{"id":2328,"date":"2011-05-28T14:48:11","date_gmt":"2011-05-28T13:48:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lespassengers.com\/?p=2328"},"modified":"2021-05-27T21:56:52","modified_gmt":"2021-05-27T21:56:52","slug":"la-traversee-des-kellabits-highlands-et-la-boucle-en-indonesie-au-pays-des-lumbayans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/2011\/05\/28\/la-traversee-des-kellabits-highlands-et-la-boucle-en-indonesie-au-pays-des-lumbayans\/","title":{"rendered":"La travers\u00e9e des Kellabits Highlands et la boucle en Indon\u00e9sie au pays des Lumbayans"},"content":{"rendered":"<div>\u00a0<\/div>\n<div><em>Lors de l&#8217;\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent, j&#8217;accompagnais David, mon chasseur guide \u00e0 la chasse. Apr\u00e8s 7 heures \u00e0 crapahuter dans la jungle, nous attrapions finalement un cochon sauvage, permettant de laisser de la viande \u00e0 la famille de mon guide durant notre semaine d&#8217;absence. Le r\u00e9cit complet de cette partie de chasse est <a title=\"Journ\u00e9e de chasse avec un Kellabit\" href=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/?p=2319\">disponible ici<\/a><\/em><\/div>\n<p>Nous quittons le lendemain Pa Lungan direction Kajung Kaya, le premier village sur notre itin\u00e9raire. La journ\u00e9e est tr\u00e8s longue\u00a0: 8 heures de marche sous une humidit\u00e9 \u00e9touffante et une chaleur terrible.<br \/>Nous nous joignons a un groupe de trois personnes, venues sp\u00e9cialement de Kajung Kaya a Barrio, soit 12 heures de marche, pour vendre et livrer \u00e0 un client des tapis en bambous de leur fabrication. Chaque tapis est vendu 50 Ringgit malaisien soit 12.5 euros. Ils ont parcouru toute cette distance pour en vendre 10 soit 125 euros, prix qui inclut \u00e9galement la livraison \u00ab\u00a0a domicile\u00a0\u00bb. La r\u00e9alisation de ces tapis est elle-m\u00eame difficile et longue\u00a0: il s\u2019agit de tresser les fibres de bambous afin de les assembler et leur donner la forme souhait\u00e9e.<\/p>\n<div>Alors que nous marchons depuis 6 heures, nous arrivons au sommet d\u2019une colline. Je suis \u00e0 bout de souffle lorsque David me regarde en souriant et me dit\u00a0: tu es en train de franchir la fronti\u00e8re. Il me pointe alors une rang\u00e9e de 3 pierres que je n\u2019avais pas vu camoufl\u00e9es sous l\u2019\u00e9paisse v\u00e9g\u00e9tation.\u00a0Elles symbolisent la fronti\u00e8re indon\u00e9so-malaisienne. Aucune formalit\u00e9 particuli\u00e8re, nous enjambons les pierres et nous voici en Indon\u00e9sie. Je ne per\u00e7ois pas de diff\u00e9rence. Les insectes sont tout aussi insupportables et les chemins tout aussi boueux.\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2351 size-large\" title=\"Arriv\u00e9e \u00e0 Kajun Kaya\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9396-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"750\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9396-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9396-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9396-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9396.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Apr\u00e8s encore deux heures de marche, je finis par apercevoir \u00e0 l\u2019horizon des rizi\u00e8res. Leurs couleurs, un bleu tachet\u00e9 des points jaunes des tiges fan\u00e9es de la pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9colte contraste merveilleusement avec le vert intense de la jungle qui m\u2019entoure.\u00a0Les rizi\u00e8res marquent l\u2019entr\u00e9e des villages. Chacun d\u2019entre eux en est entour\u00e9 afin de fournir aux habitants la base de leur alimentation. Aucune m\u00e9canisation n&#8217;est utilis\u00e9e pour les cultiver, et tout est fait \u00e0 la main ou en utilisant la force des buffles d\u2019eau, les tracteurs locaux.<\/p>\n<p>Nous sommes entr\u00e9s en terre Lumbaya. Les gens parlent ce dialecte entre eux, mais heureusement pour\u00a0 moi, il est assez proche du Kellabit qui est la langue de David. Je peux ainsi communiquer avec les gens que je rencontre en l\u2019utilisant\u00a0 comme traducteur.