habitants. Evidemment les conversations sont limit\u00e9es du fait des barri\u00e8res de langage. Les deux guides avec nous ne sont pas d\u2019une grande aide. Ils sont extr\u00eamement condescendants envers leurs compatriotes, et ne cesse de nous r\u00e9p\u00e9ter que se sont des gens sous d\u00e9velopp\u00e9s. Curieux mais c\u2019est ainsi\u2026<\/p>\n<p>Heureusement nous relativisons ce qu\u2019ils nous racontent et tentons avec nos propres moyens de briser la glace et d&#8217;\u00e9tablir le contact avec ces gens. Les cinq phrases de Birman que je connais ne servent \u00e0 rien car ces gens ne parlent que leur propre dialecte, diff\u00e9rent d\u2019une tribu \u00e0 l\u2019autre. Il faut donc faire preuve d\u2019imagination, et c\u2019est avec mon appareil photo que je parviens le plus souvent \u00e0 \u00e9tablir les premiers liens. Les visages sont souvent un peu ferm\u00e9s lorsque nous arrivons, mais lorsque je montre aux enfants leur visage sur l\u2019\u00e9cran LCD de mon appareil, les sourires se apparaissent rapidement . La plupart n\u2019ont jamais vu leur photo et sont tr\u00e8s excit\u00e9s.<br \/>Une fois les sourires des enfants obtenus, les adultes suivent naturellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2688 size-large\" title=\"Mamy tisseuse Papaung\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_4074-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"750\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_4074-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_4074-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_4074-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_4074.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/p>\n<p>En parall\u00e8le \u00e0 ma technique photographique, j\u2019ai la chance d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e de Marion qui a des talents multiples, dont celui de particuli\u00e8rement bien dessiner. Elle se prom\u00e8ne toujours avec un cahier de croquis et fait le portrait dans chacun des villages que nous traversons du doyen ou du notable que nous rencontrons. C\u2019est un succ\u00e8s garanti, tout \u00e2ge confondu. Evidemment cela prend plus de temps\u00a0 que la technique appareil photo num\u00e9rique, mais l\u2019effet est de plus longue dur\u00e9e. Le groupe que nous formons marche du tonnerre\u00a0: nous sommes \u00e0 nous deux les deux effets KissKool du triangle d\u2019or birman\u00a0\ud83d\ude09<br \/>Nous \u00e9changeons des sourires et faisons rire les enfants avec des grimaces qu\u2019ils finissent en g\u00e9n\u00e9ral par nous rendre. Dans un village Eng, o\u00f9 les conditions de vie et d\u2019hygi\u00e8ne sont des plus rudimentaires, un gamin finit par se jeter dans mes bras en rigolant. Comme je le r\u00e9p\u00e8te souvent (trop\u00a0?) dans mes posts, ici plus qu\u2019ailleurs, c\u2019est de l\u2019humanit\u00e9 que nous \u00e9changeons avec ces gens. Tout nous s\u00e9pare, et pourtant quelque chose de plus fort nous rapproche. Un sourire, un contact transcendent toutes nos diff\u00e9rences.<br \/>Dans un autre village animiste, nous sommes pr\u00e9sent\u00e9s au chaman. Son statut en fait l\u2019une des personnes les plus importantes du village et sa physionomie ne fait que renforcer cette sup\u00e9riorit\u00e9. Il est \u00e9tonnement grand pour un asiatique, les traits du visage tr\u00e8s fins, presque f\u00e9minins et d\u00e9gage une grande pr\u00e9sence. Dans sa maison qu\u2019il nous laisse visiter, des grigris, t\u00eates d\u2019animaux, et herbes magiques sont accroch\u00e9s aux murs et au plafond. Dans un recoin de sa cabane, un grand tambour croule sous la poussi\u00e8re. Il nous explique que c\u2019est pour invoquer les esprits\u00a0; il ne s\u2019en sert qu\u2019une fois par an, pour les appeler et leur faire des offrandes pour les remercier de leur protection.