<br \/>Nous nous installons chez des amis de David qui habitent \u00e0 cot\u00e9 d\u2019un immense b\u00e2timent. Je d\u00e9couvre en me promenant qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019\u00e9glise. Toutes ces tribus, animistes jusque dans les ann\u00e9es 70, ont \u00e9t\u00e9 massivement converties par des \u00e9vang\u00e9lisateurs australiens. Y compris en Indon\u00e9sie, un pays pourtant musulman, elles ont rejoins les rangs du protestantisme. Leur ferveur religieuse m\u2019a stup\u00e9fait. Les fid\u00e8les sont appel\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9glise au son du gong. Plusieurs offices ont lieu par jour. Le dimanche matin, au r\u00e9veil j\u2019ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 inquiet de ne voir personne dans le village. En fait la quasi totalit\u00e9 des habitants \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9glise du village.\u00a0Les offices qui y sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s s\u2019apparentent \u00e0\u00a0 ceux des \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques am\u00e9ricaines. Les fid\u00e8les s\u2019y retrouvent et chantent durant plusieurs heures des m\u00e9lodies plut\u00f4t modernes. Ils atteignent parfois une sorte de transe qui laisse percevoir un m\u00e9lange entre des pratiques ancestrales dilu\u00e9es dans des pratiques chr\u00e9tiennes.<br \/>La soir\u00e9e que je passe \u00e0 Kanjung Kaya est\u00a0 tr\u00e8s intense. Compl\u00e8tement m\u00e9lang\u00e9 aux locaux, je mange avec la famille autour du grand feu dans la cuisine qui est l\u2019unique source de lumi\u00e8re avec d\u2019illusoires bouteilles en verre, remplies de k\u00e9ros\u00e8ne qui sont utilis\u00e9es comme bougies. L\u00e0 encore, nous mangeons la r\u00e9colte du jour, et aujourd\u2019hui le chef de famille n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 chasser mais p\u00eacher dans les rizi\u00e8re. C\u2019est donc du poisson que nous avons pour le diner avec l\u2019\u00e9ternel riz. Le grand p\u00e8re vit avec la famille. Il est aveugle et se d\u00e9place p\u00e9niblement dans cette maison sur pilotis o\u00f9 les escaliers et les planches qui d\u00e9passent sont omnipr\u00e9sentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2352 size-large\" title=\"soiree chez des Lumbayans\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9430-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"750\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9430-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9430-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9430-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9430.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de chambres pour tout le monde. Je me retrouve donc sur un matelas dans le couloir, surmont\u00e9 d\u2019un filet anti moustique. Ca peut para\u00eetre superflu, mais c\u2019est indispensable d\u2019autant que la r\u00e9gion est connue pour abriter des moustiques porteurs de la malaria (palu).<br \/>Je m\u2019effondre car le trek m\u2019a \u00e9puis\u00e9. Le lendemain, tout le monde est d\u00e9j\u00e0 debout lorsque je me r\u00e9veille. La m\u00e8re et le fils ain\u00e9 se pr\u00e9parent pour aller aux champs. Pour respecter les us et traditions locales, c\u2019est avec le p\u00e8re de famille que je partage mon petit d\u00e9jeuner. Enfin pas si petit que cela puisque c\u2019est du riz, du cochon sauvage et de la soupe de poisson qui m\u2019attendent d\u00e9s 7 heures du matin<br \/>Nous repartons sur des chemins de terre. Ils sont beaucoup plus praticables que ceux de la veille et nous longeons surtout des rizi\u00e8res. Aucune voiture, mais quelques petites mobilettes dont les pilotes qui slaloment au milieu des trous et des pierres suscitent toute mon admiration.\u00a0Nous traversons de minuscules villages parfois bien anim\u00e9s. Dans certains des enfants jouent dans la cour de l\u2019\u00e9cole. En longeant les chemins, nous en d\u00e9couvrons m\u00eame deux, partis faire l\u2019\u00e9cole buissonni\u00e8re. Ils sont en uniforme (vestige de la colonisation anglaise) entrain de p\u00eacher dans une rivi\u00e8re.<br \/>Les habitants lorsqu\u2019ils me voient sont tous tr\u00e8s souriants. Ils me saluent tous avant d&#8217;entamer la conversation avec David. Les enfants sont eux beaucoup plus r\u00e9serv\u00e9s. Intrigu\u00e9s de me voir, ils n\u2019osent pas me r\u00e9pondre lorsque j\u2019essaie d\u2019enclencher la conversation.\u00a0Certains parmi les plus jeunes semblent m\u00eame effray\u00e9s lorsqu\u2019ils me voient. David m\u2019explique que beaucoup d\u2019entre eux n\u2019ont jamais vu de \u00ab\u00a0blanc\u00a0\u00bb de leur vie, \u00e0 part dans les journaux et magazines.<br \/>Quelques jours plus tard, j\u2019en aurai l\u2019illustration alors que je me trouve \u00e0 Pa Rupai. Je suis sur la terrasse d\u2019une Long House, accueilli par le chef du village et le headman de la long house. Tous les enfants du village se sont agglutin\u00e9s derri\u00e8re une vitre dans mon dos. Chaque fois que je me retourne pour les regarder, ils se cachent en se baissant. Apr\u00e8s 10 minutes de cache cache, je d\u00e9cide de sortir mon appareil photo et d\u2019immortaliser cet instant.\u00a0Soudain l\u2019un des plus jeunes gar\u00e7ons, qui doit avoir 3 ans tout au plus, se jette dans les bras de son grand fr\u00e8re et commence \u00e0 pleurer. Je comprends qu\u2019il n\u2019a jamais vu d\u2019appareil photo et a peur lorsque je pointe l\u2019objectif dans sa direction.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2357 size-large\" title=\"regard curieux d'enfants\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9564-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"750\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9564-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9564-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9564-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9564.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/p>\n<p>Emb\u00eat\u00e9, je lui montre sa frimousse sur l\u2019\u00e9cran LCD de ma camera. Ses yeux encore humides s\u2019ouvrent ronds comme des billes. Tous les autres enfants, regardent aussi cet \u00e9tonnant \u00e9cran, sur lequel ils peuvent voir leur visage. La s\u00e9ance de cache cache se transforme en une s\u00e9ance de shooting. Ils veulent tous que je prenne une photo d\u2019eux pour pouvoir ensuite s\u2019admirer sur l\u2019\u00e9cran. Je me pr\u00eate avec plaisir au jeu. Le moment est extr\u00eamement intense. Au del\u00e0 de tout ce qui nous s\u00e9pare, un banal appareil photo a fait le lien entre nous et a dissip\u00e9 les peurs de ces gamins. Plusieurs \u00a0me tiennent m\u00eame maintenant par le bras. Mes 15 heures de trek dans la jungle sont bien loin dans mon esprit. C\u2019est cela que je suis venu d\u00e9couvrir en venant ici : l\u2019authentique. Loin de tout ce qui nous s\u00e9pare, les grimaces, les sourires et les \u00e9clats de rire nous permettent d\u00e9sormais de communiquer. Nous partageons la chose la plus universelle du monde\u00a0: l\u2019humanit\u00e9.<br \/>Malheureusement apr\u00e8s cette s\u00e9ance photo fascinante, la nuit qui suit est beaucoup moins inoubliable. Je ne parviens pas \u00e0 trouver le sommeil et je ne me sens pas bien.\u00a0 J\u2019ai une forte migraine et je transpire comme un phoque. Alors qu\u2019il est deux heures du matin, je me l\u00e8ve et croise David dans le couloir. En voyant mon visage, il me demande ce que j\u2019ai. Il s\u2019aper\u00e7oit en me touchant le front que je suis brulant. Normal j\u2019ai 40 de fi\u00e8vre. L\u2019aventure dans la jungle devient d\u2019un coup beaucoup moins amusante, surtout lorsque les locaux se mettre \u00e0 parler de palu ou de fi\u00e8vre jaune\u2026<br \/>Le reste de la nuit ne se passe pas mieux. Il ne me reste plus qu\u2019un cachet d&#8217;efferalgan car j\u2019ai donn\u00e9 les autres trois jours plus t\u00f4t \u00e0 quelqu\u2019un que j\u2019ai crois\u00e9 et qui \u00e9tait malade. La loi de Murphy me poursuivrait-elle une nouvelle fois\u2026\u00a0Je me sens dans un \u00e9tat comateux le lendemain. J\u2019ai mal partout et la fi\u00e8vre qui avait temporairement baiss\u00e9 gr\u00e2ce aux m\u00e9dicaments est remont\u00e9e en fl\u00e8che. Chance inou\u00efe, le village dans lequel nous nous trouvons dispose d\u2019un dispensaire\u00a0! David s\u2019y rend et apr\u00e8s discussion avec le m\u00e9decin, il revient avec trois grands blisters de comprim\u00e9s. L\u2019un est de l\u2019efferalgan, les deux autres de forts anti-palud\u00e9en\u2026\u00a0Ca ne s\u2019annonce pas bien mais que faire. J\u2019avale trois g\u00e9lules et me recouche. Deux heures plus tard, c\u2019est pas merveilleux mais je me sens un peu plus vivant. Je demande \u00e0 David que nos reprenions la route. De toute fa\u00e7on inutile de rester ici. Quoi que j\u2019ai, je devrais de toute fa\u00e7on marcher \u00e0 nouveaux plusieurs jours pour atteindre un village plus grand dans le cas d&#8217;une \u00e9vacuation sanitaire.