<\/p>\n<p>Le village suivant est bouddhiste. Nous nous rendons compte \u00e0 quel point la religion influe sur le d\u00e9veloppement des gens. L\u2019hygi\u00e8ne et les conditions de vie dans les villages convertis aux monoth\u00e9ismes (christianisme ou bouddhisme) sont bien meilleures que celles dans les villages animistes. J\u2019ai beau chercher, rien d\u2019autre que les diff\u00e9rences religieuses ne peuvent expliquer ces diff\u00e9rences si fortes entre ces tribus s\u00e9par\u00e9es de quelques kilom\u00e8tres. La conversion religieuse am\u00e9liore donc notablement les conditions de vie de ces gens, mais ne d\u00e9truit-elle pas au passage insidieusement leur culture\u00a0? Difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question, et au final que vaut-il mieux\u00a0?<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Matriarche Palang\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_3998-682x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"223\" height=\"335\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"matriarche palang dessin\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/palong-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"348\" height=\"348\" \/><\/p>\n<p>Cette fois-ci une grand m\u00e8re chef de famille nous accueille. Elle porte autour de la taille la fameuse ceinture en argent Eng. Elle ne la quitte jamais, ni pour aller aux champs ni m\u00eame pour dormir. Cette ceinture repr\u00e9sente en g\u00e9n\u00e9rale la majeure partie des richesses de la famille.<br \/>En plus du charisme extraordinaire de cette femme, le fait qu\u2019elle soit albinos renforce encore d\u2019avantage sa personnalit\u00e9. Nous ne parlons que peu avec elle, mais \u00e9changeons des regards complices et amus\u00e9s. Lorsque Marion lui pr\u00e9sente le portrait qu\u2019elle a fait d\u2019elle, elle se met spontan\u00e9ment \u00e0 applaudir et \u00e0 nous remercier. Une fois de plus c\u2019est de l\u2019humanit\u00e9 qui passe entre nous et que nous emportons en partant.<br \/>Dans le dernier village, c\u2019est \u00e0 la rencontre des Akhas que nous partons. Les Akhas sont surement la tribu la plus connue qui vit dans cette r\u00e9gion. Les femmes Akhas portent cette coiffe en argent si particuli\u00e8re, qu\u2019elles non plus ne quittent jamais, ni pour travailler ni pour aller aux champs, ni pour dormir. A nouveau, la grande partie des richesses de la famille se trouve sur cette coiffe. A notre arriv\u00e9e, nos sommes invit\u00e9s dans une famille ou une mamy nous montre fi\u00e8rement son costume. Sur son couvre chef, des \u00e9normes pi\u00e8ces de monnaie brod\u00e9es attirent mon attention. Il s\u2019agit de francs d\u2019Indochine fran\u00e7aise avec une Marianne grav\u00e9e au dos dat\u00e9e de 1901. Une fois encore, le duo photo \/ dessin fait son effet. La plus jeune des femmes Akhas comprend quelques mots de Birman ce qui facilite un peu les choses. Apr\u00e8s nous avoir offert le th\u00e9, la grand m\u00e8re retire sa coiffe et insiste pour que Marion l\u2019enfile. Amusante sc\u00e8ne au fin fond de la campagne birmane\u00a0: une normande se m\u00e9tamorphose soudain en Akhas\u00a0;\u00a0 certes la cr\u00e9dibilit\u00e9 en Akhas laisse \u00e0 d\u00e9sirer, mais c\u2019est amusant et impr\u00e9vu\u2026<br \/>Durant trois jours, nous passons de village en village et de tribus en tribus. Notre chemin croise celui des Akhas, des Palangs, des Engs, des Was\u2026<br \/>Les conditions de vie sont extr\u00eamement difficiles, pourtant on nous offre partout hospitalit\u00e9 et th\u00e9. Partout nous arrivons \u00e0 \u00e9changer des sourires et des \u00e9motions avec ces gens simples et g\u00e9n\u00e9reux.<br \/>Pour la premi\u00e8re fois depuis que j\u2019ai quitt\u00e9 la France, il y a onze mois maintenant, j&#8217;ai la sensation persistante d\u2019\u00eatre au bout du monde, loin, tr\u00e8s loin de tout ce que je connais. Je me prom\u00e8ne au milieu de ce village animiste, je passe \u00e0 cot\u00e9 de la cabane qui sert de lieu de culte. A l\u2019int\u00e9rieur, j\u2019aper\u00e7ois des restes d\u2019offrandes, tandis que le vent fait claquer les drapeaux qui flottent au sommet du b\u00e2timent, sans doute pour apaiser les esprits. Des femmes en costumes traditionnels et avec leurs enfants accroch\u00e9s dans le dos me regardent \u00e9tonn\u00e9es mais souriantes, tandis qu\u2019au loin deux hommes reviennent des champs suivi par leur buffle qui traine derri\u00e8re lui une vieille charrue en bois hors d\u2019\u00e2ge. Les yeux de la plupart des enfants qui m\u2019entourent ont cette couleur jaune typique de ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 eu plusieurs fois le palu.