<br \/>La piste est droite et le soleil qui tape non stop depuis 3 jours a permis \u00e0 la boue de s\u00e9cher. A chaque village que nous traversons nous faisons une pause. C\u2019est amusant David conna\u00eet toujours quelqu\u2019un l\u00e0 o\u00f9 nous passons. Nous prenons successivement un verre chez un fabricant de machette et son fils, puis chez un tisseur de tapis\u2026 En chemin David essaie de n\u00e9gocier le prix d\u2019un chien de chasse. Il en a d\u00e9j\u00e0 7 mais certains commencent \u00e0 \u00eatre \u00e2g\u00e9s et il faut penser \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-2353\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9521-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"750\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9521-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9521-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9521-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9521.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/p>\n<p>Je me sens toujours mal, mais les m\u00e9dicaments ont fait de l\u2019effet et je ne me sens plus dans l\u2019\u00e9tat second dans lequel j\u2019ai \u00e9t\u00e9 toute la nuit. La fi\u00e8vre finira par compl\u00e8tement dispara\u00eetre le lendemain et je ne saurais jamais\u00a0la raison de cette crise soudaine. Certains locaux me diront que mon corps a r\u00e9agi \u00e0 une crise de fi\u00e8vre jaune, de mon cot\u00e9 j\u2019opterais plut\u00f4t pour une belle insolation. Le myst\u00e8re reste mais l\u2019important est que je me sente mieux.<br \/>Les trois jours suivants de trek seront sans histoire particuli\u00e8re. Nous traversons toujours des villages o\u00f9 nous rencontrons toujours des habitants tr\u00e8s attachants, qui vivent tous dans des conditions qu\u2019aucun occidental n\u2019accepterait. Pourtant je ne les trouvent pas malheureux, bien au contraire. La difficult\u00e9 de leur quotidien les soude et chacun des villages, est en fait une communaut\u00e9 solidaire qui s\u2019entraide et vit ensemble.<br \/>Ces gens me rappellent \u00e9tonnement les arm\u00e9niens du village de Tatev. Pas de montagnes pel\u00e9es ni de froid sib\u00e9rien ici, mais cette solidarit\u00e9 et cet esprit de communaut\u00e9. David me renvoie \u00e0 des images de <a title=\"Tatev: son monast\u00e8re, son t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique, mais surtout son village\u2026\" href=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/?p=1427\">Gago, mon h\u00f4te arm\u00e9nien<\/a>. Une diff\u00e9rence peut-\u00eatre, les villages que je traverse \u00e0 Born\u00e9o regorgent de jeunesse et aucune des personnes que j\u2019ai rencontr\u00e9es ne m\u2019a parl\u00e9 d\u2019aller vivre dans une grande ville. Aznavour a peut-\u00eatre raison, la vie est peut-\u00eatre plus facile au soleil\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"l'eau \u00e0 la rivi\u00e8re\" src=\"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/bamboo-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"574\" height=\"383\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La derni\u00e8re nuit, nous ne la passons pas dans un village. Pour repasser d\u2019Indon\u00e9sie en Malaisie, nous devons marcher 12 heures sans traverser aucun village. Nous campons donc n pleine jungle, \u00e0 l\u2019emplacement d\u2019une ancienne zone de peuplement abandonn\u00e9e. Il reste de ce vieux campement une cabane ouverte aux 4 vents et quelques arbres fruitiers que les habitants avaient plant\u00e9s. Un pamplemoussier est en fruits et nous permet de nous faire un quatre heures des plus m\u00e9rit\u00e9. L\u2019eau\u00a0 c\u2019est \u00e0 la rivi\u00e8re toute proche que nous allons la r\u00e9cup\u00e9rer, dans des gros bambous qui ont \u00e9t\u00e9 fendus aux extr\u00e9mit\u00e9s. Bien que nous la fassions bouillir, elle garde sa couleur rouge\u00e2tre du fait de tout le bois qui s\u2019y est biod\u00e9grad\u00e9. Elle conserve aussi un petit gout fum\u00e9, mais \u00e0 la guerre comme \u00e0 la guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tandis que je vais prendre mon bain dans la rivi\u00e8re, David r\u00e9cup\u00e8re une canne \u00e0 p\u00eache qu\u2019il avait dissimul\u00e9e l\u00e0 bas il y a quelque mois. La p\u00eache ne sera pas tr\u00e8s bonne et les \u00ab3 minuscules poissons qu\u2019il attrapera seront tellement rachitiques que nous d\u00e9ciderons de les rel\u00e2cher.