<br \/>J\u2019ai pour la premi\u00e8re fois depuis que j\u2019ai quitt\u00e9 la France il y a onze mois, la sensation persistante d\u2019\u00eatre au bout du monde, loin si loin de tout ce que je connais. Loin pas g\u00e9ographiquement, non, loin dans ma d\u00e9couverte du monde et des gens qui le composent.<br \/>Pourtant et une fois encore, je me rends compte qu\u2019au del\u00e0 de leurs croyances, au del\u00e0 de leurs costumes, au del\u00e0 de leur mode de vie, au del\u00e0 de la mis\u00e8re dans laquelle ils vivent, ici comme partout ailleurs j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 rire avec ces gens. Nous ne partageons rien en commun, mais une fois de plus cette humanit\u00e9 que nous avons tous en nous nous a permis de transcender bien rapidement nos diff\u00e9rences\u2026 si mineures au fond.<br \/>Alors que je m\u2019\u00e9loigne, je regarde trois enfants jouer tout nus dans la boue au milieu des cochons. Le petit en face de moi est celui qui s\u2019est jet\u00e9 dans mes bras un peu plus t\u00f4t, et je me pose cette question \u00e9trange\u00a0en le regardant:<br \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-2681\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_43241-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"750\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_43241-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_43241-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_43241-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/IMG_43241.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><br \/>\u00ab\u00a0Qu\u2019arriverait-il si demain il se r\u00e9veillait soudainement dans le confort parisien. Quelle personne deviendrait-il, mais surtout serait-il plus heureux ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et waaahou, un p\u00eale-m\u00eale photo<\/p>\n<center><\/center><center><\/center>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-flickr wp-block-embed-flickr\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<a data-flickr-embed='true' href='https:\/\/www.flickr.com\/photos\/lespassengers\/albums\/72157627145839207' title='Shan State, Myanmar by lespassengers, on Flickr'><img src='https:\/\/live.staticflickr.com\/6135\/5970634892_2d00cd4023_z.jpg' width='800' height='600' alt='IMG_3562_anto'><\/a><script async src='https:\/\/embedr.flickr.com\/assets\/client-code.js' charset='utf-8'><\/script>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Et parce que je n&#8217;en fini pas de vous g\u00e2ter et d&#8217;essayer de vous faire partager mes rencontres, la video de cette incroyable aventure. Enjoy \ud83d\ude09<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<div class=\"jetpack-video-wrapper\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"The remote tribes of East Myanmar\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/27369125?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/div>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le lendemain comme pr\u00e9vu, nous voici partis pour 5 heures de bus. Nous d\u00e9couvrons vite que l\u2019Est de la Birmanie &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[250,20,284,101,311,208],"tags":[],"class_list":["post-2662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-akhas","category-birmanie","category-engs","category-kengtung","category-palang","category-tribus"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2662"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2662\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8170,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2662\/revisions\/8170"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}