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La nuit tombe vers 19 heures. Le ciel est tapiss\u00e9 d\u2019\u00e9toiles, mais la nuit est sans lune. La jungle est comme \u00e0 son habitude bruyante. Tous les insectes se sont donn\u00e9s rendez-vous pour un concert nocturne. J\u2019ai tendu mon hamac entre deux poutres; David lui a choisi de dormir \u00e0 m\u00eame le sol, tr\u00e8s pr\u00e8s du feu pour \u00e9viter les insectes. Avant d\u2019aller nous coucher, nous br\u00fblons des souches humides afin d\u2019enfumer le plus possible la cabane et d\u2019\u00e9loigner les moustiques\u2026 au moins le temps de s\u2019endormir. Il est 20h30 et je m\u2019abandonne lentement \u00e0 la douceur des bras de Morph\u00e9e.<\/p>\n<p>Inutile de mettre un r\u00e9veil. Les premiers rayons du soleil font faire un bon \u00e0 la temp\u00e9rature et r\u00e9veille au passage toutes les mouches du voisinage qui viennent m\u2019attaquer, trop contentes de trouver un d\u00e9jeuner aussi savoureux. Apr\u00e8s avoir mang\u00e9 du riz gluant et quelques noodles que j\u2019avais apport\u00e9s avec moi, nous repartons pour 9 heures de marche, sans histoire particuli\u00e8re.<br \/>Je laisse David \u00e0 Pa Lungan, son village. A peine arriv\u00e9, il embrasse ses enfants et sa femme et attrape son fusil pour partir \u00e0 la chasse. Cet homme est plein de ressources\u00a0! De mon cot\u00e9 je d\u00e9cide de pousser encore 4 heures de marche pour rejoindre Barrio et boucler la boucle.<br \/>Cette exp\u00e9rience aura \u00e9t\u00e9 exceptionnelle. Les paysages que j\u2019ai vus m\u2019ont bien sur \u00e9bloui. De la jungle dense, des rizi\u00e8res \u00e0 perte de vue, des petits villages de maisons de bois\u2026 Mais ce qui a rendu cette aventure exceptionnelle, ce sont les personnes qu\u2019elle m\u2019a permis de rencontrer. Ces membres de tribus qui vivent une existence simple et digne. Observer leur mani\u00e8re de vivre me renvoie \u00e0 la mienne. Le mot mat\u00e9rialisme, souvent utilis\u00e9 \u00e0 tord et \u00e0 travers prend ici toute sa dimension. Observer ces villages fait aussi n\u00e9cessairement se poser la question de ce qu\u2019est la d\u00e9finition du bonheur et d&#8217;y parvenir. Je n\u2019ai pas de r\u00e9ponse \u00e0 cette question, mais ce voyage loin, tr\u00e8s loin de mon quotidien fait r\u00e9fl\u00e9chir et se remettre en question.<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s vous avoir fait patienter si longtemps avec tous ces articles, enfin les photos de ces 10 jours en zones recul\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0<\/p>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-flickr wp-block-embed-flickr\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<a data-flickr-embed='true' href='https:\/\/www.flickr.com\/photos\/lespassengers\/albums\/72157626584651233' title='Kelabit and Lumbaya regions - Borneo, Kelabit Highlands by lespassengers, on Flickr'><img src='https:\/\/live.staticflickr.com\/3126\/5715381224_51ff6b3ddd_z.jpg' width='800' height='600' alt='IMG_9221'><\/a><script async src='https:\/\/embedr.flickr.com\/assets\/client-code.js' charset='utf-8'><\/script>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Lors de l&#8217;\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent, j&#8217;accompagnais David, mon chasseur guide \u00e0 la chasse. Apr\u00e8s 7 heures \u00e0 crapahuter dans la &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2353,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[271,269,86,113,115],"tags":[],"class_list":["post-2328","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-borneo-indonesie","category-borneo","category-indonesie","category-lumbayans","category-malaisie"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.lespassengers.com\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/IMG_9521.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2328","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2328"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2328\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7520,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2328\/revisions\/7520"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2353"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2328"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2328"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lespassengers.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2328"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}